Le 6 février
2. Cette correspondance existe dans les archives du prince Colonna à Rome, mais nous n'avons pu en obtenir la communication ; c'est la première fois que nous essuyons un refus de ce genre.
gUes qui se nouaient et se dénouaient à la Cour d'Espagne autour du faible et malheureux roi.
La mort du roi fut suivie de grands troubles dans Madrid, la faction autrichienne vaincue et irritée au delà de toute expression, par Le testament du feu roi, cherchait à soulever les Espagnols contre leur futur souverain et la reine veuve Marie- An ne de Neubourg passait pour être à la tête des Autrichiens ; aussi les rapports les plus défavorables sur elle furent-ils faits à Versailles par le parti français de Madrid. Dangeau dit dans son Journal (décembre 1700) : « On a des nouvelles de Madrid qui portent que la haine qu'on a en ce pays-là pour la reine Marie -Anne de Neubourg et pour tous les Allemands, augmente à tel point que pas une des dames du palais ne veut plus servir la reine. Il n'y a que ses femmes de chambre qui soient demeurées auprès d'elle. On ne veut point lui payer son deuil : on dit haut qu'elle a amassé assez d'argent pour qu'on ne lui en donne point, elle avait une ménagerie à la Casa del Campo qu'on ne veut plus lui entretenir ; enfin il n'y a sorte de mortifications qu'on ne lui donne ».
Ce que dit Dangeau est fort exact, tous ses serviteurs la quittèrent successivement, son grand écuyer le comte de Saint-Estevan fit en partie déserter sa maison par ceux qui y occupaient des charges importantes entre autres la duchesse de Ferias sa première dame d'honneur.
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Philippe d'Anjou, après avoir accepté la couronne d'Espagne, s'était mis en route pour Madrid où il avait été proclamé roi le 24 novembre 1700. Il partit de Versailles le 4 décembre, et le 18 janvier le conseil de Régence reçut un courrier avec ordre du roi de faire sortir dans dix jours, la reine Marie-Anne de Madrid. Le conseil lui fit signifier cet ordre (et aussi qu'elle irait par provision à Aranjuez), Sa Majesté ayant représenté qu'il lui était impossible d'avoir préparé toute chose en si peu de temps, on lui prolongea le terme de six jours. Pendant ce court répit, Sa Majesté distribua la majeure partie de ses joyaux aux images saintes qu'on avait apportées dans le palais du feu roi pendant sa maladie. Cette princesse fit aussi de grandes aumônes aux hôpitaux et aux couvents avant son départ pour Tolède qui eut lieu le 2 janvier.
Les rapports du cardinal Porto Garrero avaient été si violents, que tous ceux qui approchaient la reine se trouvèrent compromis, aussi fut-elle bientôt abandonnée de tout le monde.
La connétable fit exception à cette désertion générale, fidèle à son caractère généreux et énergique, et voyant l'isolement dans lequel la malheureuse reine se trouvait, elle n'hésita pas à la suivre à Tolède ; ayant appris que le marquis de Louville avait été désigné comme chef de la maison du roi d'Espagne et qu'il jouissait d'un
assez grand empire sur l'esprit du jeune roi, elle lui écrivit sans souci de se compromettre, pour défendre les intérêts de la reine Marie-Anne et obtenir qu'elle ne fût pas traitée si rudement1.
La connétable connaissait Louville de longue date et savait qu'on pouvait s'adresser à lui en toute sûreté quand il s'agissait de choses justes et de procédés délicats. L'influence de Louville se fit bien vite sentir, il parvint peu à peu à modifier les impressions fâcheuses du roi et à le décider même à aller voir le reine à Tolède quelque temps après être arrivé à Madrid.
Voici le récitde cette entrevue :
« Sa Majesté arriva à neuf heures et demie à Tolède et il alla d'abord entendre la messe, puis il rentra s'habiller au palais du cardinal Porto Garrero. Il mit un habit de droguet d'or très beau et un ruban couleur de cerise à sa cravate. Sur les onze heures il monta au palais de la reine qui l'attendait avec une grande impatience et il fut reçu au bas de l'escalier par M. le duc de Montéléon. Le roi entra seul dans la chambre de la reine ; quelque temps après on fit entrer M. de
t. Ce château n'était, en effet, qu'une honnête prison. « 11 n7a aucun agrément, il est situé sur la pointe d'un rocher et les appartements sont vilains, il n'y a ni jardin, ni promenade, dit madame d'Aulnoy. »
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Louville qui avait fait la négociation de cette entrevue et ensuite le duc de Montéléon. »
La visite fut fort longue, puis le roi retourna dîner chez le cardinal Porto Carrero; le repas se composait de soixante plats 1
« L'après-dîner, le roi retourna prendre congé de la reine et cette visite fut aussi longue que la première. La reine fit présent à Sa Majesté d'une toison de diamants qu'elle lui attacha avec un ruban à la boutonnière de son justaucorps, elle lui donna aussi un vase d'or couvert, garni de pierreries. On ne peut exprimer la joie qui paraissait sur le visage de cette princesse ; elle avait un air majesteux dans son deuil, habillée à l'espagnole ayant une mante sur sa tête qui tombait jusqu'à terre. »
Pendant cette seconde visite la reine présenta au roi la connétable Colonna, il était fort curieux de connaître l'ancienne passion de son grand-père et fut très surpris de la trouver encore aussi belle; quant à Marie, son ravissement fut complet en retrouvant, prétendait-elle, la vivante image de Louis XIV à cet âge-là. Le roi oubliant sa timidité ordinaire fit à la connétable l'accueil le plus gracieux et l'entretint longtemps ; elle écrivit tous les détails de cette entrevue à ses fils.
Cependant le dévouement de la connétable à la reine exilée ne pouvait se prolonger longtemps sans inconvénient, car l'horizon politique s'assombrissait de plus en plus, et l'archiduc d'Autriche se préparait à disputer sérieusement la couronne au roi Philippe V. D'ailleurs la position delà reine n'était plus la même; en rapport direct avec Louville et avec le roi, les services de la princesse Colonna lui étaient bien moins nécessaires. Louville, qui s'intéressait toujours beaucoup à Marie et se montrait un excellent ami, lui conseilla de quitter Tolède et même Madrid et de partir pour Barcelone comme elle avait coutume de le faire en automne. Elle lui écrit :
Au marquis de Louville.
Madrid, le 13 septembre 1701.
« Après ce que vous me fîtes dire par madame Médine, j'étais sur le point d'aller à Barcelone, selon que j'ai accoutumé d'y aller les hivers; mais comme l'on m'a conseillé le contraire, de plusieurs endroits, sur des prétextes dont mon génie est bien éloigné et que vous êtes l'oracle en qui j'ai le plus de créance, je vous consulte pour savoir le parti que je dois prendre ; faisant déjà dessein pour ne point donner d'ombrage de ne point rêve-
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nir de tout l'hiver. Pardonnez, monsieur, ce petit embarras, faites-moi le plaisir de présenter mes respects au beau monarque et d'être bien persuadé que l'estime que j'ai pour vous va au delà de tout ce que je puis dire.
» LA CONNÉTABLE COLONNA
Louville persista à conseiller à la princesse de partir pour Barcelonne, ce qu'elle fit après avoir été prendre congé de la reine douairière.
Louville avait quitté Madrid pour aller audevant de la jeune reine Marie-Louise, fille du duc de Savoie, que Philippe V épousa par procuration le 11 septembre 1701. Le mariage fut consommé à Figuières, et Louville, après la cérémonie, fut envoyé à Versailles pour prendre les ordres de Louis XIV et ses avis en ce qui regardait l'Espagne. La connétable lui écrivit de Barcelone le 29 octobre 1701. Elle avait quitté Madrid en même temps que lui.
Au marquis de Louville,
Barcelone, le 29 octobre 1701.
« Vous partîtes si brusquement que je n'eus pas le loisir de vous souhaiter un heureux voyage, et un prompt retour sur toutes choses important fort, à Celle (la reine) qui m'ordonne de vous donner
sus carinosas quejas\ de vous tenir en Espagne comme aussi à tous ceux qui ont eu le bonheur de vous traiter et de vous connaître.
» Quand vous serez là-bas auprès du monarque, n'oubliez pas tout ce que je vous ai dit de la part de la reine, et surtout que l'on ne néglige pas son grand maître2, étant la chose du monde qui lui tient le plus au cœur, de le voir accommodé et loin de ses yeux. Le reste qui la regarde vous sera aussi recommandable, aussi bien que l'estime que je professe à votre mérite.
» LA CONNESTABLE COLONNA
» P. -S. — Si vous répondez, banissez les compliments ainsi que j'en use. »
La reine avait cru, après la visite du roi, être rentrée en grâce, et elle vit bientôt qu'il n'en était rien. Montéléon, son intime confident, n'avait