‹ Une première par jour, causeries sur le théatreChapitre 28 sur 35 · UNE PREKIÂRE PAR JOUR · texte numérisé non relu

UNE PREKIÂRE PAR JOUR

musicaux de Corneille. On est moins réroce aujoard*hui : le succès de l'opéra de M. Massenet en est la preuve.

L'auteur du scénario des Horaces, Gaillard, que malmenait si rudement le rédacteur du Journal général de France et qui a rimé tant de poèmes d*opéra, était moins prodigue de ses écus que de ses vers. Une jolie anecdote contée par Charles Maurice en fait foi. Guîllard parlait un jour à Pi gault -Lebrun d*une circonstances solennelle de sa vie : « Le temps pressait, dit-il, il y allait de toute ma fortune, peut-être de tout mon avenir : ma foi, coûte que coûte.. .>. je pris un fiacre I »

3 décembre 1821 . — (gymnase : MICHEL et CHRISTINE,

vaudeville eu un acte, de Scribe et Dupin.

La dernière opérette qu'aient écrite en collaboration MM. Meilhac et Halévy, Janot^ contenait un amusant compte - rendu en vers de Michel et Christinef que nous recommandons à ceux de nos lecteurs qui auraient oublié le sujet du vaudeville légendaire de Scribe et de Dupin.

Après avoir constaté, à la grande stupéfaction de ses auditeurs, qu'il y a dans la pièce « un mari à qui l'on demande la permission d'épouser sa femme... et qui h donne », le narrateur commençait son récit, en Téniaillant de réflexions naïves ; il le terminait, naturellement, par une allusion au mot fameux du brave Stanislas, a soldat polonais », qui, trouvant la récompense de son généreux sacrifice dans le contentement que « du haut du du ciel, sa demeure dernière », son colonel doit en éprouver.

Boucle son sac et part d'un pied léger, En déclarant, chose extraordinaire,

Qu'un vieux soldat sait souFTrir et se taire Sans murmurer.

Le souvenir de ces deux derniers vers, dignes pendaiits de celui du Déserteur

Mourir n'est rien, c'est notre dernière heure !

survivra à la pièce dont la représentation n'est déjù plus guère possible aujourd'hui tant certaines scènes en.paraissent vieillottes.

Que de larmes a cependant fait verser autrefois ce vieux vaudeville I Aussi pour ne pas laisser le public sous une impression trop triste , quelques bonnes âmes d'auteurs, Scribe et Dapin eux-mêmes, imaginèrent-ils de donner îi Michel et Cliristine des suites dans lesquelles Stanislas, le célibataire par dévouement, se mariait heureusement à son tour.

Il en parut jusqu'à trois dans l'espace d'une année, mais aucune n'eut de succès. Marié et père de famille, le bienfaiteur de Michel etChristine perdait tout son prestige.

4 décembre 1866. — Vaudeville : MAISON NLUVE, comédie eu cinq actes, par Victorien Sardon.

« Celte étude de mœurs, pour disculée qu'elle soit, a dit Victorien Sardou, en dédiant Maison iicuve i mademoiselle Fargueil, n'est pas, de toutes mes œuvres, celle que je signe le moins Dèrement. »

Elle fui, en effet, très discutée, celte comédie; plus que disculée même, éreintée, comme on dit dans l'argot des coulisses.

(i 11 faut, écrivait Paul de Saint-Victor, que l'auteur renonce une fois pour toutes .'i ces tours de passe-passe. Itien dans les mains, rien dans les poches, telle doit être

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dorénavant sa devise. » — « La pièce va d'ua extrême à Tautre, disait de son côté Jules Janin. Être à la fois Beaumarchais et Bcrquin, c'est tenter une grande aventure 1 »

Seul, ou presque seul, Francisque Sarcey rendit tout au moins î\ Sarduu cette justice que « sa pièce, comme la plupart des précédentes, était tirée des entrailles mêmes de notre société ».

En défuiitive, malgré l'exagération de certains détails, Maison neuve reste un document curieux à consulter sur la transformation de Paris pendant le second Empire, et ({u'on pourrait, à ce point de vue, rapprocher d'un piquant discours prononcé dernièrement à Tlnstitut, par M. Charles Garnier, sur Tuniformité d'aspect des grandes villes modernes.

Nous en goûtons peu le côté romanesque. Telle scène sur laquelle on comptait beaucoup, celle, par exemple, où Glaire, ii moitié endormie, écoute la déclaration du comte de Marsille, en répétant sans cesse <' Prenez garde, vous allez m'éveiller! » évoque à distance (qu'on nous pardonne ce rapprochement) le souvenir du célèbre duo, « C'était un rôve », de la Ik'lle Hélène,

Mais quel joli premier acte, avec son tableau patriarcal de la vieille maison de commerce de « la Vieille-Cocarde », rueThcvenot! Comme contraste, quelle scène cruellement vraie que celle où, dans leur maison neuve, René et Claire ne peuvent trouver un panneau où accrocher un portrait de famille I Que de mots spirituels! celui-ci, par exemple, qu'on a répété si souvent depuis : « Au théâtre, la machine réussit ou ne réussit pas. Si c'est le chic d'y aller, j'y vas; si c'est pas le chic, j'y vas pas : voilà tout! ))

Reste l'accusation de plagiat formée contre l'auteur à l'occasion de la situation capitale de Maison fieuve : Une femme se voit subitement avec un amant mort, ou

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cru morl, dans ses bras, et ne sait où cacher le cad avre,

Sardou n'eul pas de peine à prouver que cette situation était vieille comme le monde et qu'on la retrouvait notamment dans un conte de Boccace. L'accusation n'en eut pas moins pour lui des conséquences fflcheuses.

Des nouvellistes avaient colporté le sujet avant la première. Le direclour de l'Ambiftu en profita pour monter précipitamment un drame poslliume de Gozlan, ia Duchesse de M onlemay or, dont \à donnée, depuis longtemps connue, reposait sur une aventure analogue à celle de l'héroïne do Sardou. Ce drame n'eut aucun succès; mais le but visé était atteint : la curiosité du public s'était détournée de Maison neuve.

6 décembre 1788. - Opéra : DIÏMOPHON, tragédie lyrique en trois actes, paroles de Marmontel (d'aprôs Métastase), musique (le Glierubini.

Trente-trois Dèmophon avaient déjà été joués sur les scènes musicales de l'Italie, lorsque Cherubini, qui venait de se fixer délinitivement en France, résolut, pour ses débuts à l'Opéra, d'en écrire on trente-quatrième.

Cet essai Fut malheureux et la pièce n'eut que huit représentations. Mais l'auteur ne larda pas à prendre sa ruvazichc et, en moins do douze années, donna quatre ouvrages de premier ordre, Loiloiska, Elisa ou le Mont Sainl-liernitrd, Médée et les Deux Journées.

Deux de ces opéras, parfailemcnl oubliés en France, sont encore au répertoire des théâtres de l'Allemagne. Dieu plus, c'est enAllemagne qu'on trouve les meilleures, on pourrait presque dire les seules éditions de Cherubini, un maître illustre, Français par option, directeur pendant de longues années du Conservatoire de Paris, et

dont les principaux élèves, Boieldieu, Auber, Halévy, comptent parmi les plus célèbres représentants de notre école nationale. Un éditeur français se propose, je le sais, de combler cette regrettable lacune. Il faut lui tenir compte de ce bon mouvement. Nous déciderions-nous enfm à rendre à nos compositeurs le culte

que les étrangers vouent aux leurs et parfois même

aux nôtres? Nous n'avons pas abusé, jusqu*ici, de la reconnaissance envers nos grands hommes.

6 décembre 1850. — Académie de musique : L'ENFANT PUODKiUE, opéra en cinq actes, paroles de Scribe, musique d'Auber.

L'Enfant prodigue a donné lieu à une amusante boutade de Théodore de Banville contre Scribe, poèfe :

a D(i môme que certains hommes ont le don de rimer, lisons-nous dans le petit traité de poésie française de l'auteur de Socrate et sa Femme, d'autres Hommes ont reçu du ciel, en naissant, le don de ne pas rimer, don surnaturel, inexplicable, que Scribe a possédé jusqu'au miracle. »

» Ainsi, au quatrième acte de l'Enfant prodigue, un jeune chamelier chante :

Ah! dans l'Arabie, Qnel heureux métier, Quelle (iouce vie Mène un chamelier !

Il franchit l'espace, Rapide comme le vent.

Sans laisser de trace Au sable

» Quel mot Scribe va-t-il écrire pour terminer son couplet ? Belle demande I II n'y en a qu'un de possible :

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Irt rime, la raison, le bon sens, la jastice, la nécessité indiquent le molmouvant Mais, comme Scribe a te don

de ne pas rimer, il écrira ; brûlant! »

Or, il s'est trouvé des contradicteurs qui n'ont pas craint de soutenir, contre Théodore de Banville, que, si le parolier de l'Enfanl prodigue avait eu tort d'employer une rime pauvre, il avait eu raison de ne pas se servir du mot mouvant, qui n'eût pas eu de sens.

i En effet, ce n'est pas parce que le sable est mouvant, c'est-à-dire fouetté de temps à autre et balayé par le simoun, que le chamelier n'y laisse pas de trace. Le beau mérite, alors ! Si le chamelier ne laisse pas de trace, c'est qu'il est tellement rapide que le sable, quoique immobile dans le désert brûlant, où ne court aucun souffle, le sable n'a pas même le temps de recevoir la trace du sabot de la monture. »

Sainte-Beuve loue quelque part Théodore de Banville d'avoir fait rimer assez pauvrement abattu et chenu, préférant l'expression juste à une autre qui ne l'eût pas été.

Scribe a fait de même. Après tout, je ne le défend pas, et s'il tient dans ce livre une si grande place, c'estqu'on le rencontre souvent dans le drame et presque partout dans la musique.

7 décembre 1824. — Odéon : ROBIN DES BOIS, opéra en Irois actes et quatre tableaux, paroles de Castil-Blaze et Th. Sauvage, musique de Weber, représenté en France pour la première fois.

Les journaux ont donné dernièrement la hste assez longue des livrets que M. Massenet avait eus, depuis plu- sieurs années, entre les mains, avant d'arrSter son choix sur ceux du Cid et de Werther,

L'auteur de Robin des bois, ou plutAt du FreischUtXfn'a pas connu ainsi l'embarras des richesses.

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Du 12 janvier 181i, jour où fut terminée la partition û'AboU'Unssan, jusqu'au 12 juillet 1817, jour où fut commencée celle (lu FreichutZy six années et demie s'écoulôrent sans qu'il IravaillUt pour le théâtre, faute d'avoir U7i seul livret à sa disposition.

Pour s'en procurer un, Weber avait eu cependant recours h tous les moyens, môme les plus étranges, ainsi qu'en fait foi l'avis curieux et peu connu inséré par lui dans le^ journaux allemands en 1813 :

a Le soussigné désire posséder le plus tôt possible un » bon livret d'opéra, qu'il veut mettre en musique et » payer convenablement. 11 invite donc les poètes de » l'Allemagne qui veulent entreprendre ce travail à en- )) voyer proniptement leurs manuscrits, ainsi que leurs » conditions, s'engageant d'ailleurs, au cas où il ne Tutif) Userai l pas, à renvoyer son manuscrit à l'auteur, sans » le moindre dommage.

» Prague, le 12 mars 1813.

» Caîil-Maria von Weber. »

Aucun poète ne répondit î\ l'appel du compositeur aux abois, et sans un hasard heureux qui, en 1816, mit en relations Wuber avec le futur parolier du Freisehûtz, Friedrich Kind, peul-cHre, faute de livret, Abou^Hassan fût-il resté le dernier upéra de son auteur.

Les musiciens, je le répète, n'ont plus aujourd'hui à se plaindre de cette disette. Ils ont dix livrets pour un. Les bons seuls sont toujours rares.

8 décembre 1880. — Variétés : UATAPLAN revue en trois

actes, par Arnold Morti«;r, Letenior ot Vanloo,

Bataplnn! ce titre vaut une date et rappelle naturellement h la mémoire cette malencontreuse suppression

8 DÉCEMBRE 'i9l

dans l'armée, des tambours, qui fit pendant quelque temps du général Farre un des hommes les plus impopulaires de France.

Pas une opérette ne fut jouée, cette année-là, sans le condiment obligé de couplets à sensation avec accompagnement de tambour, pas une revue sans celui d'un rondeau en l'honneur des malheureux " tapins » mis subitement en retrait d'emploi.

Les auteurs de Rataplan firent plus et mieux. Ils consacrèrent aux victimes du ministre un prologue tout entier, dont l'idée était ingénieuse et très théâtrale.

La toile se levait sur une sorte de caveau sombre où des hommes, enveloppés de grands manteaux, pénétraient mystérieusement en échangeant h voix basse quelques paroles, des mots de passe, sans doute, comme l'rtrf augusia pcr angusta. iVHernani Bientôt, celui qui semblait iltri! leur chef faisait un signe, et tous, se dépouillant de tours manteaux, apparaissaient dans leur costume de tambours. Guidés par leur tambour-major, les pauvres tapins en étaient réduits A se cacher comme des conspirateurs pour battre de la caisse.

Rien d'inattendu et de trouvé comme ce coup do théâtre, que saluaient chaque soir des applaudissements frénétiques.

Des plaisants ont dit que le général Farre avait pris son arrêté par compassion pour les unes, qui, battus pendant leur vie, l'étaient encore apr6s leur mort. Mais cela leur faisait si peu de mal! Bonnes ou mauvaises, ces plaisanteries, sans cesse renouvelées dans la presse et sur la scène, nous ont rendu les tambours.

9 décembre 1877. — Matinée caractéristique de la Gai té : TROP D'ICSPRIT MJIT, comédie de Griboïedof, traduite par

Ku^Mme Gothi.

Précédées de causeries littéraires faites par les conférenciers les plus en vogue, ces Matinées caractéristiques avaient, on s'en souvient, pour objet, de faire connaître aux Parisiens les productions dramatiques les plus célèbres de la littérature étrangère.

L'idée était excellente, et, si le succès ne répondit pas toujours à l'attente de l'organisatrice, madame Marie Dumas, la faute en fut, non à elle, mais à ses collaborateurs, écrivains et interprèles : ceux-ci parce que, recrutés un peu fi l'aventure, ils se montrèrent souvent insuffisants; ceux-là parce qu'ils cédaient trop volontiers à la tentation d'adapter au lieu de simplement tra^ (luire.

Pour ce double motif, sans doute, la pièce de Griboïedof ne fut pas appréciée à sa valeur par les habitués des Matinées de la Gaîté.

Elle se recommande cependant par une verve caustique peu commune, cette comédie, qui est, sans contredit, la plus remarquable du théâtre russe, avec le Ikviseitrj de Gogol, et dont le héros, Tchalski, censeur impitoyable des travers et des vices de l'ancienne société moscovite, procède tout à la fois d'Alcesle et de Timon d'Alhènes.

Coninie spécimen de la manière de l'auteur, on peut signaler la sct'ne originale oîi le vieux Famoussof, le modèle des hauts fonctionnaires, cite comme un exemple à suivre certain trait de servilité de son oncle.

« 11 avait l'air sérieux et important, dit-il; mais quand il était de service, il excellait à faire des courbettes. Un jour, en reculant, il lui arriva de tomber. Sa Majesté

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sourit. Elle daigna sourire! Que flt-il7 II se releva et tomba une seconde fois... II l'avait fait exprès. Sa Majesté rit plus fort... A ton avis, c'était ridicule? Au mien, c'était très spirituel. 11 s'était fait mal en tombant, il se releva heureusement. Et, en effet, qui était le plus souvent invité à faire une partie de wliist? Qui, à la cour, entendait le plus de mots flatteurs? Mon oncle, Maxime Pétrowitch ! .1

C'est la mise en pratique du conseil donné par le " grand courtisan du roi », dans Barbe-Dleue :

Il faut, s'il veut arriver.

Qu'un bon courtisan s'incline El qu'il courbe son écliiae Autant qu'il la peut courber.

10 décembre 1825.— Opérci-Gomique; LA DAME BLANCHE,

opL-ra-comique en trois actes, paroles de Scribe, musique de Hoieldieu.

L'histoire de la Pâme blanche forme un des plus jolis chapitres des <i derniers souvenirs d'un musicien », d'Adolphe Adam. Nous y renvoyons ceux de nos lecteurs qui désireraient connaître la genèse du chef-d'œuvre de Boieldieu.

lis y verront notamment qu'un seul morceau coûta quelque peine à l'auteur, les charmants couplets: «Pauvre dame Marguerite »; que l'ouverture fut écrite en une nuit, avec le concours d'Adam et de Théodore Labarrc, et que le spirituel duo de la peur faillit, ainsi qne plus tard le quatuor de Faust, èlre coupé au dernier moment, comme " faisanllongueur ».

Ces détails ont été reproduits maintes fois.

Une particularité moins connue est l'origine de l'air « Ah ! quel plaisir d'être soldat».

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Le 17 avril 182i, Boieldieu avait écrit en collaboration avec lléroldct Anber, pourrinauguration de la direction Bernard, à TOdéon, la musique d'un prologue intitulé les Trois Genres. Un morceau de ce prologue avait eu beaucoup de succès, « La belle chose qu'un tournoi » ; Boieldieu le reprit et en fltTair fameux do Julien d*Ave* ncl.

Ce que Ton sait moins encore, c'est qu'un fragment de cet air se trouve textuellement dans l'ouverture d'un opéra delà jeunesse de Meyerbeer, /?omJ/da e Costanza, représenté pour la première fois à Padoue, en 4818.

11 décembre 1674. — Hôtel de Bourgogne : SURÉNA, ti-a-

gédie en cinq tictes, en vers, de Corneille.

On discutait en 1849, devant le Conseil d'Etat, la question toujours brûlante de la censure, et Victor Hugo soutenait que, dans le domaine de la littérature, le principe de l'autorité appliqué par Napoléon I" n'avait rien produit.

— Vous oubliez les Templiers, dit Scribe, en interrompant Torateur.

— Je ne les oublie pas, reprit Victor Hugo ; il y a dans cette tragédie un beau vers.

Ce mot, trop dur, dont s'est peut-être souvenu M. Paillerou en écrivant le Monde où l'on s'ennuie, pourrait s'appliquer h Surma, la dernière œuvre dramatique de Corneille.

Dans cette tragédie monotone et languissante il y a, en effet, « un beau vers » qu'a oublié de citer M. Levallois dans son « Corneille inconnu », et qui est presque le dernier de la pièce.

Eurydice, princesse d'Arménie, apprend subitement

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que Suréna, qu'elle aimait, a été assassiné et qu'elle est la cause involontaire de sa perte.

Le coup est trop rude : elle sent que tous les ressorts 4e sa vie se sont brisés en elle ; immobile, les yeux hagards, elle écoute f^ans comprendre, et comme si elle n'appartenait déjà plus à la terre, les imprécations de la sœur dâ Suréna, Palmis, qui lui reproche la mort de son frère. Puis, lorsque celle-ci, prenant son calme apparent pour de l'indifférence, s'écrie, dans unemportemeDt de colère:

Quoi, vous causez sa perle et n'avez pas de pleurs I

elle répond doucement, en tombant dans les bras de sa

suivante :

Nou,jc ne pleure pas, madame, mais je meurs.

Ne serait-ce que pour ce vers, d'un laconisme si tragique, Suréna a peut-èlre droit au mCme privilège qua les Ttmpliers. Il ne faut pas l'oublier tout à fait.

12 Décembre 1863. —Château deCompiëgne, devant la i^our : LA MAiSON DE PK.\AnVAN, comédie en quatre acte*

dû Jules Sandcau.

Sous l'ancien régime, la cour avait souvent la primeur des a-uvres dramatiques importantes.

C'est ainsi que plusieurs comédies de Molière lurent jouées pour la première fois devant Louis XIV, soit au Louvre, soit à Versailles, soit à Saint-Germain ou à Chambord, etqu'unsiècleplustardles opéras de CAt»iéne et des Iloraces furent représentés, sur l'ordre de Louis XVI, i'uD Il Fontainebleau, l'autre à Versailles, avant de l'être à l'Académie de musique.

Mais le public n'accepta jamais qu'à contre-cœur cette sorie d'enipictcment sur ses droits, et, surtout aux

approches de la Révolution, les Parisiens manifestèrent à diverses reprises, leur mécontentement, en sifflant les pièces dont ils n'avaient pas eu les prémices.

Ce souvenir aurait dû détourner les organisateurs des représentations de Compiègne d'user d'une prérogative à laquelle tous les souverains avaient renoncé depuis Louis XVI.

Certes, la comédie de M. Jules Sandeau n'est pas bonne. Le joli roman d'où elle est tirée, et que tout le monde a lu, comprend, comme on sait, trois parties bien distinctes qui embrassent trois époques de la vie de l'héroïne, Renée de Pénarvan, avant, pendant et après son mariage avec son cousin Paul. De ces trois parties, la moins intéressante est sans contredit la seconde, celle où Paul de Pénarvan se fait tuer assez inconsidérément pour une cause qui n'est pas la sienne. Or, c'est précisément celle-là qui, modifiée quant au dénouement il est vrai, termine la pièce. Il fallait, ou arrêter l'acUon au mariage de Renée, ou la prolonger, comme dans le roman, jusqu'à sa défaite dans sa lutte obstinée contre les idées modernes, sous Tiniluence des caresses de sa petite fille.

Telle quelle cette comédie ne méritait pas les sifflets qui accueillirent son apparition au Théâtre-Français trois jours après la représentation de Compiègne ; ces sifflets étaient une protestation, d'accord, mais ils n'en furent pas moins cruels pour l'auteur de Mademoiselle de la Seiglière et du Gendre de M, Poirier, La politique ne respecte rien. Jules Sandeau, le plus conciliant des hommes, méritait de n'en pas faire l'épreuve.

13 Décembre 1864. — Comédie-Française: LA DOT DE MA FILLE, comédie en un acte, ea vers, par Samson.

On a pu voir cette aimable berquinade — nous allions dire « bouquinade », car il n'y est question que de bouquins — à l'une des matinées Ballande où elle était précédée d'une très instructive conférence sur Samson par M. Legouvé.

Le sujet en est bien simple : un bibliophile, le docteur Varner, vend sa bibliothèque pour marier sa QUe. « Maigre sacrifice ! n objecteront les profanes. — «Sacrifice immense ! » répondront les vrais amateurs de livres, ceux qui ont le droit de dire, comme le disait un peu naïvement il y a quelque deux cents ans, le célèbre bibliothécaire de l'Université de Leyde, Heinsius :

u Je ne suis pas plutfilentré dans ma bibliothèque que je ferme la porte sur moi, et que je bannis de celle manière la concupiscence, l'ambition, l'ivrognerie, la paresse et tous les vices dont l'oisiveté, mère de l'ignorance et de la mélancolie, est la source; je siège au sein même de l'éternité, parmi ces hommes divins, avec tant d'orgueil, avec tant de satisfaction, que je prends en pitié tous les grands et tous les riches qui sont étrangers Scelle félicité. »

Aux amateurs derapprochementsnous recommandons le chapitre touchant des Misérables, où Victor Hugo met en scène, lui aussi, un bibliophile passionné, obligé de se séparer de ses livres.

Seulement, c'est pour avoir de quoi vivreque le pauvre M. Mabeuf vend les siens. Il les détaille un à un, a les regardant longuement avant de choisir, comme un père obligé de décimer ses enfants », soutenu par l'espérance suprême de sauver les dernières épaves de sa bibliothèque. Mais peu h peu les rayons se vident elle jour où lanéces-

silé lo conlraint h porter chez le libraire son dernier livre rare, un Diogène Laërce de Tédilion de 1644 « avec les variantes », sa douleur est trop forte, et il n'y survit pas.

On sait que la délicatesse de Boileau épargna à l'aimable et éloquent Patru cette douleur et peut-ôtre cette (in. Il acheta ses livres mais il lui en laissa la jouissance. Cette bonne action vaut bien dix bons vers. Heureux ceux qui font Tune et les autres.

14 Décembre 1790. — Académie de musique : PSYCHÉ, ballet-pantomime en trois actes, chorégraphie de Gardel, musique du Miller.

Il y a (les sujets heureux; chaque époque les développe à sa guise. Tantôt on les présente avec simplicité, tantôt on les surcharge d'ornements ; môme médiocrement traités, ils restent agréables et ils ne perdent rien de leur fraîcheur. L allégorie de Psyché est un de ces sujets. Elle a tenté les romanciers et les poètes et elle garde encore tout son attrait. C*cst qu'elle touche à ramour^et Tamoiir est éternellement jeune. Le langage varie avec le temps, mais les sentiments sont vieux comme le monde. L'humanité s'y retrouve toujours elle-mftme. (Juand le poète a eu, comme Corneille, Pheureuse fortune d'ôtre à la fois simple, naturel et tendre, il a des chances de partager l'immortalité de son sujet.

Outre la pièce de Corneille et de Molière qui participe de tous les genres à la fois et la tragédie lyrique de Thomas Corneille et de Lulli dont j'ai parlé plus haut, Psyché a fourni le sujet d'une quantité considérable d'opéras, d'opéras-comiques et de comédies qu*il ne m'appartient pas d'énumérer ici.

Les ballets qu*elle a inspirés sont nombreux aussi, à

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commencer par celui de Benserade où dansa Louis XIV en 16n6. Seulement au XVIII* siècle, je mentionnerai les ballets ou Tragments de ballets suivants : l'Amour et Psyché, ballet de Lenoble, compositeur allemand, sur des paroles de l'abbé de Voisenon, non représenté; Psyché et l'Amour, sujet delà deuxièmeent éeduballetde l'Empire de V Amour, de M. de MoncriT, musique de M. de Brassac ; le troisième acte des Fdte* de Pnphos, ballet liéroïiiue en trois actes, par divers auteurs, musique de MotidonviJle, 1758 (ce ballet inspira une parodie en deux actes, jouée la mfime année au Théâtre -Italien, sous le titre des Amours de Psyché) ; Psyché, ballet de Dauberval ; enfin le ballet de Gardel, musique de Miller.

1' Cotte pantomime, dit le rédacteur du Mercure de France, réunit tout ce qui peut charmer tes yeux et intéresser l'i'ime : la disposition du sujet, les tableaux charmants que le maître de ballet y a introduits, les idées ingénieuses du machiniste, l'hahileté du décorateur, le talent prodigieux des exécutants, tout concourt àen faire le plus beau spectacle du monde. »

Que ce fdl parce qu'il charmait les yeux ou parce qu'il hitiirentait l'âme, le ballet de Gardel obtint un succès prodigieux, inouï, et, dans l'espace de trente-neuf ans, ne fui pas représenté moins de onze cent soixante et une fois.

15 Décembre 1€07. — Académie de musique ; LA VES- TALK, I raKé.lie l)TiqQe en trois actes, paroles de Jouy, nmsique de Spontini.

Lhisloire des premières grandes œuvres des musiciens célèbres est presque toujours la même.

On les reçoit h contre-cœur ; on en retarde, autant que faire se peut, la mise à l'étude ; on les répète avec

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défiance ; on les joue sans enthousiasme ; on les juge avec le parti pris de les trouver inférieures à celles qui, depuis longtemps, sont en possession de la faveur du public ; puis, lorsqu'elles sont devenues populaires, elles aussi, on les oppose à leur tour aux productions des débutants.

Ainsi est-il arrivé pour la Vestale,

L'opéra de Spontini n*avait été reçu que grâce à la toute-puissante protection de Timpératrice Joséphine.

A peine commencées, les répétitions furent renvoyées, une première fois, après la première représentioa du Retour d'Ulysse^ de Persuis; une seconde, après celle du Triomphe de Trajan, de Lesueur. Peu s'en fallut même quQla Mort d'Adam, du môme Lesueur, ne fût jouée avant la Vestale^ qui, à son apparition, rencontra dans la presse Taccueil réservé que devaient tout d'abord recevoir de nos jours le Prophète et Faust.

Kh bien, vingt-neuf ans plus tard, Spontini, oubliant Topposition systématique h laquelle il s'était heurté au début, trouvait étrange ({ue de jeunes compositeurs s'avisassent d'innover^ eux aussi, et tenait à Wagner^ qu'il détournait de persévérer dans la carrière dramatique, l'extraordinaire langage que voici :

« Comment voulez-vous que quiconque puisse inventer quelque chose de nouveau, moi, Spontini, déclarant ne pouvoir, en aucune façon, surpasser mes œuvres précédentes; étant avisé, d'autre part, que, depuis la Vestale^ on n'a pas écrit une note qui ne fût volée de mes partilions! »

16 décembre 1701. — Comédie-Française: ÉSOPE A LA COUR, comédie posthume ea cinq actes, ea vers, de Boursault.

« La statistique, dit quelque part un personnage d'une comédie de Labiche, est une science moderne et positive, qui met en lumière les fails les plus obscurs. Ainsi, dernièrement, grûce à des recherches laborieuses, nous sommes arrivés à connaître le nombre exact des veuves qui onl passé sur le Pont-Neuf pendant le cours de l'année 18G0 ».

La pièce que nous rencontrons aujourd'hui nous donne l'occasion depayernolre tribut à cette « science moderne et positive ». Prolitons-en. Si l'objet de nos recherches est d'un intérêt moins palpitant, peut-être aurons-nous cependant réussi « à mettre en lumière quelques points obscurs »,

Le rûle le plus long des comédies en vers de l'ancien répertoire est celui d Ésope, dans Esope à la Cour, Ce rôle ne comprend pas moins de douze cent vingt vers.

Puis viennent ceuxde Mascarille, dans l'Etourdi [1,038 vers), d'Ésope, dans Ésope à la Ville (l,03i), de Philinte, dans k Flatteur, comédie oubliée de Jean-Baptiste Rousseau (UiO), et d'Arnolphe, dans l'Ecole des Femmes (91)3| .

Les personnages les plus avantagés, au point de vue de la quantité, sinon de la qualité des vers, sont ensuite :

Le marquis de Lorgnac, dans la Comtesse d'Orgueil, de Thomas Corneille, 78t.

Alceste, d.ms le Misanthrope, 777.

Dorante, dans le Menteur, 737.

Arisle, dans le Philosopht marié, de Destouches, 729.

Léandre, dans le Philosophe amoureux, du mâme Destoucbes, im.

'iO'2 UNE PREMIÈRE PAU JOUR

Le baron, dans les Dehors trompeurs, de Boîssy, 700.

Don Bertrand, dans Don llvrlrand de Cigarral, de Thomas Corneille, 686.

Sganareile, dans le Festin de Pierre, 680.

(iléon, dans le Méchant. COi.

Bernadillc, dans la Femme Juge et partie, de Monlfleury, 6i5.

Lisette, dans le Médisant, de Destouches, 641.

M Le Blanc, dans la Fille capitaine, de Montfleury, 633; Don Pascal, dans la Sœur ridicule, du même Montfleury, 627;

Laiirelte, dans la Mère cofjuctte, deQuinault, 620.

Mercure, dans le Nouveau Monde, de Tabbé Pellegrio,

Julie, dans la Coquette corrigée, de La Noue, et Griepin, dfinf^ Crispin vwsicien, d'Hauteroche, 600.

Pour ne pas fatiguer le lecteur je me borne, au-dessous de ce chiirre de C0<) vers, il citer quelques personnages remar.]nablement discoureurs de comédies célèbres:

Sosie, d'Amphitryon, 592 vers.

Julie, de la Femme juge et partie, 582.

Crispin, du Légataire universel, 579.

Damis, de la Métromanie. de Piron, 570.

Lisette, du Glorieux, de Deslouches, 556.

Spranarelle, de l'Ecole des ??mm;Strabon,de Démocriie^ de Hegnard; le comte, de .V^f/îr/îf». de Voltaire, chacun 511,

J'appelle, en terminant, Tattention des amateurs de statistiques sur les deux particularités suivantes :

Ksope, dans Esope au Parnasse^ dePesselier, dit à lai seul 559 vers sur les 1063 dont se compose la pièce.

La Suivante, de Corneille, est divisée en cinq actes qui contiennent chacun exactement le môme nombre de vers : 340. Je ne pense pas qu'on trouverait dans tout le répertoire du Théâtre-Français un autre exemple d'une

symétrie qui n'est évidemment intéressante que par sa

singularité.

ITdéoemlire 1863.— Variétés: LA BELLE HÉLÈNE, opéraboutTe ei) trois actes, parok^s de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique d'Offenbach.

I[y a dans notre littérature des deux derniers siècles une succession presque ininterrompue d'œuvres burlesques, satiriques ou dramatiques, dont l'antiquité fait les frais, succession qui commence au Virgile travesti, de Scarron, pour aboutir aux opérettes contemporaines, en passant par la Lucrèce àe Regnard, l'/licesle de Dominique, VHomère travesti, de Marivaux, les Rêveries renouvelées dus Grecs, de Favart, elles Petites Danaïdes, de Désaugiers.

Depuis le père Vavasseur dont le traité De ludicra die lione, publié en lCo8, est une fougueuse excommunication du burlesque, jusqu'à Léo Lespès déclarant sans rire, an lendemain de la représentation d'Orphée aux Enfers, qu'il avait dû, pour chasser le fameux souvenir de cette repi'ésentation, prendre, en rentrant chez lui « son vieil Homère ", il s'est toujours trouvé des pédants ou des prudliommes pour stigmatiser ce genre littéraire.

Mais les défenseurs n'ont pas manqué non plus, at parmi les plaidoyers les plus spirituels figure celui du pisre li'un des auteurs de la Iklle Hélène, Léon Halévy, qui, fidèle adorateur de l;i muse antique, crut cependant devoir excu-ior les irrévérences de son fils.

On l'eût bien étonné en lui disant alors que ce flls couronnerait un jour, à l'Académie, les traducteurs d'Homère. C'est là certes une réparation!

404 UNE PREMlènE PAR JOUR

18 décembre 1843. — Odéoa : LE MÉDECIN DE SON lIOiNNKUR, drame en trois actes, en vers, imité de Galderon, par Hippolyte Lucas.

Cette pièce, bien qu'habilement faite, avait le défaut commun à presque toutes les œuvres de ce genre : c'était une imitation plutôt qu'une traduction du drame original.

Reste !\ savoir si une traduction littéraire n'eftt pas choqué outre mesure ce que Ton est convenu d'appeler « le goût français ».

Le Médecin de son honneur, don Guttière, est TOthello du théâtre cspagnoL Mais, si Tobjectif de Shakespeare et de Galderon est le môme, montrer une âme humaine attaquée par la jalousie, quelle différence dans l'exécu* tion !

Othello s'informe, demande des preuves, hésite, se dépense en paroles, selivre contre Desdémoneàdes invectives effrénées, puis se tue après avoir reconnu son erreur.

Sur un simple soupçon, don Guttière condamne dona Mencia à mort, froidement, tranquillement, et cette mort, qu'il décide sans phrases, est horrible.

11 va chercher, la nuit, un pauvre chirurgien du voisinage; il le conduit auprès de sa femme, que celui-ci trouve étendue sur son lit, la tôle voilée, dans une chambre tendue de noir et éclairée par des torches funéraires. Puis, lui mettant le poignard sur la gorge, il l'oblige à ouvrir les veines de cette femme et à rester près d'elle jusqu'à ce qu'elle expire.

Lorsqu'enfin le roi, don Pèdre, l'avertit qu'il sait tout, il répond fièrement: « L'honneur, sire, ne se lave qu'avec du sang ». Et le roi pardonne, et personne ne parait s'étonner de son pardon. Bien plus, don Guttière trouve aussitôt une femme disposée à prendre la place de celle qui n'est plus. « Considérez que ma main est pleine de

10 DÉcEMBne 405

sang, dit-il à cette femme. — Peu m'importe ; je ne suis ni étonnée, ni effrayée. — GonsidiSrez quej'ai été le médecin de montionneur, et que je n'ai pas oublié ma science. — Avec elle, vous guérirez ma vie, si elle devient mauvaise. — À cette condition, voici ma main, »

Cette dernière scène est d'une crânerie singulière. Hais ces mœurs sont-elles assez dilTérentes des ufttres? Une simple substitution de mots, dursste, suffit à bien marquer cette différence. Le roi que met en scène Galderoa dans le Médecin de son honneur, don Pèdre, a été surnommé par nous « le Cruel ».

Les Espagnols l'ont appelé « le Justicier ».

19 décembre ISSO. — Comédie-Française : LE JOUEUR DE FLUTE, comédie en un acte, en vers, par Emile Augier.

Au temps où Edmond et Jules de Goncou rt étaient critiques dramatiques, ils s'amusèrent un jour à rendre compte do la façon suivante des Trois Amours de T^ulle, comédie en vers de M. Tailhand :

■< Voir, pour cette pièce, les comptes-rendus faits à l'occasion du Moineau de Lesbie, d'Armand Barthet ; A'Horace et Lydie, de Ponsard; de Sapho, dePbiloxèue Boyer; de Sous les Pampres, de Jules Lorin, etc. ».

Toutes ces petites pièces pseudo<grecques ou pseudoromaines ont, en effet, un air de parenté, et, à distance , se confondent dans ie souvenir.

11 existe une illustration très originale du Joueur de flûte.

Cotte illustration, signée Flameng et primitivemeat publiée dans l'Artiste, sort d'en-tète à une intéressante brochure sur « le palais pompéien ». Elle représente une des répétitions, dans l'atrium de la maison romaine de

406 UNE PIIEMIÈRE PAR JOUll

l'avenue Montaigne, de la représentalion du Joueur de flûte, qui y fut donnée le 14 février 1860.

On y voit, ingénieusement groupés, les artistes chaînés des quatre rôles de la comédie d'Augier, Geffroy^ Samson^ Got et Madeleine Brohan^ et aussi mademoiselle Favart, pour qui Théophile Gautier avait écrit un prologue de circonstance. On y voit même les deux auteurs» Augier et Gautier, revêtus également de costumes antiques, et faisant répéter, dans ce singulier accoutrement, leurs interprètes.

Si l'on retrouvait cette illustration dans deux mille ans, que de brochures on ferait sur les costumes en 1850. Nos érudits ont dû plus d'une fois en faire autant pour les Grecs et les Romains.

20 décembre 1748. — Comédie- Française : GATILINA, tragédie en cinq actes, de Crébillon.

Les héros de tragédie passent communément pour être très discoureurs ; ils le sont, en effet, mais moins cependant que certains personnages de comédie auxquels on n'a pas fait la môme réputation,

Ainsi, tandis que le rôle d'Hsope dans£jrop« à la Ccur^ le plus long du répertoire comique, se compose de douze cent vingt vers, celui de Gatilina, le plus long du répertoire tragique, n en comprend que huit cent quatre^ ving-onze ; et tandis que onze personnages comiques de l'ancien répertoire ont à dire plus de sept cents vers, aucun parmi les tragiques, Gatilina excepté, n'en a à débiter autant.

Voici du reste, comme pendant à la liste que j*aidonnée plus haut, celle des rôles du répertoire tragique, classés d'après le nombre de vers dont ils se composent.

Ariane, dans Ariancy de Thomas Gorneille, 696 vers.

21 DÉCBHBHS 407

Atrée, dans Atréeet Thyesle, deCrébillon,671.

Tdoménée, dans Idominée, du mfitne Grébillon, &l.

Pulchérie, dans Pulchirîe, de Corneille, 643.

Médée, dans Mèdéc, de Longepierpe, 640.

Ulysse, dans la Moyt d'Ulysse, de l'abbé Pellegrin, 611.

Spartacus, dans Spartncus, de Saurin, 608.

Mithridale, dans Milkridate, de Racine, 593.

Orosmane, dans /dire, 590,

Pyrrhus, dans Pt/riims, de Grébillon, 563.

Caliste, dans Caliste, de Colardeau, 530.

Cntilina, dans Rojiic sauvée, de Voltaire, 5o8.

Honorius, dans Slilicon. de Thomas Corneille, 6,>t,

Vendôme, dans Adéh'ide Ihrguesdin, de Voltaire, 550.

Cinna, dans Cinna, 332.

Andronic, dans Andronic, de Campistron, 530.

On voit que les personnages qui donnent leur nom aux tragédies sont pre^'qne toujours les pins libéralement parlâmes quant au nombre des vers. Cette règle souffre cupendaut do nombreuses exceptions, et l'une des plus curieuses est celle que nous fournitja tragédie de Rotrou intitulée Coivoks, dont le béros n'a f\\iBquaire-vingl douze vers à dire.

21 décembre 1822. -- Cumt^dic-Fraiiç.iise: VAU':nil<:, comédie L'n trois actes, de Scribe et Méleaville.

Un incident curieux signala la première représentation dû cette comédie célèbre où depuis soixante-cinq ans se sont produites bien des actrices de talent, entre autres Sarah Rernhardtqui y a effectué son second début au Théâtre-Français, le 2i août 1803.

L'hérotneest, comme chacun sa'it, une leuneaveugleque son llancé opère de la cataracte : >< Une jeune demoiselle aveugle qui était an balcon, raconte un critiqae, a coati-

UNE PREMliBB PAU jodu

nucllement donné des marques d'une émotion si vire, que cet épisode de la représentation a été, pour beaucoup de personnes, aussi touchant que la pièce mfime. »

Comme toute les pièces dont le succès est très vir, Valiric inspira un certain nombre de parodies. Un biographe de Scribe , M. Moulin, a même dit, à tort, que l'auteur s'était critiqué lui-même dans une petite revue, l'Enfer dramatique, jouée au Vaudeville, sous le pseudonyme d'Kugène , quelques jours après la représentation de Valérie, el dont les véritables pères sont Théauloa et Itamon.

La plus gaie do ces parodies est celle qui fut jouée aux Variétés, le 20 janvier 1823, sous le titre de Monsieur Oeuli . Dims celte pièce, calquée sur celle de Scribe, un jeune médecin Tait aussi l'opération de la cataracte ; seulement, comme il appartient ii un petit thé&tre et qu'il est, naturellement, supposé moins habile que son confrère de la Comédie-Française, il ne saure qu'un œil à sa Dulcinée, qu'il laisse borgne.

22 décembre 1842. — Académie de musique : LA REINB Dh] CtlVI'Ki:, opéra on cinq actes, paroles de Saint-Georges,

musique d'Ilalévy.

I.a Iteine de Chypre nous offre un curieux exemple des exigences auxquelles les compositeurs les plus illustres sont quelquefois en butte de laparlde leurs interprètes.

Le titre primitif de l'opéra était le Chevalier de Malte. Celui de ta Heine de Chypre fut adopté, au dernier moment, |)ai- condescendance pour madame Stolz, que cette nouvelle dénomination Qattait davantage. La partition l'ut aussi l'objet de nombreux remaniements imposés ix Halévy par la cantatrice. Le matin même de la première représentation, il fallut couper dans l'ourerture

?3 DÉCBHBnE 409

un allegro qui, disait-elle, défloraitsongrand air. Enfin, la pJËco Tiil jouée, non sans peine, et il est juste do dire que sa principale interprète contribua grandement à son s^cc^s.

Ce succ6s se soutint pendant quinze ans, mais ne se retrouva plus lorsque, en i877, M. llalanzîer remit l'opéra d'IIalévy au répertoire, oEi il cessa de ligurer, probablemetitpour toujours, après trente-quatre représentations,

23 décembre 1854. - rh^dtre-Itnlien : 11. TROVATOIIE,

ojx'Ta en quatri! actes, paroles de Cammarano. musique dt! Verdi, reprfsenU'' ea Krance pour la premifire fois.

Il y a toujours intÉrGL et prolil ù rechercher les premiers comptes-rendus des œuvres célèbres. On est presque asiiuré de faire des trouvailles piquantes.

C'est ainsi qu'en consultant la Hazzella musicale de Mi< lun, nous avons noté cotte phrase curieuse d'une lettre du conospondant de Rome, où le Trouvère fut donné pour la première fols, le 19 janvier 1833 :

Il La musique est digne en tout de Verdi. Le râle de la kdiiMnienne est traité magistralement, avec cotte p/iiiosophif. cotte puissance do mélodie et d'harmonie qui le distinguent. »

Il iMiilusophie >, » puissance d'harmonie », comme ces nuits que nous avons déjà vu employer iiusiijetde /tti^o- Irtlo, caractérisent bien la seconde nianifrc de l'auteur d"A>«««i .'

hf Trouvère Ma aux nues le premier suir, et quelques morceaux, le Miserere surtout, eurent un succès prodigieux.

l'eu d'amateurs et mCme peu d'artistes savent que cet admirable duo du }fi.ierere qui se termine aujourd'hui en ailaijio, comme il a commencé, soutenu par la prier»

410 UNE PREMlfcBB PAH JOUR

lugubre du cbœar, avait à l'origine poDr codatm alUgrù furioso d'une inspiration assez cbaleureuse, mais qai évidemment, devait nuire â l'effet d'ensemble du mor*

C'est dans les anciennes transcriptions pour piano à quatre mains que se trouve cette coda, dont on chercberait vainement la trace ailleurs.

24 décembre 1852. — Comédie-Française ; LE CŒUR ET LA DOT, comédie en cinq actes, de FÏliden HalleQUe.

Parmi les (Fiivres de Mallefille, ce « lutteur incorrigible », ce « Don Oiucliottc de la plume ». comme l'a appelé quelque part M. Glaretie, la pins amusante et peateire la plus curieuse est cette comédie du Cœur et la Dot, qui participe im peu de tous les genres et se distingu spécialement par des qualités d'entrain et de galté qu'on n'eût jamais soupçonnées cliei l'auteur de Glenarvon et des Sept Enfants de l.arn.

Après trcnlC'Crois ans, les caractères des prineipaKi personnages ont gardé leur relief et leur originalité, at, si la pièce était mieux pondérée, si l'intérêt ne liihliiniit pas vers la fin, on reverrait sans doute encore anc pliiisir Chavarot, l'avoué finaud et poltron, l'aimakle couple de la grand'maman, madame Despérier», el de *a potite-fille Nanon " la chercheuse », et surtout la capitaine Baudrille, avec ses continuelles allnaiona ft son fameux duel « sous un réverbère », type excellent de mar lamore, dont Got avait fait une étonnante création.

MalleUtle avait combattu, au moment du coup A'Etal, dans les rangs des répulilicains. Or, il se trouva ^w l'empereur, qui ignorait cetlie circonstance, auists & l'une des premières représentations du Cœvir tt kt Stat, et y prit tant de plaisir qu'aussitôt après aoo

il voulut réentendre la pièce avec l'impératrice. Il sentit curieux de savoir ce que Mallefllle pensa de cet honneur.

25 décembre 1851. — Théàlre-Nalional (ancien Cirque) : BONAPARTK EN EGYPTE, drame militaire en cinq actes et dix-neuf tableaux, de Fabrice Labrousse.

Si l'on compare i:e drame militaire, doal le succès fut très vir en son temps, à ceux doul on nous a régalés dans ces dernières années, on doit reconnaître que la recette de ce genre de pièces, telle que l'a donnée Fabrice Labrousse, est celle qui sert encore aujourd'liui.

Une intrigue romanesque quelconque, par exemple Tamour d'un officier h sorti du rang h pour une jeune lille d'une haute naissance, intrigue dans laquelle s'encailrent tant bien que mal une suite d'épisodes historiqnes; trois ou quatre faits d'armes, batailles, assauts de places fortes, charges de cavalerie, plus ou moins habilement mis en scène ; des tirades bien senties, sans aucune prétention au style; comme personnages, un héros populaire, le maréchal de Saxe, Hoche, Marceau , K.léber, Napoléon, suivant les époques, autour duquel gravitent d'abord quelques braves à tous crins, puis un certain nombre de types dits humoristiques, un tambour imberbe, par exemple, Buet et malin, une vivandière, un l'arisien loustic, nn inlirmier grotesque ; nous oublions un condiment indispensable, un ballet, « un divertissement », disent un peu présomptueusement les auteurs.

Voilà la composition de cette recette, dont Fabrice Labrousse a su combiner tes éléments mieux que personne.

Ilueu en outre, sur ses imitateurs, une supériorité d'un autre ordre : il était impartial et s'arrangeait de

UNE PaEUIÈnE FAR lOUR

façon à ne blesser la susceptibilité de personne. C'est ainsi que dans Bonaparte en Egypte, le héros de la pièce n'est pas seul à accaparer les louanges ; tous les généraux du temps, sans distinction d'opinions, en ont leur part. Lo choix du cadre ne le préoccupait pas davantage. Pour la confection de sa vaste épopée, il avait mis iadifféremment à contribution tous les régimes qui se sont succédé en France depuis le règne de Louis XVI jusqu'au second Empire. L'odeur de la poudre l'atUrait, sous quelque gouvernement que partissent les coups de fbsil. Il était avant tout •> chauvin <<.

26 décembre 1867. — Théâtre-Lyrique : LA JOLIB FILU DE PKItTII, opéra en quatn; actes et cinq tableaux, paroles lie Saiiit-Gcorges et Julea Adenis, musique de Bizet.

« Il est un chemin à prendre pour être appréûé au Allemagne, écrivait Mendeissohn en 1831 ; c'est celui qui passe par Paris. » Kst-ceque, pour être apprécié & Paris, il faudrait maintenant passer par la Belgique ou par TAt lemagne?

On est tenté de le croire quand on voit l'axcellont accueil fait par le public parisien à des œuvres rrançaïseï comme llérodiade etSigurd, dont il n'a pas eu la primeur, ou comme Carmen et le Roi l'a dit, qu'il a dédaignées tout d'abord et dont la réputation s'est établie ft l'étranger.

A culte seconde catégorie d'opéras méconnus k leur apparition, mais mieux jugés plus tard, appartiendra un jour ou l'autre la Jolie Fille de l'erth, qu'on a représentée un peu partout en Europe, en attendant sa rentrée en France.

Le public u d'ailleurs applaudi maintes fois, — aani s'en douter, — un fragment de ce dernier ouvrage. Le

27 DÉCEMBIIE 413

charmant menuet qui forme le troisième numéro de la délicieuse suite d'orchestre dite « deuxième suite sur l'ArUsienne », est extrait, en effet, de la Jolie Fille de Perth, où, joué dans la coulisse par un orchestre de danse, il accompagnait de la Taçon la plus piquante le duo chanté sur la scène par la hohémienne et par le duc.

Un de ces incidents bizarres qui amusent le public, mais qui sont généralement très préjudiciables aux intérêts des auteurs, signala la soirée du 26 décembre 1867.

Un employé de la maison d'édition où devait paraître la Jolie Fille de Penh, mécontent de l'attitude hostile de son voisin de stalle , la lui reprocha assez aigrement. Malheureusement, cet ami trop zélé avait choisi, pour se plaindre, le moment où se déroulait une scène très pathétique. Une querelle s'ensuivit qui ne nuisit pas peu à l'effet d'un des morceaux sur le succès desquels le compositeur comptait le plus justement. Trop de zèle nuit, et c'est le cas de dire qu'un sage ennemi vaut mieux qu'un imprudent ami.

27 déoembro 1827. — Opéra-Comique : MASAMELLO ou LE Pi;CHEl)R NAPOLITAIN, opéra en quatre actes, paroles de Moreau et Lafoi'lelle, musique de Carafa.

Ce remarquable ouvrage, injustement oublié, se fût sans doute longtemps maintenu au répertoire si son succès n'eût pas été éclipsé par celui de la Muette de Potlici; dont le sujet était le même, et qui fut représentée deux mois après.

On s'est demandé si le hasard seul avait présidé à l'apparition simultanée des deux Masaniello de l'Opéra- Comique et de l'Opéra. Nous sommes assez disposé à le croire, en dépit de la singularité du fait.

UNE PREMlànB PAR JODB

Les sujets patriotiques et mfime iosurrectioaneb étaient en Tuveur à cette époque, et, sous le couvert d'allusions à l'émancipation de la Grèce, on offrait journellement au public le spectacle de sonlèvemeats populaires. C'est ainsi qu'en moins de deux années on représenta à Paris cinq Guillaume Tell, sans compter l'opéracomiquede Grétry, qui porte ce litre et qu'on repritavec un grand succès. L'épisode célèbre de l'insurrection napolitaine, après avoir déjà fourni un sujet d'opéra u compositeur anglais Bisbop, en 1823, s'imposait donc, SB quelque sorte, à l'attention des dramaturges.

Ajoutons un détail peu connu : Carafa appartenait fc une famille illustre et comptait précisément parmi ses ancêtres une victime de ce soulèvement populaire. On ne manqua pas de relever cette particularité en rendant compte de l'opéra de Masanielio.

28 décembre 1867. — Bou (Te s -Parisiens : BRUSCRUfO,

opÉra-boufTe en deux actes, livret arrangé par Deforges , musique de Rossini, représenté en France pour la première

Les spectateurs de cette représentation qui < saient mal la biographie de Rossini, durent être très intrigués en voyant les musiciens de l'orchestre interrompre à plusieurs reprises l'exécuLion de l'ouTertare pour frapper du bois de leur archet les abat-jour en lierblanc do leurs pupitres.

Ces coups d'archet ont une histoire que nous résQmerons en deux mots, car on l'a racontée souvent, mail presque toujours en la rapportant, à tort, à une autre partition de la jeunesse de Rossini, la Scala di Seto.

Le futur auteur du Barbier de Séville s'était un pMt imprudemment engagé à mettre en musique un lîrret

39 DÉCBHBRE 415

que Cera, le direcleurdu théâtre de San Mosé, de Venise, devait lui fournir dans un temps donné. Celui-ci, apprenant que Rossini avait fait une promesse analogue à l'imprpsârio de La Pénice, voulut se venger de ce qu'il consirlérait à tort comme un mauvais procédé, en remettant au jeune maestro un libretto exécrable.

Contraint, malgré ses réclamations, de s'en inspirer, Hossini imagina à son tour dese moquer de Cera en introduisant dans l'ouverture les coups d'archet en question et en écrivant une partition dont pas un seul morceau n'était approprié à la voix et au talent des interprètes.

Gravement assis au pupitre du chef d'orchestre, il écouta sans sourciller la tempête de sifflets que déchdna celle mystification, et dirigea jusqu'à la fin l'exécution de son opéra.

En revanche, il ne se dérangea pas lorsque, quarantequatre ans plus tard, Offenbach, ayant eu l'idée d'exhumer celle parlilionnetto, le pria d'en surveiller les répétitions :

(1 Je veuï bien laisser faire, répondit-il plaisamment, mais je ne veux pas être complice. »

29 décembre 1855. - Théâtre-Lyrique : L'HABIT DE NOCIi;, opéra-comique en un acte, paroles de d'Ennery et Hignon, masiquode Paul Cuzent.

Le goùl de la composition se concilie avec les occupations en apparence les moins musicales. Il nous serait aisé de citer un grand nombre de compositeurs qui, avant d'écrire des partitions ou après en avoir écrit, ont rempli des fonctions qui n'avaient rien d'artistique.

Tels, Chancourfois, M. Dautresme, déjà nommés, et mon homonyme, P, Souhies, élu représentant du peuple.

UNE PREltiÂRG PAR JOOn

en 1848, après avoir Tait jouer à Toulouse, avec succèi, un opéra intitulé ta Dohii mienne.

Un seul cependant, croyons-nous, a préludé à la composition par dos exercices équestres et cet artiste uoique en son genre est Paul Cuzent, l'auteur de la musique de l'IItihil de nwce.

Sa tiardiesse et son habileté lui avaient valu jadis de grands succès au Cirque-Olympique. Rentré dans la vie privée, après fortune faite, il se consacra à la musique et y réussit assez bien, puisque la presse s'accorda & trouver son (Buvre de début convenablement écrite, sinon très originale, et que l'Habit de noce eut seize représentations.

Mfilgré ce succès relatif, l'auteur ne renouvela pas ou ne put pus renouveler sa tentative, et dut reconnaître, en fin de compte, qu'il est plus difficile encore de se maintenir sur l'affiche d'un théâtre que sur la selle d'nn cheval.

30 décembre 1864. — TbëJttre' Lyrique : LA HANCËE D'ABVUOS, opéra en quatre actes, paroles de Jules Adenis, musiquM il'Ailrien Barthc.

On a souvent retracé le tableau des difficultés de tout genre que rencontrent les jeunes compositeurs avant d'obtenir seulement des directeurs la faveur d'une audition, au piano, de leurs œuvres.

<< On a calculé, écrivait Fétis en 1827, que le nombre d'opéras rer^wi depuis 1740, dont la musique est faite et qui n'ont pas été Joués, s'élève & plus de douze cents. •

Quel total n'atteindrait- on pas, si l'on pouvait donner la liste complète de tons ceux qui n'ont pas même été reçus et sont éternellement restés en portefeuille I

C'eât pour atténuer ces obstacles, hélas t trop réels, qu'une note du ministère des beaus-arto

30 décehbhb 417

introduisit, en 1863, dans le cahier des charges du Théâtre-Lyrique, une clause entraînant, pour le directeur, l'obligation de monter chaque année au moins une pièce en trois actes dont la musique aurait été composée perdes pensionnaires ou anciens pensionnaires de Rome n'ayant encore eu aucun ouvrage joué à Paris.

Le premier livret mis au concours avait été tiré par M. Adenis d'un poème de lord Byron, combiné avec un acte de Ilomèo et Juliette, et la commission d'examen, présidée par M. Auber, décerna à l'unanimité le prix à la partition de M. Barthe, lauréat de Home de 1854.

Il n'est pas sans intérêt de rappeler que cinq morceaux seulement avaient été désignés aux concurrents pour être mis en musique. C'est d'après ces cinq morceaux écrits simplement pour piano et chant que la commission rendit son verdict.

L'(i;uvre couronnée obtint un succès d'eslime, justifié par une inspiration facile, agréable, mais peu personnelle; puis, comme si un accord tacite fût intervenu entre l'administration des beaux-arts et la direction du ïhéitrc Lyrique pour ne pas tenir compte de la clause tuLélaire du cahier des charges de 1863, aucun nouveau concours ne fût ouvert. Les pauvres prix de Rome étaient encore une fois privés d'une occasion de se produire. Or, ainsi que le dit M. F. Lefranc dans ses « études sur le théâtre contemporain », les grands écrivains et les artistes, comme les grands généraux, se révèlent à l'improvistc. Peu importe si, comme il l'ajoute plaisamment, il arrive qu'ils ne viennent pas quand on les attend.

Quatre jeunes artistes avaient concouru en mfime temps que M. Barlhe dont la Fiancée d'Abydos est resté le premier et l'unique ouvrage.

Ces quatre artistes étaient : M. Conte, qui a donné, en

UNE PRBIllàRB FAR JOUR

1874, un petit opéra-comique, Deppo ; M. Samuel David, l'auteur deMademoiselleSylviaeideli FéedesBrayérœ; enfin M. Théodore Dubois, et M. Paladilhe qui, l'un arec Aben Ilamet, l'autre avec l'atrie, ont pris place parmi les représentants les plus autorisés de l'école française actuelle.

On voitquo M. Barthe avait alTaire à forte partie.

31 Décembre 1855. - Gyraiiasc : JE DIXE CHEZ HA MËRB,

com/^lie en un aclc, méJt'u de couplets, par A. DecoDrcelle et Lambert Thiboust.

Le^i amateurs n'ont pas oublié cette jolie petite pièce de jour de l'an que les auteurs ont donnée, à deuein, évidemment, un 31 décembre.

L'héroïne, Sophie Arnould, ennuyée de dîner seule le premier jour de l'année, essaye en vain de relenir i st table un ancien ami, son amant attitré, un voisin, sa camériste, le peintre Didier enfin, son camarade d'enfance; h chacune de ses demandes, elle reçoit l'invariable réponse : « Je dine cbex ma mère. » Didier lui propose, il est vrai, de l'emmener avec lui, vêtue de la robe de ta soubrette ; mais, après avoir accepté, elle se ravise, ne se sentant plus digne d'assister à ce dîner de famille.

Cbangex le nom de Sophie Arnould, nom assex mal choisi, par parenthèse, (juant à la vraisembluice, et vous aurez une histoire vraie qui fut un jour conUe h l'nn des auteurs par une ancienne actrice des Variétés, Alice (i/.y, et dont celui-ci s'empressa de faire son profit.

Autre particiilarilé peu connue : la pièce avait primitivement deux actes, dont le second se passait- ches Didier. Scphie se rendait au dîner de famille aoqael le peintre l'avait nonviéc, se biissait conter Oeurelle par an jeune ouvrier émerveillé de sa beauté, et saurait, cbemin

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