‹ Une poignée de fauxChapitre 24 sur 27 · OA · texte numérisé non relu

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de laine, les surprent endormis et les esveille avec un bras de fer.»

Puis il ajoute: « Un évêque qui à l’heure du . danger abandonna son troupeau, et crut pouvoir arrêter le développement de la « secte maudite » en lançant de loin l’excommunication; un clergé qui, en grande partie, savait mieux manier l’épée des soldats que l’épée de la parole divine et, dans les moments mêmes les plus critiques, devait être rappelé par le pouvoir civil au devoir de mener une conduite honnête, … de pareils bergers, de pareils conducteurs ne pouvaient guère protéger contre la tempête le troupeau confié à leurs soins... Et cependant peut-être plus funeste encore que cet état moral du clergé fut son manque absolu d’instruction... L'ignorance était la règle presque sans exception... Il suffit de rappeler un seul fait: dans tout le clergé de la ville on ne trouva pas un seul membre capable de lutter contre les adversaires?. »

Calvin accuse ses ennemis, après l’avoir chassé, de le remplacer par des ministres, por-

1 Florimond de Raemond, p. 903.

2 F. W. Kampschulte, Johann Calvin, seine Kirche und sein Staat in Genf, 1869, I, p. 169-171.

tant encore trop, après deux ou trois ans, les

traces de cette boue d’immoralité et d’ignorance dans laquelle ils avaient passé leur vie.

Et on nous dit : Voilà l’aveu que la Réforma-

tion a amené des désordres plus grands que ceux du moyen âge!

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Un faux Wolmar.

Les pamphlétaires catholiques, comme Romain et autres, citent, sans référence toujours, le jugement suivant de Wolmar sur Calvin:

QIl est violent, il est pervers, disait Wolmar; tant mieux! Voilà l’homme qu’il nous faut pour avancer nos affaires. »

Où ces messieurs ont-ils pris leur citation ? Ils seraient certainement bien embarrassés de le dire. Grâce à la prodigieuse mémoire et à l’obligeance de mon vénérable ami, M. le professeur Herminjard, je vais le leur apprendre. «Le prétendu jugement de Wolmar sur Calvin est emprunté à Florimond de Raemond et amplifié, » m'a écrit le bénédictin de Lausanne. Ce renseignement et quelques investigations m'ont permis de trouver ce que je cherchais.

Le fanatique F1. de Raemond a écrit: « Volmar, ayant recognu en ce jeune homme un esprit actif et une forte mémoire, avec ,une grande dextérité et promptitude à recueillir

les leçons et les propos qui Sortoient ès disputes de la bouche de ses maistres, qu’il couchoit après par escrit, avec une merveilleuse facilité et beauté de langage, faisant paroistre à tous coups plusieurs saillies et boutades d’un bel’ esprit, il l’attire à soy, le carresse par dessus tous ses compagnons. »

Jusqu'ici rien que de très élogieux. FI. de Raemond continue: «Cependant Volmar l’entretient par lettres, Iluy envoye des livres, qu’il recevoit d'Allemagne, prie Calvin de continuer son entreprise pour l'illustration de l'Eglise du Seigneur, luy donne tousjours quelque avis, le charge de louanges pour luy mettre le cœur. au ventre.»

L’éloge continue. Wolmar était-il done un hypocrite, jouant un double jeu? Ceux qui connaissent sa piété, sa douceur, savent à quoi s’en tenir. En tout cas FI. de Raemond luimême ne lui reproche rien de pareil. Voici en effet le fameux jugement: «Oyez le jugement | que fit de luy le premier qui sonda jamais son âme, qui fut Melchior Volmar, escrivant au ministre Farel, lequel associa Calvin à la conqueste de Genève, comme vous verrez. Le lec-

1 FI, de Raemond, o. c., p. 882.

2 Jbid., p. 883.

teur prendra plaisir de lire les mots de son - original, que Je traduiray en françois: De Calvino, dit-il, non tamen metuo ingenii sui rm otpéBlorm!, quam bene spero; id enim vitii aptum est rebus nostris, ut in magnum assertorium nostrorum dogmatum evadat; non enim facile capi poterit, quin majoribus tricis adversarios involvat. Quant à Calvin, disoit-il, je ne crains pas tant son esprit de travers que j’en espère bien; car ce vice est propre à l’avancement de nos affaires, pour le rendre un grand deffenseur de nos opinions, parce qu’il n’en pourra si aisément estre pris, qu’il ne puisse envelopper ses adversaires en des empêchemens plus orands.» Cette lettre, escrite de la main de Volmar, estoit entre les mains d’un nommé Chrestien, ministre de Poitiers, de laquelle il faisoit montre, à cause de quelque dent de lait . qu’il avoit contre Calvin, ce qui fut cause de lPinimitié qui fut tousjours entre eux: car Calvin la voulut avoir pour en faire perdre la mémoire. Mais l’autre, non seulement l’en refusa, ains en donna des copies2. »

Sur quoi nous dévons remarquer : 1° Ce docu-

1 orpeB6Tnc, nroc, #. tortuositas, flexuositas. 2 FI. de Raemond, o. c., p. 889.

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