Archives du Vatican, Nonciature de France
MARIE MANCINI GOLONNA. 183
lieu, soit par inefficacité de la volonté du roi, soit mauvais vouloir de la dame, M. le connétable désire tout au moins que sa femme naît pas la liberté de courir et de vivre à sa guise, et il n'y a pas de remède pour cela sinon l'autorité du roi, afin de la renfermer dans un monastère qui soit, si possible, situé dans les États ecclésiastiques.
» Ce parti serait honorable pour les deux parties, et il en résulterait encore que l'exemple de madame la connétable ne serait pas aussi facilement imité; car si on laisse la libre disposition d'elles-mêmes aux femmes qui fuient leurs maris, ces cas ne seront pas rares dans le monde!... »
Enfin le roi se décida à donner une réponse positive aux innombrables messages qu'il avait reçus de Rome.
29 août.
« Très Saint-Père,
» Nous ne doutons point que le sieur archevêque de Florence, nonce de Votre Sainteté, n'ait rendu compte à Votre Béatitude des raisons que nous avons eues de ne pas répondre plus tôt aux offices que Votre Sainteté avait employés par son bref du 22 juin auprès de nous, touchant la retraite de madame la connétable Golonna en ce royaume. Votre Sainteté aura vu par tous les ordres que
184 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
nous avons donnés en cette affaire que nous n'avons eu qu'un même désir avec Votre Sainteté, qui est de contribuer à tout ce qui serait capable de rétablir la première confiance entre deux personnes qui doivent être si étroitement unies.
» C'est ce que nous aurons toujours beaucoup de joie de voir réussir et ce pendant, nous prions Dieu qu'il vous conserve, très saint-Père, de longues années au régime et gouvernement de notre mère la sainte Église.
» Écrit en notre château de Versailles, le deuxième jour de septembre 1672.
» Votre dévot fils le roy de France et de Navarre,
» louis. »
Il est difficile de donner une réponse plus froide aux instances du pape, du cardinal Altiéri et du connétable. Le roi se borne à former des vœux très platoniques pour la réunion des deux époux ; il n'était pas nécessaire d'atlendre trois mois pour le faire. Une dépêche de l'ambassadeur vénitien confirme les meilleures dispositions du roi à l'égard de madame Golonna. « On dit que le roi aurait d'abord incliné à la remettre entre les mains de son mari, mais que le doute de la bonne foi du connétable lui avait fait changer sa décision. » Peut-être un secret désir de revoir Marie pendant un séjour à Fontainebleau s'étaitil fait jour dans le cœur du roi, mais quoi qu'il
M. MUE MAN'INÏ COLON N A. 18b
,!i -oit, les choses semblaient prendre une meilleure tournure pour elle.
La terme décision transmise au nonce de ne pas faire un pas de plus en faveur du connétable en était une preuve certaine. Aussi, ces nouvelles furent-elles fort mal accueillies du prince Colonna, qui vint en parler à l'ambassadeur de France à Rome. Celui-ci écrit à M. de Pomponne *.
«Le connétable Colonna me vint voir avant-hier et me fit lire la relation que le sieur de Saint-Simon lui a écrite, touchant l'arrivée de madame sa femme à Fontainebleau et son entrée dans l'abbaye du Lys. Il eût souhaité sur toutes choses qu'elle n'eût approché de Paris, mais je lui représentai que cela ne pouvait plus être évité et qu'il ne pouvait, d'ailleurs, se louer assez des égards et de la bonté de Sa Majesté dans la suite de celte affaire, ni désirer rien au delà de ce qui s'y était fait, et il s'en convainquit. Il me parla ensuite avec reconnaissance de l'argent que Sa Majesté avait envoyé à madame sa femme. Je lui dis que le séjour qu'elle ferait dans cette abbaye effacerait une partie de l'impression que sa fuite avait jetée dans le public et que, par cette raison, il devait souhaiter qu'il durât quelque temps ; qu'après une retraite de quelques mois, quand il se dis-