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capitale avant que la reine-mère en lût sortie, pour être exilée à Tolède, où elle demeura pendant tout le temps de sa disgrâce.

A peine la connétable eut elle appris le départ de don Juan, que, sans réfléchir un instant à ce qu'elle faisait, et comme si sa présence seule eût dû lui rendre la liberté, elle régla dans son esprit l'arrivée de ce prince sur les plus petites journées qu'elle s'imaginait qu'il pût faire, et, avec son impétuosité ordinaire, ne trouva rien de mieux que de sortir de son couvent en plein jour, par la grande porte et à la vue de toutes les portières, pour aller au-devant de lui.

Elle monta dans le carrosse d'une dame de ses amies, déclarant tout haut qu'elle était libre, et se rendit tout droit chez la marquise de Mortara, belle-sœur de l'abbesse du couvent qu'elle venait de quitter. La marquise était la femme la plus respectée et la plus respectable de Madrid, Marie ne pouvait donc mieux choisir le lieu de sa retraite, vu la rare imprudence qu'elle commettait, en sortant ainsi sans autorisation. Madame de Mortara fut stupéfaite de cette visite, qui était la chose à laquelle elle s'attendait le moins. Elle reçut néanmoins fort obligeamment la connétable, mais écrivit sur-le-champ au président du Conseil de Gastille pour l'avertir de cette bizarre aventure. Marie avait écrit de son côté au duc d'Ossuna, au nonce, à l'Almirante, et

au prince de Stigliano. Pendant ce temps, don Ferdinand, affolé, et persuadé que sa prisonnière était décidée à sortir du royaume, sollicitait, de toute part, des ordres d'arrestation.

Le duc d'Ossuna vint aussitôt visiter la connétable, lui disant qu'elle avait commis une grave imprudence en sortant du couvent, mais qu'elle ne pouvait mieux la réparer qu'en se retirant dans une maison, qui avait toute la sainteté du monastère, sans en avoir l'austérité. « Le prince de Stigliano, dit-elle, ne vint ni ne répondit, mais il en usa néanmoins fort galamment, ayant écrit à don Ferdinand en lui envoyant mon billet, qu'il servirait M. le connétable en tout ce quil pourrait ». L'Almirante en usa de même; et madame Golonna demeura fort perplexe et dans de grandes appréhensions de ce qui allait arriver, s'étant tout à fait trompée sur la date de l'arrivée de don Juan, et craignant, non sans raison, que don Ferdinand ne mît le temps à profit pour l'obliger de nouveau à rentrer dans son cloître. Elle ne se trompait pas; deux ou trois jours après, le nonce, l'Àlmirante, et le président du Conseil de Gastille vinrent la visiter, porteurs d'un ordre du roi pour la faire rentrer dans le couvent, dont elle n'eût point dû sortir sans la permission de Sa Majesté.

Marie répondit avec une grande hauteur à l'Almirante et au président de Gastille qu'elle ne rentrerait point; alors ce dernier déclara qu'il ne

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s'éloignerait pas de sa personne, et la garderait aussi exactement que le faisait don Ferdinand. « Je ne me fusse pas trop souciée qu'il eût tenu sa parole, dit Marie, et cette menace seule ne m'eût jamais rien fait relâcher. Mais la marquise me fit de grandes instances pour m'y obliger, disant qu'il me serait plus avantageux de suivre les ordres du roi, et qu'étant rentrée dans le couvent, j'en pourrais sortir après, du consentement et de l'aveu de Sa Majesté; elle m'obligea, par ses craintives raisons, à condescendre à y retourner. »

Ce retour n'était pas facile, et l'intervention du nonce n'était pas de trop pour faciliter la rentrée de Marie dans un couvent où l'on était décidé à ne pas la recevoir, car les religieuses n'avaient jamais pris leur parti de la violation de leurs privilèges, causée par la présence de Marie dans leur maison. Aussi, dès qu'elle fut partie, elles publièrent un ordre de Sa Majesté, qui les autorisait à mettre immédiatement dehors les demoiselles de la connétable, leurs effets, ceux de Madame; et de fermer à triple tour leur quartier, ce qu'elles firent en effet, quoique cet ordre ne leur eût point été donné. Pour lever toutes ces difficultés, le roi fit écrire au nonce, par don Géronimo d'Eguya1.

1. Don Géronimo était secrétaire d'État del despacho; sa fonction était directement attachée à la personne du roi et du premier ministre; sa charge était belle et lui rapportait beaucoup; « c'était un esprit de petite capacité, brouillon, sans exactitude dans les affaires, sans parole dans ce qu'il promet, dit Villars. »

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Au palais, 7 janvier 1677.

« Illustrissime Seigneur, » La duchesse de Tagliacozzo, qui était entrée dans le couvent de Santo - Domingo -el- Real, en est sortie sans la permission de Sa Majesté, pour se rendre chez la marquise de Mortara, où elle se trouve aujourd'hui, mais le roi, Mon Seigneur, estimant nécessaire pour toutes sortes de raisons que cette dame rentre au couvent et y reste dans les mêmes conditions où elle y était auparavant, me charge de dire à Votre Seigneurie de sa part, qu'elle veuille bien employer son autorité pour que cela s'exécute rapidement et sans aucun délai. Si cela lui paraît nécessaire, Votre Seigneurie pourra s'entendre à ce sujet avec le président de Gastille et l'Almirante (auxquels il a été ordonné de suivre cette affaire)... Ce que vous ferez pour cela sera agréable à Sa Majesté. »

DON GÉRONIMO d'eGUYA.

La connétable raconte plaisamment son retour; elle partit avec la marquise de Mortara et elles montèrent toutes deux dans un carrosse du roi qui les ramenait à Santo-Domingo. « Mais, dit-elle, le nonce, voulant surprendre les religieuses, prit le devant et fit ouvrir la porte, ordonnant qu'elle demeurât ouverte, comme s'il eût eu dessein de

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faire entrer quelque seigneur. Précisément, j'arrivai dans ce temps et trouvai à ma descente du carrosse le duc d'Aveiro, qui, ayant appris en chemin comme il venait me voir chez la marquise de Mortara, que je m'en retournais au couvent, était revenu sur ses pas pour m'y attendre; il me donna la main dès qu'il me vit et m'accompagna jusque dans le couvent. Au premier moment, personne ne me reconnut, mais je m'empressai de lever ma mante, enchantée de la scène qui allait se passer. Dès que les religieuses me reconnurent, elles commencèrent à remplir l'air de leurs cris, disant au nonce tout ce que le déplaisir de voir violer leurs privilèges leur put inspirer. Il se vit obligé d'envoyer prendre dans son carrosse le provincial qui demeure à Notre-Dame d'Atocha, hors les portes de Madrid, et qui étant venu aussitôt les mit à la raison, et les obligea de se conformer au décret de Sa Majesté dont le nonce leur fit lecture.

» Après qu'ils eurent tous deux apaisé le tintamarre, que la différence des partis avait excité parmi elles, je me rangeai ce jour- là du parti qui m'était contraire, et malgré le désespoir où j'étais de la violence que l'on me faisait, je me fis un plaisir de leur division et leur représentai pour la fomenter que c'était une chose étrange et inouïe que l'on eût si peu d'égard pour leurs privilèges, et que ne se contentant pas de les

avoir violés en me recevant une première fois, on les y eût contraintes encore après ma première sortie, et qu'on les y forçât de nouveau après ma seconde. »

Après s'être divertie quelque temps du désespoir et des querelles des religieuses, Marie demeura en proie à des réflexions qui la jetèrent dans un trouble et une agitation extrêmes. Les espérances qu'elle avait fondées sur le retour de don Juan commençaient à lui paraître beaucoup moins certaines. Cependant ce prince s'avançait et la connétable ne négligeait rien pour faire agir auprès de lui. Don Juan rentra, en effet, à Madrid en véritable souverain, triomphant de tous ses ennemis. Valenzuela fut arrêté à l'Escurial, puis embarqué pour les îles Philippines après qu'on lui eut ôté toutes ses charges et qu'on l'eut dégradé de tous ses honneurs ; la reine-mère fut reléguée à Tolède et privée d'une partie de ses dames et de ses officiers. Le règne de Valenzuela et la fortune scandaleuse de ce parvenu furent plus utiles à don Juan que les conspirations de ses propres partisans.

« Tout le royaume témoigna une satisfaction extrême de voir entrer don Juan dans le gouvernement, écrit la connétable dans son Journal, et Ton peut dire aussi qu'il faisait l'espérance de l'Espagne.

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» La fortune fit enfin éclore ce jour si désiré des peuples de ce grand royaume, ce jour dis-je, où Son Altesse entra pleine de gloire après l'expulsion et l'emprisonnement de Valenzuela. Je ne parlerai point ici des particularités de cette célèbre négociation, ni des circonstances qui ont précédé l'entrée de ce prince, et laisse à d'autres plumes que la mienne à les décrire ; je dirai seulement que si j'ai eu moins de part que les autres à l'entreprise, personne n'en a pris davantage au succès, ni en a témoigné plus de joie que moi. Je ne doute point qu'elle n'eût été parfaite et qu'il ne m'eût fait justice sur leplacet que j'avais présenté à la reine régente dans le temps de son gouvernement, peu après que je fus retournée au couvent, et lequel avait été remis par Sa Majesté à M. le président de Gastille et traîné en longueur jusqu'à la venue de Son Altesse, si don Ferdinand Golonna, pour rompre le coup que ce prince allait faire en ma faveur à l'instance des ducs d'Ossuna et de Médina Sidonia, ne lui eût représenté que M. le connétable ne désirait rien avec plus d'empressement que de me voir dans un cloître, et que ce serait une grâce inestimable pour lui. Cette déclaration ayant fait suspendre la résolution de Son Altesse et obligé ce prince à remettre ma liberté à la disposition de M. le président de Gastille, lequel ne traitait pas cette affaire avec plus d'activité qu'il ne

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l'avait fait auparavant, je crus devoir présenter un autre' placet à Sa Majesté que j'accompagnai d'un autre pour Son Altesse et qui lui fut rendu par le duc de Médina Sidonia. »

Don Ferdinand savait bien ce qu'il faisait en sollicitant du président de Castille et du Conseil d'Etat d'ajourner sans cesse la décision à prendre sur les instances de la connétable. Il n'ignorait pas qu'elle avait au Conseil des amis puissants, et que don Juan lui était favorable; mais il prévoyait aussi le moment prochain où don Juan lui-même chercherait à se rattacher les partisans, encore assez nombreux, de la reine-mère, dont faisait partie le connétable ; et, lorsque Marie se croyait certaine de la réussite de ses démarches, il arriva une lettre de son mari demandant avec instance au roi qu'il lui plût de faire enfermer madame Colonna dans un château ! (c'est sous ce nom qu'on désignait les forteresses),

Don Juan ne voulut rien décider lui même et, pour ne point prendre de responsabilité, il transmit le placet de Marie et la lettre du connétable au Conseil d'État, dont la plupart des membres opinèrent en faveur de la princesse ; ils conclurent qu'elle serait mise en pleine liberté et dans une maison où elle serait servie selon son rang- et sa qualité.

Aussitôt que la connétable fut avertie de cette

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favorable consulte, elle écrivit à don (Jéronimo d'Eguya, le priant de se hâter de la mettre entre les mains du roi, ce qu'il fit deux jours après. Elle reçut fort promplement un billet, sorte de décret, envoyé par don Bartolomeo de Legassa.

Madrid, 23 mai 1677.

« Excellentissime Dame, » Je fais savoir à Votre Excellence, par ordre du roi, que si Votre Excellence ne donne aucun motif de douter de ses intentions à l'égard de la sûreté de sa personne, et si Elle doit faire un ajustement qui puisse satisfaire le connétable, le roi ne voit aucun inconvénient à ce qu'elle choisisse elle-même, pour y résider, une habitation iécente, dans un lieu sain et de bon air, en attendant la résolution du connétable. Sa Majesté favorisera en cela Madame de tout son pouvoir, pour sa plus grande satisfaction.

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