‹ Une première par jour, causeries sur le théatreChapitre 27 sur 35 · DECEMBRE · texte numérisé non relu

DECEMBRE

1" décembre 1819. — Odéon : UN MOMENT D'IMPRU- DENCE, comédie en trois actes, par Wafllard et Fulgence.

Un Moment d'imprudence fut le premier succès de ces deux n aimables favoris de Thalie » (style du temps), dont la collaboration devait enrichir le répertoire de rOdÉon de deux comédies qu'on voit encore avec plaisir, le Célibataire et l'homme marié et le Voyage à Dieppe.

L'intrigue de celte petite pièce est intéressante et adroitement conduite et dénouée ; les mots drôles y abondent ; on y trouve en outre des renseignements curieux sur les habitudes et les goûts mondains de la bourgeoisie au commencement de la Restauration.

. <c Venez donc à ma soirée, dit madame- Saint-Ange à madame D'Harcourt, que son mari veut retenir chez elle. Vous nous chanterez cette barcarollc vénitienne qui convient si bien à votre voix. Nous pourrons aussi danser un quadrille nouveau d'une invention admirable. On. m'a appori.é exprès ce matin des costumes d'une élégance!,.. Vous aurez à choisir entre une Semiramîs et une Cauchoise, une Pénélope et une bergère des Alpes. — Un quadrille! Une bergère des Alpes 1 s'écrie madame d'Harcourt enthousiasmée. Ohl mon mari, je ne vous pardonnerai jamais 1 » L'énumération des se-

:]H'l UNE PREMliRE PAR JOUR

diiclions (l'une soirée mondaine, en l'an de grâce 1887, paraîtra sans doute, dans un demi-siècle, aussi roeoco que celle-là.

La lecture dT/i moment d'imprudence présente encore un intérêt d'une autre nature.

On s'est plu à onumérer de nos jours les emprunts, un peu légèrement qualifiés de plagiats, de Victorien Sardou. (Jue Ton compare V Ecole des vieillards, iouée en 4825, avec un Moment d'imprudence, et l'on verra combien Casimir Delavigne s'est peu gôné pour emprunter à Wafflard et à Fulgence leurs personnages principaux, leur situation capitale, jusqu'à certains détails accessoires de leur intrigue.

Il est vrai que les deux pièces ressemblent à la Jeunesse de Hichdieu d'Alexandre Duval et à une comédie de Chéron. le Tarlulfc de mœurs dont j'ai parlé plus haut et qui n'était elle-même qu'une adaptation de l'Ecole du scandale de Slieridan.

Uue de fois nous avons eu l'occasion de répéter, au cours de ces causeries, qu'il importe peu qu'un sujet ait déjà été traité par d'autres, si l'on réussit à le faire sien quand môme.

(( Il en est des livres comme du feu dans nos foyers, di>ait Voltaire ; ou va prendre du feu chez son voisin, DU l'allume chez soi, on le communique à d'autres, et il appartient à tous >^,

2 décembre 1786. — Palais de Versailles, devant la coor :

LI'^S IIORA(]KS, tragédie lyrique en trois actes, mêlée d'inter^ mèiles, paroles de GuillarJ ^d'après Corneille), musique de Salieri.

J'ai dit plus haut combien de compositeurs s'étaient laissé séduire parle sujet du Cid, Horace en a tenté un bien plus petit nombre.

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En revanche, dans la liste 1res courte des uiuvres musicales inspirées par le second chef-d'œuvre de Corneille, figure un ballet dû h la collaboralîoa de Noverre et de Starxer, et dansé, pour la premiÈre fois, à l'Académie de musique, le 21 janvier 1777.

Ce ballet ne réussit pas, il est vrai ; l'idée en était réellement trop hardie. «Pourquoi ne faites-vous pas aussi danser les iMaximcsdeLa Uochefoucauld, avait dit un plaisanta l'auteur? » Les Uoraces disparurent de raffiche après sept représentations, et il n'en resta qu'une chanson assez drôle de Piis sur les Cu-IUaces, allusion d'un goût douteux h certain coup de pied destiné dans la pensée des auteurs, à traduire chorégraphiquement le fameux : « Qu'il mourût ! »

Dix ans plus tard, les Moi-aces, de Salicri, devaient faire plus triste mine encore sur la scène de l'Opéra, où ils parurent cinq jours après s'être montrés à Versailles, et on on ne les vit que trois fois. La presse et le public ne pouvaient pardonner au librettiste et même au musicien d'avoir mutilé Corneille,^

Cl Eh ! quoi, barbares, s'écriait le rédacteur du Journal gi'iiéml de France, vous avez l'audace de soumettre h vos caprices dépravés Corneille, le grand Corneille ! Ombre auguste et vénérable, A toi le plus grand génie de noire nation, après Bossuet ! De quelle indignation ne duis-lu pas Cire saisi, en voyant les plans de les sublimes tragédies rétrécis et bouleversés, les personnages si fiers, si imposants, avilis et dégradés, tes vers si pompeus, si énergiques, souillés par de misérables fredons?... Que nous importe donc de savoir comment le poète et le musicien s'y sont pris pour gâter cette pièce ?... Ne cherchons pas môme à l'apprendre ; hsons plutôt Corneille et pénétrons-nous do ses beautés. »

On n'était pas tendre, en 1786, pour les adaptateurs

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