‹ Une poignée de véritésChapitre 42 sur 47 · SUR LE BONHEUR · texte numérisé non relu

SUR LE BONHEUR

Nous parlions tout à l'heure du bonheur : s'il faut respecter celui des autres, il faut également traiter le sien avec délicatesse.

Nous nous promenons dans la campagne, nous voici au bord d'une rivière derrière laquelle s'élève une colline verte. Une pente douce conduit à une petite maison cachée sous de grands rosiers dans lesquels on a dû découper les fenêtres. — Les rayons obliques du soleil couchant colorent splendidement la petite maison.

« Quel délicieux .séjour! nous écrions-nous ; quel bonheur de ^ivre dans cette petite maison et de n'en sortir jamais ! » Alors nous traversons la rivière, — s'il n'y a pas de bateau, nous nous jetons à la nage, — puis nous gravissons péniblement la colline. — Nous arrivons haletants, nous entrons dans la maison. Là, nous nous mettons à la fenêtre, — comme tout est changé ! — Le soleil, en face de nous, nous aveugle douloureusement. En abritant nos yeux avec la main, nous voyons la route monotone sur laquelle nous étions tout à l'heure. — Il y passe des charrettes chargées de fumier. — Puis, de l'autre côté de la route, des maisons pauvres, tristes, sales, et des cabarets peints d'une affreuse nuance de rouge. Nous ne voyons plus la colline verte, la maison épanouie, les rosiers en Jleurs peints par le soleil couchant.

Pour que les choses qui nous paraissent belles et riantes ne changent pas d'aspect, il faut ne pas pénétrer, ne pas entrer au milieu d'elles ; — il faut rester en face, et le plus souvent les voir d'un peu loin.

Les bonheurs durables soni; ceux entre lesquels et nous il y a beaucoup de chemin à faire, — ceux qui reculent à mesure que nous avançons.

Le bonheur, c'est la boule

Que cet enfant poursuit tout le temps qu'elle roule, Et que, dès qu'elle arrête, il repousse du pied.

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