‹ Une politique coloniale; le salut par les coloniesChapitre 20 sur 27 · LB CHEMIN DE FER DE TANGER A FEZ · texte numérisé non relu

LB CHEMIN DE FER DE TANGER A FEZ

même parmi les plus éloignées — avaient réussi à échapper aux lois du progrès.

On s’est demandé parfois pourquoi, alors qu’à tous les carrefours du monde étaient surgies d’accueillantes et utiles métropoles, Port-Saïd, Suez, Singapore, demain Colon et Panama, seul semblait maudit Gibraltar, Gibraltar où longtemps la vie maritime s’inscrivit entre les canons d’une forteresse et les cachots d’un bagne. 11 faut en chercher la cause première dans la profonde inertie de l’Islam offensé. Maître longtemps des destinées de l’Afrique du Nord et d’une partie de l’Europe, il s’était, au lendemain de sa défaite, replié farouchement sur lui-même, et ^e génie de l’Occident trouvait encore dans ce vaincu une formidable barrière à son expansion.

Et cependant, si Gibraltar, malgré la douceur accueillante de son climat, restait hostile au développement économique, de l’autre côté du détroit, Tanger la bleue, dans son admirable situation géographique, en vue des côtes d’Espagne, à la rencontre de l’Atlantique et de la Méditerranée, à l’extrémité septentrionale du Maghreb, tentait obstinément le désir de l’Europe. Avant toute autre ville de l’empire chérifien, elle s’était trouvée en contact avec notre civilisation.

En 1471 les Portugais l’occupaient ; en 1662, ils la cédaient à l’Angleterre qui l’abandonnait peu après en 1684. Tout en conservant lecaractère pittoresque

POLITIQUE MAROCAINE

qu’elle doit à une côte escarpée et harmonieusement découpée, elle tendait à devenir une ville européenne presque autant qu’arabe et de nombreuses colonies étrangères s’y installaient.

Au point de vue diplomatique, Tanger dès le début du XIX® siècle commença à s’indiquer comme le siège d’une représentation permanente. Jusqu’alors les consuls européens avaient séjourné un peu au hasard dans les différents ports de la côte. C’est ainsi qu’au xviii® siècle ils résidaient à Salé puis à Safi. C’est à Safi que le père d’André Chénier représenta longtemps les intérêts français. Par sa proximité de l’Europe, par l’importance de sa population étrangère, Tanger s’imposa peu à peu : des consulats généraux et des légations y furent créés. Vers le milieu du XIX' siècle, en raison de l’accroissement de ses relations avec les puissances étrangères, le Sultan envoyait à Tanger un représentant qui, avec plus d’autorité et plus de pouvoir que le pachat local, avait qualité pour traiter les ministres ou consuls généraux, et relevait directement de lui.

Tanger prenait rang de capitale diplomatique. Elle allait même devenir un peu, après l’acte d’Algésiras, la capitale administrative, par la création des conseils et comités dans lesquels les légations devaient être représentées. Depuis l’établissement du protectorat français au Maroc, les légations ontpresque toutes été transformées en agences et consulats gé-

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