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RÉPERCUSSION SUR LES INDIGENES

Avant d’aborder ce chapitre intéressant à tant de points de vue, il nous a semblé que nous rempli-

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rions un devoir de gratitude en soulignant tout d’abord le loyalisme profond de notre collaborateur S. M. Mouley Youssef,

A travers le bled marocain l’écho du canon est parvenu jusqu’au Sultan du Maroc qui depuis le jour de la déclaration de guerre s’efforce de tout son pouvoir de concourir à l’œuvre de salut et de participer à la grande lutte. En août 1914, répondant à un télégramme du Président de la République, S. M. Mouley Youssef disait : » Nous avons simplement accompli une partie de notre devoir en témoignant de notre gratitude pour les bienfaits du gouvernement de la République et en reconnaissant ses procédés excellents à notre égard. Nous demeurons prêt au surplus à vous assister dans toute la mesure que nécessitent les événements, la France et l'Empire chérifien étant devenus un seul et unique pays.

Ces hautes paroles n’ont pas été vaines. L’union s’est scellée sur nos champs de bataille par le courage et l’héroïsme des superbes troupes marocaines. Ce courage et ces exploits nous les devons certes aux qualités guerrières de la race, mais ces qualités mêmes ont été comme portées à leur plus haut degré par le pressant appel du chef naturel de tant de héros. Il faut rappeler aussi les exhortations du sultan à ses troupes, nobles paroles inspirées par la loyauté la plus absolue envers notre cause :

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« La France s'est troiivée dans V obligation de prendre les mesures nécessaires à la défense de son honneur national^ et ses alliés se sont mis à ses côtés pour combattre l'ennemi sur terre et sur mer. C'est ce qui motive votre envoi en France, Nous sommes persuadés que vous saurez montrer au milieu des autres troupes vos qualités de bra* voure, de courage et de hardiesse ».

Et dans une lettre adressée à ses soldats le 15 novembre 1914, le sultan insistait :

a Vous montrerez à ceux qui vous entourent, devant Vennemi^ que vous avez précieusement con* servé vos vertus premières, vous rappellerez aussi avec éclat le souvenir des vaillants de votre race,, vous vous couvrirez vous-mêmes à jamais d'une gloire que vos descendants se transmettront de gè-nération en génération » .

Le Sénat voudra se joindre à son rapporteur pour rendre un hommage mérité à S. M. Mouley Youssef, dont la vigilance si noble et si éclairée suffirait seule à rappeler à ses peuples qu’ils sont sous l’autorité d*un descendant du prophète que vénère tout Tlslam. La France n’oubliera pas le concours loyal qu’elle aura trouvé auprès de lui et de son peuple ; elle saura, la paix venue, traduire en acte sa reconnaissance, pour la plus grande prospérité et le plus haut bonheur de l’Empire chérifien.

Ce devoir rempli, il convient d’envisager quelles

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ont été les répercussions sociales de la guerre sur les populations indigènes, c’est-à-dire sur la grande masse un peu mystérieuse dont nous avions à peine eu le temps de nous faire connaître. La guerre nous trouva là-bas en pleine manœuvre militaire. Nos troupes avaient planté le drapeau àTaza et à Kenitra « mais la soumission des tribus dissidentes qui entouraient ces centres indigènes n’avait pu encore être obtenue et les opérations militaires nécessaires pour la réaliser venaient d’être commencées » . Brusquement il fallut arrêter les opérations et envoyer à la Métropole 40 bataillons, entre autres cette belle division dont les soldats de von Klück ont senti « la main de fer » à la Marne. Dégarni de troupes, le Maroc se trouvait menacé de la révolte. Le général Lyautey résolut d’inspirer aux tribus que la force française était toujours là. Portant ses quelques troupes en avant, et faisant appel à ces contingents territoriaux dont nous ne pourrons Jamais assez louer là vaillance et l’allure juvénile, le Résident général fit occuper tous les postes avancés du Maroc « la zone arrière, à l’intérieur de cette armature, étant pour ainsi dire vide de troupes ». Le nombre fut suppléé par la mobilité et ainsi parvint-on à maintenir dans l’esprit des tribus dissidentes l’impression de force par laquelle notre Protectorat s’était implanté. En disant que ces diverses opérations de police, faites, soit avec des éléments trop jeunes,

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soit avec des éléments trop âgés, ne donnèrent aucun mécompte, nous travestirions la vérité, et l’avouer c’est reconnaître encore davantage le mérite de ceux qui combattent là-bas pour le drapeau. Car la tâche a été et est encore dure.

Au début même de la guerre, le maintien de l’armature militaire » du Maroc, les mesures de « défense sociale » prises au lendemain de la mobilisation à l’égard des sujets allemands ou austro-hongrois, leur internement et l'envoi devant le Conseil de guerre de ceux qui étaient inculpés d’espionnage et de propagande hostile, l’obligation imposée aux indigènes « censaux » allemands de rentrer dans le droit commun, avaient fortement impressionné la population marocaine. La propagande allemande parut arrêtée. 11 n’en était rien, hélas ! et le 13 novembre 1914 une partie de nos troupes fut massa crée dans la triste affaire d’El-Her ri. « L’affaire d’El- Ilerri est rapidement connue et commentée, nous est-il dit dans un intéressant article publié dans le Bulletin de l’Afrique française de décembre 1915. Elle apporte l’espoir au cœur de nos ennemis, chassés du Maroc après avoir vu échouer leurs premières tentatives de guerre sainte et d’insurrection générale depuis si longtemps préparée dans tous ses détails mais qui n’attendent pour reprendre leurs desseins qu’une occasion favorable. »

Alors que le calme se fait sur tout le front de

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l’Atlas et dans TExtrême-Sud, l’agitation, peu à peu, prend naissance sur tout le front du Riff où l’action allemande s’exerce librement à la faveur des facilités que leur offre la zone neutre. C’est dans le Nord, en effet, que les organisations de propagande allemande entrèrent en jeu ; des émissaires furent envoyés par nos ennemis aux tribus révoltées, de nombreuses brochures répandues à profusion, des « tracts » hostiles firent connaître et amplifièrent les succès allemands et, enfin, la Turquie ayant déclaré la guerre à l’Entente, le « fetoua » de Djihad, lancé du haut des minarets de Stamboul, tout entaché qu’il soit d’illégalité au point de vue de l’orthodoxie islamique, servit encore la cause de nos ennemis. Cette propagande, nous dit un document officiel, si habilement et si énergiquement menée, se traduisit presque immédiatement par un soulèvement des tribus du Nord et par une reprise d’hostilités des tribus montagnardes du moyen Atlas.

Par une série de manœuvres, le général Henrys ramena sinon le calme absolu du moins une paix armée. Sur le front du Riff et sur le front berbère, le programme consistait :

1® A élargir le couloir de Taza ;

2° A dégager ses abords ;

3° A occuper la vallée du Quigo (où nous menaçait un mouvement soulevé par Abd-el-Malek, petitfils d’Abd-el-Kader, gagné aux Allemands).

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Il fut entièrement réalisée la 6nde l’année 1915.

Esl-ce à dire que nos troupes doivent aujourd’hui se reposer sur leurs lauriers ? « Encore maintenant — déclare le général Lyautey — il faut être constamment sur le qui-vive, et la situation militaire du Maroc ne se maintient que par le mouvement incessant de nos colonnes et par un travail politique in tensif. Il ne faut pas oublier que toutes les nouvelles filtrent parmi les populations berbères plus ou moins déformées et que les émissaires de nos enne' mis ont tenté, notamment, d’amplifier les faits qui se sont passés aux Balkans. Nous devons donc redoubler d’activité politique et militaire. »

Votre rapporteur aurait manqué à la sincérité qu’il doit à la Haute Assemblée s’il avait écrit que tout est pour le mieux dans le meilleur des Protectorats, Mais dans ce tableau tracé à grands traits, si quelques ombres peuvent se remarquer, elles permettent surtout de mettre en relief les remarquables résultats obtenus durant la guerre.

Il y a là un fait social et économique des plus louangeux pour nos doctrines coloniales et qui montre combien puissante a été notre action dans ces contrées à peine soumises à notre autorité. C’est ainsi qu’à l’abri de « l’armature militaire » que nous exposions dans les lignes précédentes, la vie économique des indigènes s’est développée en toute sécurité, la « paix française » a régné permettant

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une mise en valeur de jour en jour plus considérable du sol et des richesses naturelles du pays. La grande majorité des Marocains s’est ralliée à notre cause. Plus de dO.OOO d’entre eux ont combattu sur notre front. Le Protectorat a su, pendant cette période difficile, attirer par une large politique les classes dirigeantes de la population marocaine. La vive impulsion donnée en même temps aux travaux publics permit à la partie déshéritée du peuple de trouver du travail et, grâce à cela, une aisance inconnue jusqu’ici est entrée dans maints « gourbis », chassant toute pensée de rébellion, et c'est dans ce sens que la formule du général Lyautey paraît avoir eu d’heureuses réalisations : « Tout chantier nouveau vaut un bataillon ».

Aussi, grâce aux mesures militaires prises par le Protectorat, le Maroc indigène a pu continuer à se développer et à évoluer pacifiquement.

Ces élans de mutuelle confiance ont permis la formation de nombreux comités de secours alimentés en partie par les autochtones et il serait intéressant de signaler les mouvements de solidarité qu’offrent nos protégés en faveur de la Métropole et de tous ceux, français, indigènes ou alliés, qui combattent en Europe.

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RÉPERCUSSION SUR l’ÉLÉMENT EUROPEEN

Récemment M. le général Lyautey, dans une note adressée à votre rapporteur, esquissait en quelques lignes une étude sur la psychologie du peuplement européen des villes de Rabat et de Casablanca : « A Rabat, écrivait-il, la population européenne, qui ne comptait que 400 représentants en 1911, s’élevait au début de la guerre à 4.800. A ce moment, et en raison même de cette augmentation, les tendances aux groupements par nationalités commençaient à se dessiner nettement.

« L’élément français était représenté tout d’abord par les fonctionnaires des services de la Résidence, par des immigrants provenant surtout de la Tunisie et de l’Algérie, et enfin par quelques nationaux venant directement de la métropole. Ces immigrants avaient été attirés par l’espoir de gains faciles et, si quelques-uns d’entre eux arrivaient avec des capitaux, le plus grand nombre ne venait qu’avec de l’expérience professionnelle et simplement pour chercher aventure.

« Les Espagnols, à part un petit nombre de commerçants, comprenaient principalement des ouvriers

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terrassiers, charretiers, etc..., il en était de même des Italiens. Quant aux Allemands et Autrichiens, ils étaient en nombre beaucoup plus restreint, mais presque tous étaient des commerçants avisés, pratiques, âpres au gain, et sachant néanmoins amorcer la clientèle indigène parla présentation d’articles sélectionnés, d’un bon marché relatif et surtout en ofïrant à cette clientèle des facilités de payement que le commerce français ne lui donnait pas.

« Chacun de ces différents éléments cherchait à asseoir ses relations commerciales en faisant luire aux yeux des indigènes la valeur de la protection de la nationalité à laquelle ils appartenaient. Les Allemands surtout étaient arrivés à se créer ainsi une clientèle de protégés dont ils espéraient tirer profit dans un but politique.

« Du côté des Français, l’amalgame se fit rapidedement et, dès 1913, nous avons vu éclore deux syndicats ayant pour objet de pousser le Protectorat dans la voie de réalisation favorable aux intérêts français. Je dois dire que ces syndicats, dès leur début, n’eurent pas grand succès et que leur influence n’est devenue effective que depuis le commencement des hostilités.

« En somme, en juillet 1914 les affaires étaient prospères ; les mutations de terrains fréquentes laissaient de beaux bénéfices, en raison des prix élevés qui étaient pratiqués ; de nombreuses construc-

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tions s’éditièrent, fournissant ainsi à la maind’œuvre européenne des bénéfices rémunérateurs, et on peut dire qu’à celte époque un artisan de valeur moyenne était payé deux fois plus qu’en France.

O Lorsqu’au mois d août 1914 la mobilisation fut décrétée, il se produisit un temps d’arrôt dans nombre l’essor économique de Rabat; le plus grand de nos concitoyens furent mobilisés et bien des entreprises, qui seraient devenues prospères, périclitèrent. Il n’y eut cependant qu’un temps d’arrêt.

« Le Protectorat s’était décidé à ne pas arrêter en pleine crise l’essor que prenait le Maroc et, pour cela, s’est efforcé de conserver à la vie économique le plus de bras et d’intelligences possible. Partout les initiatives privées furent encouragées, partout des chantiers de travaux publics ouverts soit par le Maghzen, soit par les municipalités, soit par les particuliers. Aussi, dès le mois d’octobre 1914 on pouvait déjà constater un effort considérable et cet effort s’est continué jusqu’à ce jour.

« La population européenne, qui avait baissé dans de notables proportions par suite du départ de plusieurs familles de Français mobilisés, s’est accrue peu à peu et on peut affirmer qu’elle est aujourd’hui égale, sinon supérieure, à ce qu’elle était au mois de juillet 1914.

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« Bien qu’aucun recensement de la population n’ait été fait depuis le mois de mars 1914, certains indices viennent appuyer l’affirmation que nous donnons plus haut. C’est ainsi que les prix des loyers, qui avaient notamment baissé, sont revenus aux anciens taux d’avant la guerre, que la production des boulangeries européennes est également sensiblement la même qu’en juillet 1914, et que la population scolaire actuelle est supérieure à ce qu’elle était l’année dernière.

« Au point de vue politique, la mentalité de la population française s’est modifiée ; on constate qu’au lieu d’éparpiller leurs efforts, les éléments français cherchent à se grouper pour améliorer leurs conditions d’existence et à s’armer pour faire prédominer leurs intérêts.

« La colonie espagnole s’est également groupée ; elle cherche (et elle y a réussi) à tirer profit de la guerre actuelle pour réaliser des bénéfices commerciaux et s’implanter fortement dans le pays. Il en est' de même des Anglais et les Européens de ces deux nationalités sont fortement aidés en cela par les Israélites de Gibraltar et de Tanger. Ceux-ci, en effet, parlant couramment l’anglais, l’arabe et le français, sont des courtiers de tout premier ordre, et c’est eux qui depuis 1 4 mois ont réalisé ou fait réaliser les plus gros bénéfices. »

On peut donc conclure que si l’état de guerre a

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modifié dans une certaine mesure les conditions d’existence de la population européenne de Rabat, les mesures prises ont eu pour effet de maintenir à peu près intactes les conditions économiques de cette population, de resserrer les liens des différentes colonies et de donner aux familles des mobilisés les moyens matériels d’attendre, sans trop de privations, la fin des hostilités.

Il est à noter, enfin, au point de vue économique, un détail assez important.

Au mois de juillet 1914 la valeur des terrains avait atteint son apogée, depuis cette époque elle a très sensiblement baissé et il est à prévoir que de longtemps on ne pratiquera plus les prix élevés qui étaient courants avant la guerre. Il en résultera forcément que les détenteurs actuels ne pourront pas dégager les capitaux engagés et qu’ils devront s’efforcer d’en tirer parti en exploitant eux-mêmes ou en faisant exploiter.

Ce qui est vrai pour Rabat, l’est aussi pour Casablanca. Dans cette dernière ville la population européenne s’est accrue encore, l’élément espagnol principalement. Le tableau ci-après donne les chifiPres de l’augmentation pour Casablanca ;

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