‹ Une princesse romaine au XVII[superscript e] siècleChapitre 76 sur 77 · Archives Colonna à Rome · texte numérisé non relu

Archives Colonna à Rome

« Madame la connétable, étant partie de Livourne dans les premiers jours de mai, s'arrêta pour quelque temps à Pise où elle logea dans le palais de M. le duc Salviati, et comme le Révérend Père Salvatore Ascanio, qui se trouvait dans ladite ville de Pise habite maintenant par ordre des médecins dans le Prieuré du Saint-Sépulcre appartenant à l'ordre de Malte, pour jouir dans ce lieu d'un air plus salubre pour sa maladie que dans le couvent de son ordre, Madame avait l'habitude d'aller souvent le visiter pour conférer avec lui de choses relatives à sa conscience et donner avec lui et sous sa direction et conseil la dernière main à un testament qu'elle avait déjà disposé et ordonné en grande partie; le Révérend Père ne négligeait pas d'aller très fréquemment présenter ses hommages à Madame, dans le palais qu'elle habitait comme il fit le matin du dix courant, priant Son Excellence de vouloir bien ce jour-là ne pas prendre la peine de lui faire sa visite accoutumée parce que c'était la date de départ du courrier d'Espagne, et que le Révérend Père se trouverait extrêmement occupé. Il répéta plusieurs fois à Madame qu'elle voulût bien se souvenir pendant cette journée de le tenir pour mort, et après avoir dit cela, le Père se retira dans son habitation tout appliqué à écrire, sans la moindre pensée que Madame dût l'en empêcher.

» Cependant Son Excellence arriva à midi après

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avoir fait ses dévotions dans l'église des Carmes, et ayant vu dans la chambre un livre de messe sur une petite table, elle dit au Père Ascanio de lui expliquer l'évangile qui était contenu dans la messe de ce jour disant ne l'avoir pas bien compris en entendant ladite messe. Le Père ayant satisfait à cette pieuse demande, Son Excellence se retira au palais Salviati; en la reconduisant, le Père Ascanio lui répéta sa phrase du matin, c'est-à-dire qu'il la priait de le considérer, pour ce jour-là, comme étant passé dans l'autre monde. Néanmoins sur la chute du jour, le Père vit à sa grande surprise arriver Madame accompagnée d'une de ses demoiselles avec d'autres serviteurs. Considérant de nouveau le livre de messe, et les vêtements sacerdotaux qui se trouvaient là, Madame s'arrêta pour les regarder et sans avoir donné le moindre signe extraordinaire, elle fut tout à coup frappée par une si forte attaque d'apoplexie qu'elle serait sans doute tombée par terre, si la camérière, ayant vu avant tout autre cet étrange événement ne lui avait porté secours, et comme il n'y avait aucun lit près de là pour la mettre on dut la déposer sur la pauvre couchette du Père Ascanio. Tous les secours lui furent prodigués, mais en vain, elle passa dans l'autre vie à trois heures de la nuit du jour suivant, après avoir reçu la bénédiction et l'absolution de monseigneur l'archevêque de Pise, sans que pendant ce temps tous les soins empres-

ses des médecins puissent lui faire proférer une seule parole, ni donner aucun signe de connaissance, ni la transporter à son palais.

» Le jour suivant son cadavre fut déposé dans F église du Saint-Sépulcre pour rester à la disposition des seigneurs, ses fds auxquels fut expédié, par l'archevêque, un courrier pour les aviser de l'accident. »

C'est ainsi que la grande dame, destinée un instant à occuper le trône de France, expira sur le grabat d'une pauvre couchette de moine !

Monseigneur Golonna ressentit un violent chagrin à cette nouvelle, son secrétaire écrit « qu'il en fut accablé ». L'archevêque lui faisait demander par le même courrier quelle était la décision au sujet du tombeau de sa mère, devait-on la transporter dans la chapelle de Palliano où reposaient déjà son mari, son fils et ses petits-enfants? Ou devait-on l'enterrer à Pise, au Gampo-Santo? Le testament de la princesse indiquait, comme on l'a vu, la volonté formelle que son corps reposât au lieu même où elle mourrait, il n'y avait doue là aucune discussion possible.

Don Marco arriva promptement, et il fut décidé après mûre délibération entre l'archevêque de Pise le Père Ascanio, le nonce de Florence d'une part, le cardinal et don Marco d'une autre, que ses funé-

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railles auraient lieu à Pise et sa sépulture dans l'église même du Saint-Sépulcre.

Quant à la simplicité de ses obsèques et à son épitaphe, Marie avait donné les ordres les plus précis à son fils, le cardinal ; et la grande connétable de Naples, qui signait jadis d'une main si fière : « Marie Mancini, princesse Colonna, duchesse de Tagliacozzo, de Marino et de Palliano », ne voulut laisser d'autre trace sur la terre que ces deux lignes que l'on peut lire encore sur la dalle qui recouvre ses restes mortels :

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