Rome vol. CCXX1I, p. 131, 7 août
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que, sur l'affaire qui m'est malheureusement arrivée, ils ne s'assemblent tous pour le supplier de vouloir, par sa justice, faire réparation à l'honneur de tant de familles qui sont intéressées dans la fuite de madame la connétable. J'espère aussi que la prière que je vous en fais contribuera beaucoup à porter Sa Majesté ou à faire revenir ma femme en Italie, dans les formes qu'elle jugera convenables, ou à la faire mettre dans un couvent fermé, éloigné de la Cour, pour lui donner lieu de se remettre en elle-même, en attendant que le temps fournisse d'autres expédients. J'attends donc que par votre faveur une si juste demande ait l'effet que l'on désire, et que je puisse, par cette dernière obligation, augmenter la qualité de votre... etc. »
Le connétable savait bien ce qu'il faisait en s'adressant à Golbert ; celui-ci, fort de l'appui de la reine et de l'influence qu'il conservait toujours sur le roi, lorsqu'il se retrouvait auprès de lui, obtint, quoique difficilement, l'expédition des ordres si durs que nous avons vus. Une fois le premier point gagné, c'est-à-dire l'engagement pris par Louis XIV de ne pas revoir Marie, et, malgré l'opposition de M. de Pomponne qui estimait qu'en renfermant la connétable dans un couvent le roi manquait à ses engagements et à la protection qu'il lui avait promise, Golbert prit
en niai u la direction de tout ce qui touchait la fugitive, et, conformément aux désirs de la reine plus encore qu'à ceux du roi, il écrivit lui-même à Tabbesse du Lys pour lui donner des ordres rigoureux au sujet de sa nouvelle pensionnaire. Voici la réponse de l'abbesse :
La sœur Marie-Magdeleine de Jésus, abbesse du Lys, à Colbert.
JHS f MAR
Ce 27 août (1672).
« Monseigneur, nous ne manquerons point d'exécuter avec toute la soumission que nous devons les ordres du roi, que vous nous avez fait l'honneur de nous envoyer pour la réception de madame la connétable Golonna dans cette maison ; mais vous voulez bien, monseigneur, que je vous demande la grâce d'agréer que je m'adresse à vous dans les occasions où je me trouve embarrassée sur les choses qui la regarderont, comme je le suis dès à présent, de ce qu'il n'est point marqué, par la lettre du roi ni par celle de M. le le marquis Seignelay, combien de femmes je dois recevoir avec elle. Je souhaiterais bien en être informée, avant qu'elle fût venue, afin de ne rien faire que vous approuviez ; et, dans le même sentiment, je prendrai la liberté de vous rendre compte de ce qui se passera sur ce sujet. »
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Les ordres donnés par Golbert consistaient en la défense absolue de laisser sortir la connétable de l'enceinte du monastère, de recevoir personne, sauf ses sœurs, et de rendre un compte exact de ce qu'elle faisait dans l'intérieur du couvent où son appartement avait été préparé. En un mot, un espionnage bien réglé. Toute la suite de la duchesse consistait en la seule Moréna.
La connétable, accompagnée de M. de laGilbertière, était arrivée vers le soir du 27 août à l'abbaye du Lys1. Elle fut reçue par l'abbesse et les religieuses à l'entrée de l'abbaye, congédia froidement M. de la Gilbertière et pénétra dans l'appartement qui lui avait été préparé. « L'abbesse, dit Marie, me fit toutes les honnêtetés possibles, et j'attendis avec impatience l'arrivée de mes sœurs qui m'était promise. »
Les lettres de la supérieure à Golbert nous mettront au courant de l'existence de prisonnière que commençait la princesse, entourée de précautions et de surveillance telles qu'on eût pu la prendre pour une criminelle d'État! La pauvre abbesse a fort à faire pour ne manquer à rien de ce qui lui a été prescrit par Golbert, qui écrit toujours au nom du roi, quoiqu'il ne soit pas bien certain que toutes ses lettres passent sous
1. L'abbaye du Lys, dont il ne reste plus que les ruines, était située à Dammarie-les-Lys, près Melun, à deux heures environ de Fontainebleau. Ses jardins donnaient presque dans la forêt.
les yeux du souverain, qui a bien autre chose à faire qu'à les lire ; il est également peu probable que la rigueur inouïe avec laquelle on empêche toute communication de la connétable avec d'autres qu'avec ses sœurs émanât du roi. Il est évident également qu'elle avait eu la permission de faire venir des fournisseurs et de se procurer le nécessaire ; voyageant sans relâche depuis quatre mois, le peu d'habits et de linge qu'elle avait emporté était usé, même les chemises de madame de Grignan. L'infortunée abbesse, se reportant aux ordres incroyables de Golbert, n'osait presque pas laisser pénétrer une personne étrangère, et en même temps elle craignait d'indisposer la connétable en lui faisant connaître la rigoureuse consigne qu'elle avait reçue. Ses lettres font foi de son embarras.
La sœur Marie-Magdekine de Jésus, abbesse du Lys, à Colbert.
JHSfMAR
Ce 30 août.
« Paix en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Gomme je crois être de mon devoir de vous informer de ce qui se passe céans au sujet de madame la connétable, je prends la liberté de vous dire, monseigneur, que, depuis samedi au soir qu'elle
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y est entrée, elle n'a vu que trois personnes : Je premier, un gentilhomme de madame la comtesse de Soissons, nommé de Bescheville, qui vint dès le lendemain lui en apporter des lettres. Elle ne lui parla d'abord qu'un instant, et fut faire ses réponses, qui n'étaient guère que de dix ou douze lignes chacune. En les portant, elle fut bien un peti quart d'heure avec lui. Durant qu'il était céans, il arriva un valet de chambre de madame Mazarin, nommé Nolende, qui lui en apporta des lettres ; il venait de chez madame de Bouillon, et fut au parloir avec le gentilhomme de madame la comtesse, ce qui m'inquiéta beaucoup lorsque je le sus; mais la chose avait été faite d'une manière que nous n'avions pu prévoir. Elle lui parla bien une bonne heure, et le retint à coucher pour avoir plus de temps à faire réponse; sa lettre paraissait fort ample. Hier madame de Bouillon envoya un gentilhomme, nommé du Feu, savoir de ses nouvelles. Il n'avait qu'un compliment à lui faire, et ne fut qu'un moment. J'ai cru, monseigneur, comme l'ordre du roi porte de la laisser voir à mesdames ses sœurs, que je ne devais pas refuser ceux qu'elles envoient ; mais je vais toujours, avant qu'on lui dise, m'informer de leur nom et de quelle part ils viennent. Aujourd'hui, le fils de M. Tambonneau1 a envoyé une personne