‹ Une princesse romaine au XVII[superscript e] siècleChapitre 64 sur 77 · Archives étrangères. Rome · texte numérisé non relu

Archives étrangères. Rome

3. Le marquis de Cogolludo, fils aîné du duc de Médina Cœli et frère de la princesse de Palliano, était ambassadeur d'Espagne à Rome; e connétable le dominait entièrement.

« Nous perdons tous nos amis, nous n'avons plus personne! nous le voulions faire général de l'Église. Il n'y avait que lui qui fût capable de réunir la noblesse romaine et qui pût apaiser le peuple s'il arrivait quelque émotion. »

»Le pape, qui n'est pas obligé de se connaître en capitaines, l'avait mis dans les derniers temps sur le pied des Labric, des Prosper, et des Marc Antoine Golonna, quoiqu'il n'eût en effet que les qualités d'un courtisan poli et artificieux*... »

Ce portrait, peu flatteur, dut donner à penser au roi que Marie Mancini ne se servait pas d'un vain prétexte, en exprimant la terreur que lui inspirait son mari, et les dangers que lui faisait courir son caractère vindicatif.

Aussitôt après la mort de son père, le prince de Palliano fit partir deux courriers pour Madrid, porteurs de la triste nouvelle, l'un était destiné au roi et l'autre à la connétable ; ce dernier lui apportait la lettre que le prince Colonna avait chargé son fils de lui remettre. Le saisissement de Marie en apprenant cet événement fut extrême, et la lecture de la lettre la jeta dans une affliction inconcevable ; oubliant les torts de son mari elle ne voulut se souvenir que de leur mutuelle tendresse pendant les premières années de leur mariage et des témoignages d'amour qu'il lui prodiguait alors. Elle se reprochait amèrement

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d'avoir douté de sa bonne foi , lorsqu'il lui demanda pour la dernière fois de revenir auprès de lui, et elle ne pouvait se consoler de ne point l'avoir soigné durant sa maladie. Son fils don Carlo était parti de Rome pour Madrid afin d'accompagner sa mère pendant le voyage qu'on supposait lui voir entreprendre tout de suite, et jusqu'à son arrivée elle ne voulut recevoir personne sauf sa belle-sœur de Balbasès, refusant sa porte même à ses amis les plus intimes et à ses parents les plus proches.

Cette douleur, quelque extraordinaire qu'elle pût sembler, était sincère, Marie avait l'âme généreuse, l'imagination ardente et, chez elle, le moment présent l'emportait toujours ; de là sa singulière facilité à oublier les offenses ou les torts qu'on avait eus envers elle. Mais pour ceux qui ne connaissaient pas bien son caractère, cette attitude parut incompréhensible, les gazettes ellesmêmes expriment à Fenvi leur surprise : « La connétable Colonna, disent-elles1, quoique depuis plusieurs années séparée de son mari, n'a pu apprendre la nouvelle de sa mort sans affliction il y a près d'un mois qu'elle ne voit d'autres personnes que la marquise Balbasès. Cela paraît d'autant plus extraordinaire que son mari l'avait fort tourmentée. »

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