SCÈNE VI
ÉLISA, BERXERET (2).
ÉLISA. Monsieur comme il arrange les
meubles !
BERNERET, passant la tête. Il est sorti!
ÉLISA. Chut! je ferme la porte. (Elle ferme la porte de dehors.)
BERNERET. Voycz un peu à quoi j'étais exposé, si je m'étais trouvé seul! (On entend sonner.)
ÉLiSA, revenant. Ah ! bon !
BERNERET. Il rovieut!
ÉLISA. Non; il sonne chez la voisine qui n'y est pas.
BERNERET. Bien! sonne, mon vieux, sonne! (On cesse de sonner.)
ÉLISA. Ah! il a cassé la sonnette!
BERNERET. Ha! ha! ha! est-il bête! (On entend sonner plus loin.)
ÉLISA. Il descend l'escalier... (On distingue successivement le bruit de plusieurs sonnettes.) Ah! il carillonne à toutes les portes!...
BERNERET. SI On pcul 86 Uvrer à de pareils exercices!
ÉLISA. Dame! ileslfurieux!... Tiens!... tiens!... un peu plus, il cassait tout! 11 veut te tuer!...
BKnNERET (1). Et on n'arrête pas ça comme un malfaiteur!... {On cesse de sonner.)
ÉLISA. II veut te tuer!
bi:rneret. L'enragé!... qu'il y vienne!
ÉLISA. Et j'ai eu une peur, quand il est entré là!
BERNERET. Il n'y avait pas de danger!
ÉLISA. Oùélais-tu donc?
BERNERET. Dans la cheminée.
ÉLISA. Ah! c'est vrai... comme lu es noir...
BERNERET. Tu trouvcs?... c'cst de la suie. (// veut s' essuyer et se barbouille davantage .)
ÉLISA. Mais non... tu le noircis... Tu as l'air d'un nègre! (Nouveau bruit de sonnettes.) Ahl bon ! il carillonne au premier, en jurant.
BERNERET. Gfossler ! Un enragé qu'on ne connaît pas!
ÉLISA. Ah! voici sa carte qu'il m'a laissée. (Lisant.) Coriolan !
BERNERET. Coriolan!... en voilà un nom!
ÉLISA. Confiseur, fabricant de coiignac à Orléans... (Le bruit de sonnettes cesse de nouveau.)
BERNERET. Ha ! ha ! ha! un marchand de cotignac!... si j'avais su... mais je l'aurais mis en marmelade! (Prenant une chaise et gesticulant avec elle.) Mais reviens donc, confiturier (2)!... reviens donc!
KLiSA. Et puis en plus fin (Lisant.) Capitaine.
BERNERET. Hein! (Il s'assied sur la chaise qu'il tient.) Capitaine!., de quoi capitaine!... est-ce qu'il y a des capitaines dans les confitures?...
ÉLISA. C'est donc cela qu'il parlait de sabre, d'épée, de pistolet...
BERNERET. Plus souvent... dcs coups de pied, des coups de poing, je ne dis pas... mais des armes, cela sort de mes habitudes.
ÉLISA. Je n'entends plus rien.
BERNERET. Il cst loin ! bou voyage! (On entend un grand coup de sonnette à la porte de l'antichambre.) N'ouvre pas! (Musique à l'orchestre.)
ÉLISA. Je ne répondrai même pas. (On entend secouer la porte de l'antichambre.)
BERNERET. Si une patrouille pouvait passer poui le mettre au violon !
CORIOLAN, en dehors. Ouvrez, sacrebleu ! ouvrez!
BERNERET. No dis rien. (Le bruit continue-) Mon Dieu! ne tremble donc pas comme cela!.... tu me donnes des souleurs.
ÉLISA. Comment cela va-t-il finir, mon Dieu!
BERNERET. Cela va finir... que, dès qu'il sera sorti, je file! quand je devrais me déguiser... . je LMe avec toi!... ma pauvre petite!,..
2 fi. £.
ÉLisA. Oui, chez un parent, chez un ami...
BERNERET. Je ne veux pas te laisser... (On entend enfoncer la porte.)
ÉLISA. Ah!
BERNERET, poussant uu grand cri. Ah! {Il se précipite dans la chambre.)
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