‹ Une première par jour, causeries sur le théatreChapitre 5 sur 35 · FEVRIER · texte numérisé non relu

FEVRIER

1" Fdnier i8B6. — Théâtre-Français : GUILLERV, comédie en b-ois actes, par Edmond About.

« Guillery est tombé au thé&lre comme dans la chanson ».

Ainsi se résume l'oraison Funèbre par Paul de Saint- Victor de ce pauvre Guillery, enfant mal venu d'un père robuste, décédé après avoir vécu l'espace de deux soirées que troublèrent les clameurs et les sifQets du publie.

La mise à la scène de ce malencontreux essai théâtral d'Edmond About avait été le dernier acte de la gestion de H. Arsène Houssaye, à qui, le soir même de la première de Guillery, Empis avait succédé comme administrateur général de la Comédie-Française.

Malgré sa sympathie connue pour les «jeunes «, M. Arsène Houssaye n'avait reçu qu'à contre-cœur cette fantaisie trop gauloise dont il prévoyait justement l'insuccès. Mais ce fut sa dernière concession, et lorsque quelque temps après, un minisire lui demanda la nomination eomme sociétaire d'une pensionnaire dont les états de service h la Comédie-Française pouvaient passer pour in-

suffisants, il refusa d'accéder à ce désir et donna sa démission.

Or, par un hasard vraiment curieux, Empis fut renversé quatre ans plus tard exactement pour le motif qui avait amené la retraite de son prédécesseur. Dans ses Comédiens et comédiennes^ Sarcey a plaisamment raconté cet incident. Le ministre mettait une insistance si impérieuse à défendre les intérêts de sa jolie protégée que, poussé à bout, Empis s'écria, dans un moment de mauvaise humeur : « Mais, monsieur le ministre, la maison de Molière est un théâtre et non... » II n'avait pas achevé la phrase qu'il était destitué, et Ton ne sut jamais au juste ce que n'était pas la maison de Molière.

Empis tomba dignement et fut pourtant peu regretté ; les critiques ne l'épargnaient guère non plus que les comédiens. Il avait eu l'idée de reprendre Venceslas; AugQstine Brohan l'appela Empislas. Le mot fit fortune et le prestige du directeur en fut atteint.

2 Février 1853. — Opéra-Comique : LE SOURD ou L'AU- BERGE PLEINE, opéra-comique en trois actes, livret de Leuven et Langlé, musique d'Adam.

Avant de revenir à son premier domicile où M. Garvalho Ta réintégré ilyadeuxans,/eSou7'davaitémigré successivement à l'ancien Théâtre- Lyrique du boulevard du Temple, le 18 février 1856, puis aux Fantaisies-Parisiennes du boulevard des Italiens, en 1869, enfin à la Gaité, sous la direction Yizentini, le 24 mai 1876.

Partout le public a fait bon accueil à cette amusante adaptation musicale de la vieille comédie en trois actes de De»ft)rges qui, jouée pour la première fois au théâtre de la Monlau!5ier avait déjà subi deux modifications. On avait d'abord << ajouté au texte primitif les bons mots

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de Baptiste cadet et de Brunet » , puis transformé la pièce originale en un vaudeville en un acte, joué en 1830. AjoutoBG qu'avant Adam, plusieurs compositeurs, entr' autres Farinelli (1791), et Bertuzzi (1841), s'étaient îngpiréEde la comédie de Desforges.

Eh bien ! cette comédie avec laquelle nombre de directaurs de théâtre, d'arrangeurs et de compositeurs devaient gagner tant d'argent a été payée six cents livres k son premier auteur.

Encore Desforges qui l'avait écrite, par pure distraction, durant un séjour à la campagne, se récria-t-il quand on lui proposa ces six cents livres, contre l'énormité d'une telle somme comparée ii la faiblesse d'une toile parade, et ce ne Jtit pas sans quelque peine que le directeur du Palais^oyaJ la lui fit accepter.

Cet exemple n'a guère été suivi.

3 TA V liai' IflM. — Ch&teau de Saint-Gerinftin-.en'Laye, devant la tort : PROSb^RPINE, tragédie lyrique eo cinq actes et un prologue, paroles de Quinault, mnuque de UUL

Depuis plus d'un siècle, la Proserpine de LulU est allée rejoindre pour toujours son triste époux au royaume des morts.

L'opéra du vieux maître florentin, dont le titre est à peine connu aujourd'hui des amateurs, ne s'en est pas moins maintenu soi:«:ix?ifâ-iii.i:-/tuif ans au répertoire.

Est-il beaucoup d'œuvrcs contemporaines qui soient assurées d'une telle longévité?

Outre sa valeur intrinsèque, Proserpine présente un iatérfit particulier au point de vue de l'histoire de la mise ea scène.

A l'occasion de la représentation de cette pièce on

imagina pour la première fois d*imiter une chute d'eau à Taide, dit un contemporain, « de plusieurs lès de gaze d'argent qui forment la cascade par le moyen de deux roues de douze pieds de diamètre chacune. Le mouvement de l'eau agitée par la chute du torrent en fluctuation se fait, ajoute-t-il, par trois espèces de colonnes toutes irrégulières, de différentes proportions, exposées horizontalement, et qui tournent du môme sens ».

Or, si ce moyen d'imitation, inventé par Servandoni, a été perfectionné par la suite, il n*a nullement été abandonné, et le torrent du premier acte de Guillaume Tell^ par exemple, est figuré par un procédé analogue.

Depuis la Semiramis de Destouches, où l'on fit tomber une pluie véritable, l'eau naturelle a été maintes fois employée sur la scène. L'effet produit a presque toujours été médiocre.

Gomme le disait justement Gastil-Blaze, mais dans un singulier langage, « les objets naturels forment presque toujours une dissonance désagréable, quand ils figurent au milieu des produits ingénieux de l'imitation. »

Voilà la mise en scène naturaliste condamnée d'avance.

4 Février 1661. — Théâtre du Palais-Royal: DON GAUGIE DE NAVARRE, comédie héroïque en cinq actes et en vers, de Molière.

Gette comédie passe pour l'un des ouvrages les moins remarquables de Molière ; on y trouve pourtant quelques jolies scènes et des vers qui ont été textuellement reproduits dans le Misanthrope.

Don Garde ou plutôt des fragments de cette pièce adroitement ajustés devaient être repris, deux cent dix ans plus tard, dans des circonstances mémorables. On

jouait Don Garde trois jours avant l'entrée des Prussiens à Paris, le 26 février 1871, avec la distribution suivante : MM. Laroche et Charpentier (Don GarcieetDon Lope), M"=' Croizelte et Reichcmberg (Dona Elvire et Elise). Le spectacle était complété par le Cheveu blanc, Il ne faut jurer de rien et les Deux Ménages.

Les esprits étaient fort surexcités, Coquelin, qui jouait dans les Deux Ménages, déclarait, raconte à celte date M. Edouard Thierry dans son « journal », qu'il était désespéré de s'être mis au théâtre. Le même jour l'ancien administrateur de la Comédie-Française rapporte un propos fort honorable de M. Got ; « Si l'Empereur d'Allemagne, disait-il, voulait donner une représentation de gala au Théâtre-Français, je refuserais de jouer, dût-on me fusillerl « On n'en vint pas là, fort heureusement.

6 Février 1879. — Palais-Royal : LE MARI DE LA DÉ- BITTANTE, comédie en quatre actes, par Henry Meilhac et Ludovic Halévy.

On a vu quelquefois des auteurs, trouvant leur pièce insufRsamment développée, y ajouter, après un certain nombre de représentations, des scènes nouvelles et même un acte inédit tout entier.

Il arrive plus souvent que, jugeant au contraire leur œuvre trop longue, ils la raccourcissent, comme l'ont fait Picard pour la Petite Ville, Alexandre Dumas pour les Demoiselles de Saint-Cyr, Emile Augier pour l'Aventurière. On connaît le mot de Sophie Arnould à propos d'un opéra de Sabinus dont les auteurs, Ghabanon de Maugris et Gossec avaient, avec moins de succès, reiranché un acte sur cinq : « Le public est un ingrat de persister à s'ennuyer, quand on se met en quatre pour lui plaire »,

Mais peut-être l'histoire du théâtre ne nous otl're-t-elle

qu'un exemple, — et cet exemple nous est fourni, par le Mari de la débutante, — d'une comédie augmentée d'un acte, par soite de la substitution de deux actes nouveaux à l'acte primitif.

A la reprise du Mari de la débutante^ en effet, le 7 novembre 1879, un premier et un quatrième acte inédits remplacèrent le dernier acte de la création, tandis que l'ancien troisième acte devenait, dans la nouvelle version, le cinquième.

Ne fût-ce qu'à ce titre, naus devions un souvenir au Mari de la débutante, qui est d'ailleurs une spirituelle et charmante pièce, bien que la morale n'en soit peut-être pa^ aussi délibéré m-ent pure que cdlîe de VAbhé Constantin.

6 Février 1822. — Académie royale de musique : ALADIN ou LA LAMPE MERVEILLEUSE, opéra féerie en trois actes, paroles d'Etienne, musique de Nicole et Benincori.

Le souvenir de cet opéra, dont le succès fut très grand, se rattache à celui d'une innovation matérielle digne d'être rappelée.

C'est, en effet, dans la mise en scène d'Aladin qu'on a employé, pour la première fois, le gaz au théâtre. On ne pouvait mieux choisir pour un début, car c'était là vraiment une lampe merveilleuse. Quand on se reporte aux journaux du temps, on remarque que le mode d'éclairage a été l'objet de critiques non moins vives et non moins railleuses qne celles qui ont accueilli plus récemment les premiers essais d'application de la lumière électrique ; ces critiques, il est vrai^ n'ont rien empoché, comme la plupart des critiques injustes et peu sensées.

C'est aussi de la première représentation ùWladin que date l'introduction de l'ophicléide dans l'orchestre. Sans

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doute, comme le dit justement M. H. Lavoix dans son excellMite Histoire de Vinstrumcntation, Spontini avait déjà utilisé pour une fanrare à'Olympie ce produit disgracieux de la trompette à clefs et du classique serpent; niBisJusqu'à^tadm il n'avait pas fait partie intégrante de l'orchestre.

SignaloDS une dernière particularité relative à Aladin, particularité fanèbre, celle-là : Nicolo était mort en 1818, laissant sa partition à peine commencée ; or, par une fatalilé singulière, son continuateur, Benincori, mourut lui aussi avant la représentation de l'ouvrage qu'il avait eu tout juste le temps de terminer.

Tant de gens vivent pour voir tomber leurs pièces qn'il faut pUiindre ceux qui ne peuvent jouir de leur succès.

7 lévrier 1682. — TM il. rc- Français ; LK PARISIEN, comédie en tinq actes et en vers, par Cliampnieslé.

Ce Parisien ne ressemble aucunement, ai-je besoin de le dire, à celui que M. Gondinct a mis, il y a deux ans, à la scène. Un passage de la préface de Cliampmeslé pourrait cependant s'appliquer aux deux auteurs et m'a paru, h ce titre, mériter un souvenir.

« Si cet ouvrage, dit-il, a eu le bonbeur d'être suivi pendant quelque temps, Je l'attribue surtout à la bonté de mes audileurs qui ont bien ooidu i/ rire sans se donner la fatigue d'examiner ai celait dans les l'oi-mes. «

Or, c'est presque mot pour mot ce qu'au lendemain de la première représentation de son Parisien, M. Gondinet répondit, on s'en souvient, aux personnes qui lui demundaient s'il se présentait à rAcadcmie française.

Putscfue je rencontre le nom de Champmeslé, Je rap-

pellerai quMl s'était fait une spécialité bizarre; il signait volontiers les pièces que par crainte ou par modestie les auteurs ne voulaient pas livrer sous leur nom au public.

Les circonstances de sa mort furent étranges. Il venait de faire dire deux messes, au couvent des Cordeliers, Tune pour sa mère, l'autre pour sa femme. Ayant donné comme paiement une pièce de trente sous au sacristain, celui-ci voulut lui en rendre dix. « La troisième messe sera pour moi, dit Champmeslé, je vais l'entendre » ; quelques instants après, il tombait foudroyé par une congestion.

8 février 1861. - Théâtre-Lyrique : MADAME GRÉGOIRE,

opéra-comique en trois actes, paroles de Scribe et Boisseaux, musique de Clapisson.

Madame Grégoire est la dernière pièce de Scribe donnée de son vivant. Douze jours après cette représentation on le trouvait mort dans un fiacre, frappé d'apoplexie.

Son œuvre se composait de huit ballets, onze drames et mélodrames, vingt-huit opéras, trente-six comédies, quatre-vingt-quatorze opéras-comiques, et deux cent quarante-deux vaudevilles. Elle devait s'augmenter encore d'un certain nombre de pièces posthumes, entre autres l'Africaine, la Fiancée du roi de Garbe^ la Frileuse et la Fée des bruyères, dont la première représentation n'a eu lieu qu'en 1878 à Bruxelles. Le premier essai théâtral de Scribe avait été le petit vaudeville du Prétendu par hasard, outrageusement sifflé aux Variétés, le 13 janvier 1810.

Par une curieuse coïncidence. Madame Grégoire^ la dernière œuvre que Scribe fit représenter, fut la der-

niëre venue aussi de son compositeur, Clapisson, qui, découragé par l'insuccès de cet opéra-comique, n'écrivit plus pour le théâtre.

9 Février 1804. — Académie de musique: LE CONNI-;- TABLE DE CLISSON, opéra en trois actes, paroles d'Aignan, ballets de Garde!, musique de Porta,

Malgré de nombreuses et flatteuses allusions des librettistes au premier consul, le Connétable de Ciisson lit, le premier soir, assez piteuse mine devant le public, car 11 les auteurs ne furent pas redemandés ». Us n'étaient nommés alors que si les spectateurs en témoignaient le désir ; cette coutume avait même l'avantage de leur épargner les manifestations hostiles auxquelles l'annonce obligatoire de leur nom les expose aujourd'hui.

Un certain nombre de musiciens appelés Porta figurent dans les dictionnaires biographiques sans qu'il y ait eu entre eux les liens de parenté qui unissaient les Bach et les Philidor, Celui dont nous nous occupons aujourd'hui a acquis une triste notoriété par sa collaboration h l'inepte « sans-culotlide dramatique en cinq actes et en vers, môléede déclamations, chants, danses et évolutions militaires » qui fut exécutée le 5 avril 1794, à l'Opéra, sous le titre de la Réunion da iO Août.

Quant au Connétable de Ciisson, son souvenir est inséparable de celui d'une chanson de circonstance assez drôle, dont chaque couplet se terminait par ce refrain moqueur :

Porte ailleurs ta musique, l'orla, Porte ailleurs ta musique.

L'infortuné Porta n'y manqua pas. 11 offrit partout sa musique; partout on la lui refusa, et il mourut vingt-huit

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ans après, sans avoir pu faire représenter un seul des douze opéras qu'il avait en portefeuille.

Porte ailleurs ta musique, Porta, Porte ailleurs ta musique !

10 février 1860. — Bouffes-Parisiens : LE CARNAVAL

DES REVUES, revue en deux actes et neuf tableaux, paroles - de Philippe Gilie et Grange, musique d'OCfenbach^

Lorsque fut représenté le Carnaval des Revues^ Wagner occupait, déjà Tattention du public.

Après mille difficultés matérielles surmontées pour donner des concerts à Paris, choix et aménagement d'un local, recrutement d'un personnel» questions pécuniaires, il était parvenu à s'installer au Théâtre-Italien avec son armée d'instrumentistes et de choristes, et pendant les trois soirées da 25 janvier, du 1" et du 8 février 1860, il livra positivement bataille, dans une salle comble, où toutes les opinions musicales d'alors étaient représentées, toutes les curiosités éveillées, toutes les passions en jeu.

La presse, comme le public, s'enflamma pour la question d'art, et, naturellement, les auteurs de revues de fin de l'année firent leur profit du différend qui partageait en deux camps le monde musical. Ainsi, certaine tyro^ lienne de U avenir, intercalée à la dernière minute dans le Carnaval des Revues et chantée par Bonnet avec des élernuements grotesques, obtint le premier soir un succès fou, et fut, comme on dirait aujourd'hui, un des clous de celte joyeuse folie de carnaval.

Le plus curieux, c'est que tout en parodiant la musique de l'avenir, l'auteur de celte exquise partition qui a nom la Chanson de Fortunio était, au fond du cœur,

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