Affaires étrangères Italie, t. CL, p
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dame connétable, à quoi on sait bien qu'il ne se rencontrerait pas de difficulté, mais ladite ambassadrice ne lui peut accorder la main droite chez elle. Sa Majesté est même si persuadée du zèle que ladite dame connétable a pour tous ses intérêts et pour l'honneur de sa couronne, que si elle se trouve être maîtresse de cette résolution, sans être nécessitée de s'accommoder aux sentiments d'un mari, elle sera ravie de trouver cette occasion, de donner l'exemple au duc de Bracciano de la manière dont il doit vivre avec une personne qui représente Sa Majesté. »
La connétable ne se montra point ravie de donner l'exemple, elle resta chez elle, ainsi que la duchesse de Bracciano, et M. de Créquy, d'un caractère raide et fier, ne tarda pas à se faire de mortels ennemis dans la société romaine. Cette division s'accentua de plus en plus : le 20 août, la milice corse, aux ordres du pape, attaqua à coup de fusil et sans nulle provocation le carrosse de l'ambassadrice de France et tira sur le palais de l'ambassade; l'ambassadeur étant à son balcon. Louis XIV ressentit comme il le devait cette injure, et voulut en tirer une vengeance éclatante. Il donna l'ordre au duc de Créquy de se retirer immédiatement dans les États toscans. Cette agression inqualifiable fut attribuée aux neveux du pape.
Il s'écoula près d'un an avant que le roi reçût satisfaction entière de cette insulte et, pendant ce temps les rapports officiels avec le Saint-Siège furent interrompus. Enfin, après avoir obtenu réparation complète et reçu de la bouche même du cardinal Chigi, neveu du pape, l'expression des regrets de Sa Sainteté, les relations entre les deux Cours se rétablirent1.
Toute cette affaire intéressa vivement la princesse Golonna, son goût très vif pour la politique ne s'était point affaibli, elle aimait à en parler, sinon à s'en mêler, mais dans ces circonstances sa situation était fort délicate, forcée par égard pour son mari, de ne pas faire pencher la balance en faveur de la France et sans vouloir d'un autre côté indisposer le roi, elle s'en tira cependant fort bien.
Cette fois, la grossesse de la connétable marchait sans accident. « J'étais déjà dans mon sixième mois, dit-elle, quand le duc de Nevers, mon frère, vint à Rome pour y passer le carnaval; j'eus une joie extrême de le voir après une si longue absence, et sa venue me donna d'autant
1. Le roi exigea et obtint que le pape exilât de Rome son propre frère, qu'il cassât la garde corse et élevât dans Rome une pyramide avec une inscription qui mentionnait l'injure et la réparation. Louit XIV força ainsi la Cour de Rome à rendre Castro et Ronciglione au duc de Parme et à dédommager le duc de Modène de ses droits sur Comacchio, ce qui augmenta beaucoup son influence en Italie.
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plus de plaisir que je ne m'y attendais point. M. le connétable témoigna n'être pas moins satisfait que moi de son arrivée, et cherchant toutes les occasions imaginables de lui faire passer le temps agréablement et de me divertir, nous proposa une chasse à Gisterne, lieu appartenant au prince de Gaserte, mais où son exil l'empêchait d'être alors, et où nous trouvâmes en sa place monsignor de Gaétan, qui nous fit toutes les honnêtetés imaginables et nous régala splendidement. Nous y restâmes quinze jours durant lesquels nous employâmes une bonne parti du temps à la chasse ; et comme le plaisir n'est pas l'unique but de ces innocentes guerres, et que la gloire du butin et la satisfaction d'en faire présent à ses amis y ont la plus grande part, M. le connétable eut soin de mener avec lui quelques personnes de qualité de ses amis, outre les gens de sa maison, pour retourner à Rome chargés d'une nombreuse chasse, aussi semblait-il que nous eussions dépeuplé les forêts de sangliers, et nous en eûmes assez pour régaler la moitié de la ville.
» Bien que ma grossesse ne me permît pas de monter à cheval, je ne laissais pas de jouir de tous ces divertissements, les chasseurs faisant assez souvent passer la chasse devant des espèces de chariots couverts de feuillage que l'on fait pour ces sortes d'occasions et où j'étais en sûreté, les
plus furieux sangliers ne pouvant les renverser, à cause de leur pesanteur; et où mon frère me tenait assez souvent compagnie, n'étant pas naturellement ami de la fatigue ni des plaisirs qui coûtent trop de peine.
» A notre retour à Rome d'où le pape Alexandre VII, par une aversion qu'il avait pour tous les divertissements, avait banni jusqu'aux comédies, M. le connétable continuant ses soins, et s'efïbrçant de réparer cette disette de plaisirs, s'avisa d'inventer une mascarade, dont le sujet était la fable de Castor et Pollux, que lui et mon frère réprésentaient, suivis de quantités de cavaliers; ils étaient précédés par un homme sous la forme d'un cygne si artistement fait qu'il eût pu tromper la vue si la nature produisait des animaux de cette espèce aussi grands qu'il l'était. Ils jetaient aux dames le madrigal qui suit, qui fut fait par un habile homme, et que je choisis depuis pour l'éducation de mes enfants, à laquelle il s'applique avec un soin tout particulier.