‹ Une princesse romaine au XVII[superscript e] siècleChapitre 54 sur 77 · Archives du Vatican, vol. CLVI. Espagne · texte numérisé non relu

Archives du Vatican, vol. CLVI. Espagne

suffît à préserver cet assassin de l'application des lois.

Cependant les ordres du roi relatifs à Marie ne furent pas exécutés immédiatement, grâce aux instances qu'on fit auprès de Sa Majesté « et parce que la reine régnante avait pris Madame sous sa protection à cause du tort qu'elle dit qu'on lui fait en usant d'une telle violence ».

Pendant ce temps, on s'apprêtait à signer le contrat par lequel Marie assurait une partie de sa fortune à son iils ; mais malgré toute sa tendresse pour ses enfants, indignée de la trahison dont on usait avec elle, elle déclara qu'elle retirait toutes ses promesses et faisait les hôpitaux de Madrid héritiers de sa richissime dot.

Cette soudaine résolution alarma fort les Médina Cœli ; ils recoururent au nonce et promirent que le roi retirerait ses mesures de rigueur et qu'on aurait pour elle toutes sortes de bonnes façons si elle renonçait au parti extrême qu'elle venait de prendre. Monseigneur Mellini, croyant à ces promesses, obtint par sa douceur insinuante et en faisant appel à la tendresse de la connétable pour son fils, qu'elle maintînt les articles du contrat auquel elle avait d'abord consenti. Elle ne demanda en échange de cette importante concession qu'une audience de la reine avant le départ de celle-ci pour l'Escurial : cela lui fut accordé. Marie se jeta aux pieds de Sa Majesté et lui dit

422 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.

tout ce quelle avait lieu de craindre, en la conjurant, les larmes aux yeux, de ne la point abandonner et de tirer parole du premier ministre qu'on n'entreprendrait rien contre elle, tant que la Cour serait à l'Escurial. La jeune reine, qui aimait Marie et s'indignait de l'insigne mauvaise foi avec laquelle on la traitait, obtint du duc de Médina sa parole d'honneur que pendant cette absence aucune violence ne serait exercée à l'endroit de la connétable; et elle partit fort tranquille.

Cependant, le roi embarrassé de décider quelque chose, sollicité d'une part par la reine en faveur de la princesse et de l'autre par son premier ministre (auquel il n'osait résister) en faveur du connétable, ordonna que pendant son séjour à l'Escurial, la Junte, son confesseur et l'inquisiteur général, don Melchior Navara, s'assembleraient pour juger le différend. Balbasès mit bien vite à profit l'absence du roi, et sollicita si puissamment, que la Junte conclut qu'on enfermerait la princesse dans une forteresse. C'est ce qu'il désirait avec tant de passion que, dès l'année précédente, il n'avait rien négligé pour lui jouer ce mauvais tour; mais le connétable de Castille et l'Almirante s'y étant fortement opposés, il n'avait pu obtenir l'ordre, quoique ces deux amis de Marie ne fussent plus là, Balbasès ne l'aurait pas encore eu sans le duc de Médina Cœli. Le connétable sachant ses

intérêts en bonne main dans celles de son beaufrère était reparti pour l'Aragon, ne voulant pas se donner l'odieux de ce qui allait arriver.

Huit jours après le départ de la reine, la princesse Colonna, rassurée par la promesse qu'elle en avait obtenue et toujours installée dans la maison de son mari, dormait fort tranquillement, quand vers onze heures du soir, elle fut réveillée par un fracas extraordinaire ; ne sachant au monde ce qui se passait, elle vit pénétrer tout à coup dans sa chambre don Garcia de Médrano, conseiller du Conseil royal, suivi de ses officiers. Il avait fait enfoncer les portes que la connétable fermait soigneusement chaque soir. « Ces hommes étaient armés comme s'ils fussent venus arrêter un chef de bande; don Garcia était porteur d'un ordre du roi pour emmener la princesse à l'Àlcazar de Ségovie. Exaspérée d'un pareil traitement, elle refusa d'obéir, disant que le roi ne donnait pas des ordres semblables à une dame de son rang, et à une heure aussi inconvenante 4. » En entendant le bruit des portes enfoncées, elle avait eu à peine le temps de s'envelopper d'un manteau de lit, et c'est ainsi vêtue qu'on voulut l'entraîner; elle résista violemment, un alcade de Cour s'avança alors pour lui lier les bras avec une corde ; « se voyant traitée

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