AU GÉNÉRAL
EUGÈNE CAVAIGNAG
Un Sage disait : < Si J'avais la main pleine de vérités, je me garderais bien dé l'ouvrir. *
Le titre de ce volume prouvé que je ne suis pas du ménie avis, — peut-* être parce que je ne suis pas aussi sage. — "Voilà pour le fonds.
Voici maintenant pour la forme.
Il y a des gens qui pensent que l'on n'a raison que lorsqu'on est froid, lourd, empesé et ennuyeux. Ils débitent des mensonges, des niaiseries et des lieux communs avec des habits de couleur sombre et des mines refrognées ; et, parce que leurs sottises récitées sérieusement ne font rire que les autres, ils se croient des hommes forts et capables. Ils traitent de léger tout ce qui s'élève, et médisent des esprits hospitaliers dans lesquels la vérité entre nue pour en sortir parée. Par avarice ou par pauvreté, cette parure les irrite, et ils ne reconnaissent pour la vérité que celle qui s'enrhume dans leurs froides cervelles.
L'esprit n'est rien autre que la raison ornée et armée.
« Ride si sapis, — disait Martial. — Riez si vous êtes sages. »
« 11 ne suffit pas, dit Horace, de prendre un air farouche et de s'habiller mal comme Caton pour avoir les vertus de Caton. >
> Il y a beaucoup de choses dont on doit se moquer, dit Tertullien ; c'est à la vérité qu'il appartient de rire : elle est sereine et gaie ; elle se joue de ses envieux parce qu'elle est sûre de la victoire. >
Platon, Diogène, Socrate, saint Jérôme, saint Grégoire de Nazianze, aimaient à donner à leur pensée une forme vive, spirituelle et gaie. — Le pape Benoît XIV était un grand diseur de bons mots.
« La philosophie est gaye, dit Montaigne, elle n'a pas la mine triste et transye. — C'est à ceux qui cherchent si le verbe grec ballô a deux l au futur à se rider le front. Quant aux discours de la philosophie, ils ont
accoutumé d'égayer et resjouir ceuls qui les traictent, non les renfrogner et les contrister. >
« 11 y a bien des gens que la sagesse conduit aux Petites-Maisons, » disait le prince de Ligne.
La gravité fatice est l'étui des sagesses fragiles ou empesées, qui se briseraient au moindre choc ou se chiffonneraient et se friperaient à l'air.
Ne nous laissons pas enfermer dans l'antre de Trophonius , qui, disent les anciens , produisait cet effet singulier , que ceux qui en sortaient ne riaient dès lors jamais du reste de leur vie.
Il y a des gens en grand nombre qui , malgré leur air satisfait d'euxmêmes, se sentent justiciables de la gaieté, et ont une sorte de conscience qui leur dit que leurs mauvaises actions et leurs mauvaises intentions ont un côté ridicule.
D'ailleurs, c'est ainsi que je suis fait ; il y a longtemps que j'ai écrit :
Et Minerve n'osa sortir que bien armée Du cerveau paternel.
C'est ma forme ; je ne puis ni ne veux la changer.
Les livres musulmans racontent que Mahomet se trouva un jour avoir affaire au ciel. Il ne savait comment s'y transporter. — Il vint des anges qui lui ouvrirent les voitures usitées en pareille occasion ; mais il refusa les chars, les serpents ailés, les hippogriffes, etc. — Je suis accoutumé à mon âne, dit-il, je ne veux pas changer de monture ; ou j'irai au ciel sur mon âne, ou je n'irai pas au ciel. » Les anges durent passer par où il voulut.
T. — Où l'on établit — que la sagesse humaine est une folie
prétentieuse — que les vices valent. mieux que leur réputation — et que
le Créateur n'est ni un méchant ni un idiot, ainsi que le prétendent
la plupart des moralistes.
■ Un prince un jour s'égara dans une forêt en poursuivant un cerf. — Le gros de sa suite l'avait perdu, et il n'avait avec lui que son écuyer et son maître d'hôtel. Après mille tours et détours, le prince déclara qu'il était fatigué et qu'il mourait de faim : aussi découvrit-on une cabane de bûcheron avec une joie que n'avait jamais causée la vue des plus somptueux palais.
L'écuyer et le maître d'hôtel entrèrent dans la cabane et ne tardèrent pas à ressortir — le premier avec un banc sur lequel le prince descendit de cheval et ne se fit pas prier pour s'asseoir, le second avec une table.
— Qu'avez-vous à nous donner à manger? bonhomme, dit le prince au bûcheron.
— A peu près rien, dit le bûclieron.
— Alors donnez-nous-le bien vite avant que notre appétit s'accroisse encore.
— Mais ça a besoin d'être préparé. Je n'ai que des pommes de terre crues.
— Pour ce qui est de préparer n'importe quoi, voici notre maître d'hôtel qui prétend s'y entendre, conférez-en avec lui.
Le maître d'hôtel demanda quelques instants de réflexion. Il s'écarta soucieux sous les arbres et revint auprès du prince.
— Eh bien! avez-vou?' trouvé moyen de nous faire un repas ?
— Prince, dit le maître d'hôtel, j'ai réfléchi qu'il est bien malheureux que ces pommes de terre ne soient pas des trufl'es, et que nous n'ayons pas un dindon dans lequel je les glisserais. Il est vrai qu'il faudrait aussi que nous ne fussions pas aussi pressés et que Votre Altesse voulût bien accorder au moins huit jours au dindon avant qu'il eût l'honneur d'être mangé par elle, pour qu'il pût imprégner loyalement ses chairs du parfum savoureux des truffes...
Le prince l'interrompit.
— Si vous venez me faire la nomenclature de tout ce que nous pourrions manger si nous l'avions, ce sera long et peu nourrissant. — On dit que nous n'avons que des pommes de terre, c'est donc avec des pommes de terre qu'il faut me faire à dîner.
— Rien n'est plus sage que le raisonnement de Votre Altesse, dit le maître d'hôtel, et je ne lui demande que cinq minutes, pour chercher comment je vais lui accommoder ce modeste repas.
Le maître d'hôtel alla encore rêver sous les arbres — puis il revint.
— Prince, j'ai notre affaire — puisque nous n'avons que des pommes de terre, il faut faire un plat de pommes de
terre, mais il y a quatre-vingt-trois manières d'accommoder les pommes de terre. C'est donc à moi, par mon art, de donner en saveur à ce mets ce qu'il ne dépend pas de moi de lui donner en variété. Entre les quatre-vingt-trois manières connues d'accommoder les pommes de terre, j'ai décidé que je vais vous faire des pommes de terre à la polonaise.
Puis, se récitant la recette à lui-même à demi-voix : « Vous prenez des pommes de terre ; vous les faites cuire dans l'eau avec du sel, vous les pelez, vous les coupez par tranches, et vous les servez pour une sauce blanche aux câpres avec des cornichons coupés par petits morceaux et des fdets d'anchois. »
— Bonhomme, dit-il au bûcheron , vous allez me donner ce qu'il me faut pour la sauce blanche ; d'abord, du beurre.
— Je n'en ai pas, dit le bûcheron.
— De la farine ?
— Je n'en ai pas.
— Deux œufs ?
— Je n'en ai pas.
— Et des câpres, et des cornichons, et des filets d'anchois ?
— Je n'en ai pas.
— Diantre! dit le prince.
— Il n'y pas moyen d'apprêter les pommes de terre à la polonaise, alors, dit le maître d'hôtel, et c'est bien malheureux : comment peut-on n'avoir ni anchois, ni beurre, ni œufs!
Il réfléchit un moment, puis il dit :
— Allons ! faisons simplement des pommes de terre en boulettes. Ah! fichtre... pardon. Altesse... c'est que je
k UNE POIGNÉE
pense que, pour les pommes de terre en boulettes, il faut quatre œufs, de la crème, de la muscade. Il faut encore renoncer aux pommes de terre en boulettes, c'est pourtant un mets excessivement simple et assez agréable. Cherchons autre chose.
L'écuyer impatienté disparut.
Le maître d'hôtel passa en revue d'autres façons de plus en plus simples d'accommoder les pommes de terre, mais il manquait toujours quelque chose au bûcheron, qui n'avait que des pommes de terre.
— C'est dommage, disait-il, ça serait excellent. Le prince commençait à se fâcher.
— Eh bien ! dit le maître d'hôtel — faisons un plat horriblement vulgaire, un plat qui n'a jamais osé paraître sur la table de Votre Altesse — des pommes de terre frites! veuillez les excuser et moi aussi. — Bonhomme, dit-il au bûcheron, allons, promptement une poêle et de la graisse.
— Je n'ai pas de poêle, et je n'ai pas de graisse, dit le bûcheron.
— Comment se fait-il, dit le maître d'hôtel en colère, que vous n'ayez ni poêle ni graisse ? J'ai vu des gens pauvres , mais il faut qu'à la pauvreté vous joigniez du désordre et quelque vice pour n'avoir pas des choses aussi peu coûteuses et aussi indispensables !
— Ah ! maître d'hôtel, s'écria le prince, c'est trop fort î Eh quoi! non-seulement vous ne me faites pas à- manger quand je meurs de faim, mais encore vous me débitez des discours ennuyeux; — je vous admets, dès aujourd'hui, à faire valoir vos droits à la retraite et à vous retirer dans vos terres, car on m'a dit que vous êtes devenu très-riche.
— Altesse, j'obéirai avec douleur et respect, et, malgré la rigueur de votre décision, je ne me rappellerai que vos
bienfaits dans ces terres que je dois à votre munificence; mais il n'en est pas moins vrai que, si vous ne pouvez faire un repas aujourd'liui, la faute en est à cet homme qui manque des ustensiles et des denrées les plus vulgaires et les plus nécessaires à la vie.
— La faute en est à vous, dit le prince, qui n'avez pas eu le bon sens de vous dire : « Puisque je n'ai que des pommes de terre, il ne faut pas m'obstiner à faire une dinde truffée, ni toutes sortes de mets savoureux dont je n'ai pas les éléments. » — Pourquoi, au lieu de quereller ce bonhomme qui nous donne de bon cœur tout ce qu'il possède, ne querellez-vous pas les pommes de terre de ce qu'elles ne sont pas des côtelettes d'agneau ou des filets de chevreuil?
— Mais, prince...
— Mais, maître d'hôtel...
Ici le prince allait, sans aucun doute, pulvériser le faible raisonnement du maître d'hôtel et lui démontrer de la façon la plus humihante pour le maître d'hôtel et la plus triomphante pour lui-même, que tous les torts étaient de son côté.
Mais l'écuyer survint, qui, par son seul aspect, démontra les torts et l'absurdité du maître d'hôtel plus victorieusement encore que n'aurait pu le faire la faconde du prince, si toutefois j'ose émettre cette opinion un peu hardie.
Tandis que. le maître d'hôtel imaginait des perfections impossibles à donner aux pommes de terre, tandis que le prince faisait à l'écuyer de magnifiques discours contre la folie du maître d'hôtel, il s'était glissé dans la cabane, et il a\ait tranquillement fait cuire les pommes de terre sous la cendre chaude du foyer, et il les apportait toutes fumantes.
Et le prince dit sou^ent depuis qu'il n'avait de sa vie fait un meilleur repas — et 41 ôta de son cou le collier de l'Élé-
pliant bleu, l'ordre le moins prodigué de ses États, et il le passa au cou de l'écuyer, — et toujours depuis il l'appela à ses conseils dans les circonstances difficiles.
Je suis de l'avis du prince — l'écuyer était un homme sage. — Pour le maître d'hôtel, il ressemblait à un armurier qui ferait des casques, des hauberts et des cuirasses à la taille des géants, et qui voudrait les vendre à des hommes en leur soutenant que ça leur va très-bien, et qu'il serait honteux à eux de se reconnaître petits, fluets, maUngres, en en mettant d'autres ; à un archiîecte qui ne ferait pas de portes à une maison et soutiendrait au propriétaire qu'il a des ailes et qu'il peut bien entrer par la fenêtre.
Il faut que l'homme se voie tel qu'il est, et qu'il ne s'impose pas des tâches au-dessus de ses forces, car cela n'a qu'un seul résultat : c'est qu'il regarde le fardeau, tourne à l'entour, le pèse du regard, le déclare trop lourd et s'assied en face ; si la charge était divisée en deux, il la mettrait résolument sur ses épaules.
Avec des airs pédants et des mines fâchées,
Des philosophes faux prêchent d'un ton cagot
De rigides vertus en si haut lieu juchées,
Qu'on renonce d'y tendre, — et qu'on se dit bientôt ;
L'homme est né trop pesant pour s'élever si haut.
Je connais un jeune homme merveilleusement doué, et qui se tourmente néanmoins, quoiqu'il soit le meilleur des hommes, de ne pouvoir atteindre à la hauteur des théories de la sagesse et de la vertu.
— Que je voudrais, dit-il quelquefois, qu'il ne' fût pas si difficile et si ennuyeux d'être sage!
Aussi les sages de profession sont semblables aux marchands de cette fade tisane appelée coco, que l'on vend sur les boulevards de Paris au prix'de deux liards le grand
verre, et ils font, à pleins poumons et avec accompagnement de clochelte, un éloge magnifique de leur tisane ; mais lorsqu'à force de la préconiser ils se sont desséché le gosier, ils ne s'avisent pas de boire à leur fontaine et vont se désaltérer chez le marchand de vin du coin, auquel ils donnent en échange de son. vin le prix qu'ils ont retiré de leur coco ; de même ces gens qui vendent la sagesse et qui étalent pompeusement les vertus à la montre de leur boutique se régalent dans l'arrière-boulique de choses plus humaines, qu'ils achètent au moyen des bénéfices de leur commerce.
Notez que je parle ici des philosophes et des sages de bonne foi, ou du moins des sages et des philosophes naïfs. Je parlerai des autres quand je dirai pourquoi on a inventé la sagesse, et à quoi elle sert en réalité.
Pour ce qui est de la sagesse des livres et des discours pubUcs, connaissez-vous quelqu'un qui la pratique? — Au point de vue, à la mesure de cette sagesse, nous sommes donc tous des coquins et des fous. — Il me paraît prouvé, après tant de siècles et de discours envolés, et tant d'hectares de papier noirci , que l'homme ne peut changer et ne changera pas, — et qu'alors, pour ne pas f humilier, il faut que ce soit la sagesse qui change; — il faut lui faire une sagesse possible et des vertus à sa taille.
Je ne connais pas fambroisie. Linnée prétendait que c'est r odeur du réséda. Je ne dis pas de mal de l'ambroisie, et j'aime beaucoup l'odeur du réséda; mais, si l'on voulait faire croire à un homme qu'il est Dieu, et qu'on lui servit, sous ce prétexte, à déjeuner et à dîner uniquement le parfum du réséda, je suis sûr que, lorsque viendrait l'heure du souper, il croirait faire une excellente affaire s'il trouvait à vendre, comme Ésau, non pas son droit d'aînesse, mais sa divinité, pour un plat de lentilles.
8 Ux\E POIGNÉE
De même, c'est pour l'homme un mets excellent que des côtelettes de mouton, mais donnez-en pour nourriture à un chardonneret ou à un poisson, et vous verrez combien de temps ils vivront avec ce régime.
Je déclare donc la sagesse ancienne parlée, mais non pratiquée jusqu'à ce jour, la sagesse théorique, une chose inappUcable et non-seulement inutile, mais encore dangereuse, en ce qu'elle décourage les gens, les dispense et les empêche de suivre une sagesse plus facile et plus humaine.
Me voici au second point de mon discours ; mais la démonstration est encore plus courte, et surtout plus facile :
— Étabhr que le Créateur n'est ni méchant ni idiot, ainsi que le prétendent les moralistes qui m'ont précédé.
Je ne me représente pas Dieu sans la toute-puissance, et j'ai souvent blâmé, à part moi, les professeurs de religion qui, en instruisant les enfants, leur disent que Dieu ne peut pas faire qu'un triangle n'ait pas trois angles, et qu'un carré n'ait pas quatre côtés. Entre hommes, c'est une vérité incontestable, mais, de l'homme à Dieu, il faut reconnaître que Dieu s'est réservé la vérité, et ne nous a permis que des opinions.
Je ne sépare pas de l'idée de Dieu l'idée de la toute-puissance; eh bien! je crois que nous sommes précisément ce que le souverain maître a voulu que nous fussions — ni meilleurs ni plus mauvais ; — il y a certaines choses qu'il ne veut pas que nous fassions, nous ne les faisons pas — nous ne pouvons rien déranger dans l'ordre éternel de la nature ; nous ne pouvons pas plus anéantir une seule goutte d'eau que décrocher une étoile.
Il y a dans les livres un point de départ qui est la cause de bien des erreurs et de bien des sottises : — c'est que le monde a été fait pour la commodité et les plaisirs de
l'homme. Ainsi vous le voyez, avec une adorable naïveté, rechercher l'utilité de certains êtres ou de certains objets qu'il ne peut ni manger, ni asservir, ni employer, et il croit faire preuve d'indulgence envers Dieu en ne le chicanant pas sur la création faite un peu à l'étourdie de ces êtres et de ces objets.
L'homme, le premier dans l'échelle de la vie, quoique plusieurs animaux l'emportent sur lui par le développement de certaines facultés, l'homme n'en est pas moins un des agents chargés de la conservation de l'ordre éternel fixé par le souverain maître. L'homme n'a pas un besoin, un goût, une passion, un plaisir, qui ne le fasse concourir à ce but. Donnons-en un seul exemple, parce que nous aurons à en développer d'autres plus tard.
Qu'un ingénieur habile fasse une mécanique : il faut la graisser et l'entretenir, la réparer et la remplacer quand elle est usée. Il faut remonter une montre ou une pendule.
Dans ces nécessités parail linfériorité de Thomme, quelque habile qu'il soit, et aussi dans la recherche, devenue ridicule à force d'impossibilité, du mouvement perpétuel. Eh bien! l'homme est l'exemple d'une mécanique bien autrement belle que celle que son génie peut créer. Figurezvous une horloge qui se remonterait elle-même, avec régularité, avec plaisir, avec passion même; enq)êchez cette horloge de se remonter, elle imaginera les moyens les plus ingénieux pour y réussir malgré vous. Ladite horloge même ne reculera pas devant le crime, parce que, si le crime enfreint une loi des hommes, il y a une loi de l'horloger qui lui ordonne de se remonter.
Cette horloge, c'est l'homme, il se remonte par la nourriture deux ou trois fois par jour — il croit obéir à un besoin, à un goût, à un plaisir, à la gourmandise : il
obéit à une loi immuable ; il croit manger, il se remonte.
Si la machine a besoin de réparations, elle est malade, elle souffre — elle souffre aussi si elle s'expose à se casser, et c'est encore avec empressement, avec joie, avec passion, qu'elle se fait à elle-même les réparations nécessaires.
Cependant elle doit finir par s'user; elle a des goûts et des passions qui font qu'elle est enchantée de s'user. Enfin, elle doit laisser après elle une machine nouvelle qui puisse fonctionner à sa place.
Eh bien ! l'homme a encore une passion contre laquelle il fait parfois de gros livres — c'est avec une ardeur invincible qu'il s'occupe de cette machine qui doit remplacer la machine qu'il est, quand ses rouages seront usés et hors de service. — Cette passion est f amour, et l'homme se figure que c'est pour son plaisir uniquement qu'elle lui a été donnée !
C'est ainsi que par le plaisir, par la douleur, il est renfermé inexorablement dans un cercle de devoirs et de corvées.
C'est en vain que, les premiers législateurs et les maîtres des hommes ont prétendu faire de Dieu une sorte de commissaire de police chargé de faire respecter les lois qu'il leur plairait d'établir, et qu'ils ne lui ont pas même refusé l'écharpe, insigne de ses fonctions, en faisant jouer à l'arcen-ciel un rôle quasi politique, et en lui faisant proclamer l'amnistie.
Les gens qui regardent par leurs propres yeux, et qui n'ont pas la vue trop courte, savent que le Créateur n'a pas permis à une des créatures qu'il a jetées sur un des plus petits mondes qui gravitent dans l'espace où il les a semés d'entrer en révolte contre lui et de braver les lois suprêmes.
De longues et constantes méditations dans la solitude m'ont amené à prendre mon parti sur tout, et c'est à ce point de quiétude et de calme que je prétends ^ ous amener si vous ne vous effarouchez pas des prémisses de ma démonstration.
Il faut nous défendre contre nos co-hommes, mais nous épargner les discours parlés et écrits contre leurs passions et leurs défauts, passions et défauts non-seulement permis, mais encore oidonnés, créés par le souverain dominateur, dans le but de la conservation de l'ordre qu'il a établi le jour où il lui a plu de peupler l'étendue de ces mondes innombrables dont quelques-uns sont si loin de nous, que la lumière des soleils qui les éclairent où la lumière qu'ils réfléchissent n'est pas encore parvenue jusqu'à nous depuis la création de notre monde, quoique cette lumière, comme le doit toule lumière honnête, ait toujours, depuis cette époque, parcouru trois cent dix mille deux cents kilomètres par seconde.
Je vous laisse le plaisir des calculs et de la multiplication. — C'est ce qui fait que des gens, parfois, prétendent découvrir des planètes et sont à ce sujet couverts d'honneurs et de pensions, tandis qu'il a suflî d'avoir le nez en l'air par hasard au moment où la lumière de ces planètes éloignées arrivait enfin jusqu'à nous.
Partant donc de ce double principe, que la sagesse prêchée jusqu'ici par les hommes n'a pas le sens commun — et que le Créateur est tout-puissant et parfaitement raisonnable, je prétends vous réconcilier avec l'homme et vous délivrer du ridicule que nous avons tous de croire que tous les humains — excepté nous — sont de criminels gredins.
Je termine en priant les gens faciles à s'étonner de