‹ Une première par jour, causeries sur le théatreChapitre 6 sur 35 · II FÉVRIER · texte numérisé non relu

II FÉVRIER

acquis à toutes les idées larges et neuves en matière musicale.

Certains articles publiés par OEIeabacIi dans l'Artiste, ea 1833, et signalés par H. Ad. Jullien, en font fol.

t Les partitious de beaucixip de nos compositeucs du jour, écrit-il, ressemblent aux élégantes du boulevard, elles portent trop de crinoline. A la lumière, elles forment un ensemble d'un beau coloris. De près, en déshabillé, au piano, ce sont des fantômes gonflés de vent et de son... La musique liUipulienne, la musique mercantile n'a pour nous a ucune espèce de cbarme. L'art n'a rien à démêler avec ces marchands d'idées qui composent au mètre et à la toise : ces messieurs seraient probablement eux-mêmes tout étonnés si on les comparait à des compositeurs sén«ux!... )•

Que de trouvailles non moins piquantes ferait un chercheur en parcourant les anciens articles publiés par les critiques qu'on pourrait appeler " intermittents », Emile Perrin, Bizet, Saint-Saëns et tant d'autres!

11 »vrier 1829. — Théùtru- Français : HENRI III ET SA COUR, drame en cinq actes, par Alexandre Dumas.

La représentation à Bruxelles, il y a dix-huit mois, d'un opéra tiré de Henri III, le Saint-:\lL'grin des frères Hillemacher, a de nouveau appelé l'atlcntiou de la critique et des curieux sur le drame célèbre de Dumas.

L'auteur, dans ses ^Winoici-a, en a raconté l'histoire avec sa verve habituelle et son infatuation naïve ; il a même assez exftctement indiqué les sources auxquelles il avait puisé l'idée et certains traits de sa pièce : une page d'Anquetîl, les Mihnoims de l'Estoile, un épisode de i'.ibbé, la Conf-ission de Sancy et l'He des Ilermafthrodites.

Il n'a guère omis qu'un passage de la Conjuration de Fiesque, a tragédie républicaine » de Schiller, dont la scène des recommandations deSaint-Mégrin au page est, il est vrai, la reproduction presque textuelle. « Mais, comme Ta très justement dit M. Vitu, ce qui n'apparlient à personne qu'à Dumas, c'est d'abord la création d'un genre qui apparut sur la scène française comme une éclatante révélation, c'est cetle large distribution des masses, cette aisance dans le maniement des personnages, cette aptitude, qui n'a pas été égalée, à faire parler aux hommes historiques le langage qui convient, enfin, cette justesse de couleur et cette sûreté de main qui triomphèrent, dès la première soirée, des inimitiés littéraires et des préjugés du public ».

Henri III a été souvent repris depuis 1829. Mais deux fois, la pièce de Dumas a été jouée dans des conditions peu ordinaires. La première, sur le théâtre de la Renaissance, en 1840, sous la forme d'un opéra mis en musique parFlolow, la Duchesse de Guise^ opéra qui n'eul qu'une représentation et dont tous les rôles étaient confiés à des gens du monde ; la seconde, il y a quelques années, au Conservatoire, avec une distribution analogue, et, si nous ne nous trompons pas, avec la princesse de Beauvau pour principale interprète.

12 février 1874. — Variétés : L'OPÉRA AUX ITALIENS,

à-propos en un acte, par William Busnach.

Quelques silhouettes assez plaisantes se détachaient sur le fond quelque peu gris de cette pochade de circonstance : par exemple, celle d'un pianiste de soirées qui, engagé comme accompagnateur aux Italiens, s'endormait sans cesse sur son piano, et, réveillé en sursaut par la diva impatientée, répondait tout ahuri, comme

s'il était encore au bal : « Je commence la valse, madame la marquise ! »

Mais celte bluettc aurait droit, par son titre seul, à une mention, car ce titre évoque le souvenir d'un événement déjà bien éloigné de nous, l'incendie de l'Of)éra de la rue Le l'cletiiT,

Rappellerons-nous les circonstances les plus caractérîsLlques de ce sinistre? L'aQ'olement des h;ibitanls du quartier de l'Opéra en apprenant, au milieu de la nuit du 28 au 29 oclobre 1873, que le thé&tre était en feu; le spectacle grandiose de ce gigaiiLesqae brasier; la mort du caporal des pompiers Bellel, tombé dans la fournaise du haut d'un mur calciné ; le sauvetage de la caisse par le ténor Saiomon; celui des papiers historiques, autographes, vieilles affiches, par M. Nuitler et par Cœdës ; celui enfin de la partition de Jeanne d'.4rc, par le futur directeur de l'Opéra, M. GaiUiard. On sait que celle Jeanne d'Arc, sauvée cette fuis des llammes, fut moins heureuse devant le public.

Et plus tard, le défilé des projets sur le choix d'un local provisoire, oii l'on paurrait se loger ; l'offre, par un groupe d'archilecles, de reconstruire le théâtre de la rue Le Pelelier en trois mois, comme on avait rebâti autrefois la salle de la Porte-Saint-Martin ; celle, par une Société financière, de se charger à ses risques et périls, moyennant certains avantages pécuniaires, de l'achèvement immédiat du monument de M. Garnier; enlin, l'installation dû l'Opéra aux Italiens et ses débuts, le 19 janvier 1874, avec Don Juan interprété par Faure, Villaret, Gaiihard, Caron, Gaspard, Mesdiimes Ferrucci, Gueymard et B. Thibault.

Un an après, le 5 janvier 1873, devait avoir lieu l'inauguration du nouvel Opéra. Pendant son séjour aux Italiens, M.Halanzicr avait encadré tant bien que mal, dans

des décors empruntés pour la plupart au matériel assez pauvre de la salle Ventadour, huit grands ouvrages du répertoire, trois ballets, et un opéra nouveau de Membrée, V Esclave,

13 février 1828. — Odéon : AMY ROBSART, drame en cinq actes, tiré du Château de Kenilworth, roman de Walter Scott.

L'auteur de « Victor Hugo, raconté par un ténaoin de sa. vie », a donné d'intéressants détails sur ce drame ébauché par Victor Hugo et Soumet, terminé par Victor Hugo seul, relégué pendant plusieurs années au fond d'un tiroir, présenté à TOdéon par Paul Foucher qui avait demandé à son beau-frère de lui céder une pièce dont il ne faisait rien, sifflé à outrance, et, en raison même de cette formidable opposition, courageusement revendiqué le lendemain de la première... et unique représentation, par Victor Hugo qui déclara que tous les passages siffles étaient de lui.

Là s'arrête le récit de madame Victor Hugo. Mais le manuscrit dWmy Robsart^ une histoire très curieuse et inédite, qu'a bien voulu me conter M. Vacquerie et que je résume à regret ; j'en indique seulement avec soin les traits essentiels.

Les amis de Victor Hugo avaient gardé le souvenir d'un cinquième acte très dramatique, très émouvant, et> plus d'une fois, avaient demandé à l'auteur ce qu'était devenue sa pièce. Celui-ci opposait à ces questions des réponses évasives. On fit des recherches inutiles à TOdéon, au ministère, et Paul Foucher lui-même put croire le manuscrit d'Amy Robsart perdu pour toujours.

M. Vacquerie devait le retrouver, au printemps de 1852, parmi les papiers laissés à Paris par Victor Hugo, après

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le coup d'Etat; il en prit connaissance et le remit au poète qui, sollicité quelques années plus lard, d'en insérer quelques fiagmenls dans le livre de madame Hugo, &t ainsi qu'autrefois, la sourde oreille.

Ne l'avait-il pas déGnitivement détruit, comme une Œuvre de jeunesse, indigne de lui? 11 n'en a rien été, heureusement. Le précieux manuscrit existe, tout entier de la main du maître, et son impression ne sera pas le moindre attrait de la publication des œuvres posthumes de Victor Hugo.

14 lévrier 1876. — Tliéilie-traoçais : L' ET RANG ÈRE,

comédie en cinq actes, par AlexaLidrc Dumas (Ils.

A't-oa remarqué cette dénomination, évidemment calculée, de « Comédie » appliquée à une pièce qui se dénoue parla mort d'un des principaux personnages?

Ce personnage est, il est vrai, le duc de Septmonts, le fameux vibrion, « qui n'a de la forme humaine que l'apparence " , comme dit le docteur Rémonin, qui plus tard constatera son décès " avec plaisir, u

N'importe, ne trouvez-vous pas que, dans le cas dont il s'agit, cette dénomination est singulièrement irooique?

« A Adolphe de Leuven, la dernière pièce du fils au premier et au plus fidèle ami du père. »

Telle est la dédicace de l'Étrangère dont la préface, écrite en 1819, se termine ainsi : « Arrivé i. un certain Age, hélas 1 celui que J'ai justement, l'auteur dramatique n'a rien de mieux à faire que de mourir comme Molière ou de se retirer de la lutte, comme Shakespeare et Ha-

ciue. C'est déjà un moyen certain de leur ressembler

Qu'il fasse donc comme Prospero, dans la dernière scène de la Temitêle, qu'il sorte de l'île enchantée, qu'il gagne

cette retraite où, sur trois pensées, il y en a une pour la tombe. Le moment est venu de dire à Arîel, Tesprit invisible de l'air qui a jusqu'alors obéi au magicien et Ta fait triompher de Caliban: Ariel, mon petit oiseau, retourne aux éléments, sois libre et porte toi bien. »

Or, Alexandre Dumas devait donner, moins de deux ans après, à la comédie française, la Princesse de Bagdad^ qu'ont suivie Denise et Francillon,

<( J'ai fait mille serments de ne jamais écrire », disait Boileau.

Les serments d'auteurs valent les serments de joueurs.

Heureusement pour le public.

15 février 1686. — Opéra : ARMIDE ET RENAUD, tragédieopéra, avec un prologue, paroles de Quinault, musitpie de Lulli.

Tout le monde connaît l'étrange et coûteuse manie du feu roi de Bavière, de faire exécuter pour lui seul non seulement les drames lyriques de Wagner, mais toutes les pièces de théâtre qu'il désirait entendre.

Ainsi, en 1885, après s'être entouré de tous les documents relatifs à l'histoire de Byzance, après s'être adressé à Victorien Sardou lui-même pour savoir à quelles sources il avait puisé, après avoir enfln surveillé, avec un soin minutieux, les préparatifs d'une mise en scène fastueuse dont les frais, paraît-il, ne s'élevèrent pas à moins de 400,000 francs, il s'offrit, dans la solitude la plus complète, une représentation de Théodora qui n'eut pas de lendemain.

Or, sans s'en douter, probablement, le grand admirateur du Roi-Soleil ne faisait que suivre l'exemple de l'artiste qui, dans le domaine de la musique, a le plus

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