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LE MAROC PENDANT LA GUERRE
Cette plus-value nepourraque s’accentuerjusqu’en fin d’année, la récolte des grains étant satisfaisante.
Ces exportations ont toutes été faites à destination des pays alliés.
lia lutte éoonomiaue au Maroc contre le commerce austro-allemand.
Les quelques indications données plus haut mettent en relief la place laissée vacante par suite de la guerre par le commerce austro-allemand dans les colonies. Dans la conférence à laquelle nous avons puisé maints précieux renseignements, M. de Tarde expose « le plan de campagne » commercial conçu pour conquérir la situation abandonnée par l’Autriche et l’Allemagne au Maroc. « Dès le lendemain de la déclaration de guerre, tous les Austro-Allemands du Maroc une fois rassemblés dans des camps de concentration, tous leurs postes commerciaux abandonnés, une place était à prendre. Place moins importante qu’on aurait pu croire tout d’abord (les rapports du Contrôle et de la Dette montrent que la part de l’Allemagne et de l’Autriche dans le commerce total du Maroc ne dépassait pas 11 à 12 0/0), oui, mais place bien outillée, bien armée. Car si, tout compte fait, les résultats financiers globaux du commerce allemand n’étaient pas si merveilleux, il ne faut pas oublier que ces chiffres médiocres, appliqués à des petits articles d’une
politique marocaine
infiiDe valeur, représentaient une grande diffusion de produits et par suite d’iniluence. 11 brillait moins par ses résultats pratiques que par ses résultats moraux et l’organisation commerciale, j’allais dire militaire qu’ils supposaient. Cette place de commerce et de guerre, il fallait à tout prix la prendre.
« Une enquête très minutieuse menée dans tout le Maroc nous révéla tout d’abord, avec une clarté parfaite, ce système commercial allemand, qu’on retrouve avec les mêmes traits essentiels dans tous les pays du mond . Il repose, en somme, sur deux idées premières que tout Allemand avait ancrées dans la tête :
« 1° Tout produit allemand vendu dans un pays étranger représente une victoire politique de l’Allemagne ;
a 2® Tout gain sur une vente si minime soit-elle a une valeur en soi ; il suffit de multiplier les ventes pour obtenir des bénéfices. »
Les procédés de l’ennemi connus, il n’y avait plus qu’à les faire connaître à nos compatriotes et surtout à faire connaître à ces derniers ce que l’Allemagne importait dans notre Protectorat. De là l’idée d’une Exposition à Casablanca, exposition pour laquelle, au début, on ne prévoyait qu’un essor bien modeste et qu’un but restreint ; celui de faire connaître, d’une part, au commerce local les produits métropolitains et, d’autre part, aux commerçants et industriels
LE MAROC PENDANT LA CIIERRE SIS
français les ressources du pays. Mais, par suite des conditions favorables dans lesquelles se trouve le Maroc, l’Exposition de Casablanca s’est trouvée de beaucoup dépasser les espérances, elle est devenue une grande manifestation marocaine, elle a rendu comme tangible, aux regards de tous, les remarquables résultats économiques obtenus pendant la guerre même. Aux yeux des indigènes, elle a montré que la France était une puissance que la guerre n’annihilait pas ; aux yeux de nos alliés et neutres elle a démontré une fois de plus que notre race savait coloniser, même au milieu des plus fortes calamités ; aux yeux de l’ennemi elle a été un défi cinglant à ses ambitions avouées et inassouvies ; enfin, aux yeux de tous les soldats qui, loin des leurs, loin des lignes de feu du Nord, de Champagne, de Lorraine et d’Alsace font tout leur devoir, le succès de l’Exposition a été en fin de compte comme leur œuvre puisque si l’on a « tenu » c’est grâce à leurs « constants efforts ».
Depuis septembre 1915, la ru îhe continue son travail. Lorsque l’heure de la paix sonnera, tous les labeurs entrepris par les nôtres apporteront des fruits inappréciables. Ce que le protectorat a cherché tout en s'assurant la collaboration loyale des indigènes, c’est, ainsi que l’écrivait dernièrement M. René Moulin :
« Développer le Maroc, aménager l’édifice, faire sortir le joyau de sa gangue » ; ce but sera atteint.
LE CHEMIN D£ IER DE TANGER A FEZ (l)
La construction delà ligne Tanger-Fez constituera l’acte le plus décisif de l’évolution du Maroc. Elle sera le plus vivant symbole de l’emprise occidentale. En ce qui concerne la France plus particulièrement, elle apparaît comme le signal tant attendu d’une liberté d’expansion par le rail, dans la partie de l’empire chérifien dévolue à notre influence. Nous ne pouvions, en effet, mettre en adjudication aucune voie ferrée avant celle-là.
Ainsi donc s’ouvre l’ère du chemin de fer qui va apparaître dans l’immobilité séculaire du Maghreb comme le plus définitif appel à la vie et à la richesse.
On ne saurait trop souligner l’importance d’un tel événement à une époque où si peu de contrées —
(1) Rapport sur le chemin de fer Tanger-Fez (1914).