SCÈNE VIL
ÉLISA, CORIOLAN (i).
coRioLAN, très-calme. J'ai fait sauter la serrure.
ÉLISA. Mais, Monsieur, c'est indigne! c'est affreux!
CORIOLAN. Vous n'ouvriez pas... et je voulais entrer... ne tremblezpas. Madame... vous voyez, je suis très-calme, très-calme,àprésentqueje le tiens!
ÉLISA. Vous tenez qui?...
CORIOLAN. Mon gueux... votre mari.
ÉLISA. Mon mari!... mais^ je n'en ai pas.
CORIOLAN. Laissez donc!... Je n'ai pas trouvé de portier... mais j'ai sonné en bas... j'ai carillonné...
ÉLISA. J'ai parfaitement entendu.
CORIOLAN. Une dame m'a ouvert... et elle m'a renvoyé au troisième à gauche, chez M. Berneret.
ÉLISA. Berneret... madame Berneret... c'est bien moi.
CORIOLAN. Par conséquent votre mari...
ÉLISA. Je suis veuve, Monsieur,
CORIOLAN. Veuve!... ah! vous ne m'aviez pas dit...
ÉLISA. Dame ! vous demandiez Bernechet, Bernochet, Benesset...
CORIOLAN. C'est que j'avais mal lu... ce doit être Berneret... le nom du drôle qui m'a donné... ce que j'ai reçu.
ÉLISA. Vous avez reçu quelque chose?
CORIOLAN. Oui, Madame, oui, quelque chose que je lui rendrai... avec intérêts et frais... il avait fui, le sans cœur !.. je me suis jeté sur sa malle pour voir son nom, son adresse... eljai bien lu... madame Robichon... Gaudichon...
ÉLISA. Je ne connais pas, Monsieur.
CORIOLAN. Chez Berneret...
ÉLISA. Ou Bernesset.
CORIOLAN. Rue des Martyrs, numéro 104.
ÉLISA. C'est peut-être au cinquième.
CORIOLAN. Non, Madame, non!., c'est bien ici, et puisque vous êtes madame Berneret...
ÉLISA. Madame veuve Berneret.
CORIOLAN. Ce n'est pas vrai!
ÉLISA. Un démenti, Monsieur!., un démenti à une femme .-eule!.. c'est une \iolence...
CORIOLAN, Mais non... mais non., je suis calme! mais je ne crois pas que vous soyez veuve.
ÉLISA, s'attendrîssant. Ah! Mônsieûrt.. c est bien mal à vous de venir ici me rappeler mes chagrins!.. (Pleurant.) Certainement cela fut un grand malheur pour moi de perdre monsieur Berneret... un si galant homme! (Éclatant.) Ah\ s'il existait encore, vous ne viendriez pas m'insuller chez moi!., une pauvre veuve... restée sans fortune!..
CORIOLAN. Mais non. Madame... je ne vous insulte pas!,, c'est à se casser la têle contre les murs ! {Il jette sa casquette avec fureur.) Si vous voulez me tromper. Madame, vous n'y réussirez pas!,, j'ai été,., j'ai été gifflé... s'il faut vous le dire! ma joue en est encore chaude!., et je ne rentrerai pas à Orléans que je ne l'aie lavée! ma joue! lavée!,,
ÉLISA, Voulez-vous de l'eau?
CORIOLAN, De l'ironie, Madame ! vous plaisantez, quand les dents me chipotent du coup que j'ai reçu...
ÉLISA. Eh bien! Monsieur, il y a un dentiste dans la rue.
CORIOLAN, avec emportement. Merci, Madame! ce n'est pas un dentiste que je veux !.. ce n'est pas de l'eau qu'il me faut! c'est du sang.., du sang... du sang!..
ÉLISA. Monsieur!,.
CORIOLAN. Je suis calme!., c'est une vengeance à l'épée, au pistolet, n'importe!.. Jugez donc, Madame, un capitaine de pompiers!.,
ÉLISA, Ah! Monsieur est capitaine de pompiers!,,
CORIOLAN. Je ne prendrai pas une minute do repos... je ne mangerai pas une bouchée de quoi que ce soit, que je ne l'aie embroché comme une volaille!., je le traînerai dehors... sur le boulevard extérieur, près des abattoirs... et je l'assommerai, s'il ne veut pas dégainer!
ÉLISA. Tout ce qui vous fera plaisir... mais je vous répète que je suis veuve et que j'ignore.,,
CORIOLAN, Bien, Madame, bien!., mais il est quelque part... dans cette maison, je vais m'inslal- 1er devant la porte... j'y resterai le jour, la nuit...
ÉLISA, à part (1). 11 faut absolument qu'il s'échappe.
CORIOLAN. Vous dites, Madame,,.
ÉLISA, Je dis, Monsieur, que j'ai affaire là, chez moi, dans ma chambre,,.
CORIOLAN. Dans votre chambre!
ÉLISA. Voulez-vous y entrer?
CORIOLAN. Merci... il n'y a personne, je le sais.
ÉLISA. En ce cas, Monsieur, je ne vous reliens plus...
CORIOLAN. Adieu, Madame... je vais me mettre en faction. (// s'arrête à la porte.) Ah! ma casquelte!..
ÉLISA. Vous l'avez jetée,.. .\h! (Elle l'aperçoit