MADRIGAL
Questi d'amor e fè due divini lampi
Figli d'etereo cigno
Van con genio benigno Seminando di gioje, i latti campi
Son la gemina luce
Di Castor e Polluce
50 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
Che con ascèse voglie
Ascosi in queste spoglie Lascia deV etereo i luminosi chiostri Sol per arder, o belle, agit occhi vostrii.
Voyant le plaisir que prenait la princesse à ces divertissements, le connétable prolongea les mascarades jusqu'à la fin du carnaval. Il avait engagé le marquis Angelelli à venir passer ce temps-là chez lui, sachant que Marie lui portait grande amitié. Cette joyeuse saison une fois passée, le marquis reprit la route de Bologne, malgré les craintes très vives que ce départ inspirait à ses amis. Le connétable savait à n'en pouvoir douter que le beau-frère du marquis était l'objet d'une haine invétérée de la part du chevalier Bovio qui avait juré de tirer vengeance de toute la tamille de son ennemi. Les vives instances des Golonna pour retenir Angelelli furent inutiles, il ne voulut rien entendre. Un peu après son arrivée à Bologne il tombait dans une embuscade dressée par Bovio et était assassiné, quoique Bovio eût dit qu'il n'avait rien à craindre.
1. Ceux-ci sont deux divins éclairs d'amour et de foi Fils du Cygne divin, ils vont par un génie bienfaisant Semant de pierreries la voie lactée Ils sont la lumière jumelle de Castor et Pollux Cachés sous ces habits et conduits par un désir ardent Ils ont quitté la demeure lumineuse de TEther Seulement, oh belles ! pour briller à yos yeux.
Bovio selon la terrible coutume du temps * avait assouvi sa haine sur le beau-frère et l'ami le plus intime de son ennemi.
Nous retrouvons là cette effrayante loi du point d'honneur, véritable religion de vengeance. On croyait reconnaître une grande âme, à la constance du sentiment. L'offensé semblait montrer d'autant plus d'énergie qu'il avait gardé plus longtemps sa rancune et qu'il l'avait manifestée par une explosion plus inattendue. L'assassinat lavait à leurs yeux l'honneur aussi bien que le duel, le poison, aussi bien que le fer; et la perfidie leur paraissait le triomphe de la vengeance, parce que l'offensé s'y était montré plus complètement maître de lui-même. Ces habitudes barbares, qui font partie intégrante des mœurs italiennes et espagnoles de cette époque, expliqueront bien des choses dans le cours de ce récit.
« Quelques jours après cette triste aventure, dit Marie, comme dans tout le temps de ma gros-
1. Sismondi, dans ses Républiques italiennes, affirme que les premières notions du point d'honneur furent introduites en Europe par les Arabes d'Espagne; les Espagnols eux-mêmes le firent adopter dans tous les pays où ils étendaient leur influence et la législation de ce point d'honneur arabe et castillan fut importée en Italie par les armées espagnoles. Le point d'honneur ne consistait pas uniquement dans les droits de préséance, mais aussi, et plus encore peut-être, dans l'offense même la plus légère faite à l'honneur et même à l'amour-propre d'un mari. Il entraînait toujours la loi de la vengeance, même héréditaire.
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sesse j'avais souhaité ardemment un garçon, le ciel m'en donna un le septième avril, et, remplissant mes vœux, combla de joie M. le connétable, l'archevêque d'Amasie et toute la maison qui ne désirait pas avec moins de passion que moi, que j'accouchasse d'un fils, et quoique Ion n'espérât point qu'il pût vivre, à cause de sa faiblesse, et du pitoyable état auquel il était né, les réjouissances furent néanmoins très grandes, et l'on fit de magnifiques présents à ceux qui portèrent la première nouvelle de sa naissance. Il fut nommé Philippe, prince de Palliano. M. le cardinal Colonna, me considérant comme la principale cause de cette joie universelle de sa maison, vint me témoigner la part qu'il y prenait et me fit présent d'une bourse de mille pistoles et de nombreux bijoux. Au bout de quarante jours que je me relevai de mes couches, il fallut me disposer aux compliments du Sacré Collège, des princesses et des dames de la ville, et ainsi, pour recevoir leurs visites selon toutes les formalités, je me mis dans un lit que l'on m'avait préparé pour mes premières couches, et qui ne servit que cette seule fois.
» La nouveauté autant que la magnificence de ce lit remplit tout le monde d'admiration. C'était une espèce de coquille qui semblait flotter au milieu d'une mer artistement représentée et qui lui servait comme de soubassement. Elle était soutenue sur les croupes de quatre chevaux marins
montés par des sirènes, le tout d'une admirable sculpture et dont le brillant de l'or avait si bien déguisé la matière qu'il semblait être de ce métal précieux. Dix ou douze petits amours servaient d'agrafes à des rideaux d'un brocart d'or très riche, qu'ils laissaient pendre négligemment, et qui tenaient plutôt lieu d'ornement que de voile, ne cachant rien aux yeux de ce qui méritait d'être vu de ce somptueux appareil. »
La toilette de l'accouchée répondait à la splendeur du lit. Les guipures de Venise les plus fines garnissaient l'échancrure carrée de sa chemise à la mode romaine, des manches flottantes dégageaient le poignet et étaient ornées des mêmes dentelles. Ses magnifiques cheveux noirs relevés en partie sur sa tête et tombant en partie sur ses épaules étaient rattachés par des crochets de pierreries superbes; elle portait au cou un collier, joyaux précieux, héréditaire dans la maison Golonna et œuvre de Benvenuto Gellini : « Si Vénus eût été brune, dit l'abbé Benedetti, on eût cru la voir elle-même dans sa coquille ! et il est certain que le lit de Cléopâtre et d'Antoine, ni celui de Vénus et d'Adonis ne pouvaient égaler celui-là. » Les gazettes de Hollande de cette époque et les dépêches des ambassadeurs font à l'envie la description de ce fameux lit et aussi de la beauté de l'accouchée.
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Peu de temps après ses relevailles, la princesse Golonna se trouva grosse de nouveau et elle proiita bien vite de la joie du connétable pour obtenir une permission qui pouvait tout compromettre, mais nous savons qu'elle ne renoncera jamais à une fantaisie, quelque imprudente qu'elle soit.
« L'état où je me trouvais alors, dit-elle, et qui faisait espérer à M. le connétable un second successeur, augmenta si fort sa joie que de sa vie il n'a paru si satisfait; et croyant pour l'être parfaitement qu'il ne lui manquait que de me voir contente, il n'y avait rien qu'il ne fît pour me donner de la satisfaction.
» Le voyant en des sentiments si complaisants, j'en voulus profiter et désirant passer le carnaval à Venise, je lui proposai de m'y mener, ce qu'il me promit, pourvu que monseigneur le cardinal son oncle y consentît. J'en parlai donc à son Éminence qui fit quelques difficultés d'y condescendre, que je surmontai enfin en l'assurant que je n'étais point grosse, ce qui était l'unique obstacle qu'il trouvait à ce dessein.
» Nous nous mîmes donc en chemin à la fin de l'automne et fîmes le voyage avec assez de plaisir, à l'inquiétude près, que le peu de soin que j'avais de moi donnait à M. le connétable, allant tantôt en carrosse, tantôt à cheval, et souvent à toute bride. Sa complaisance se fit voir jusque
dans cette rencontre, car loin de me témoigner du chagrin de tous mes excès, il se contenta de me dire, que je ne découvrisse à personne l'état où j'étais, de crainte que son oncle ne le sût. »
11 faut convenir que le connétable était singulièrement indulgent pour de si ridicules caprices qui devaient tourner fort mal. Enfin ce qui n'était point arrivé durant tout le voyage arriva à leur abord à Venise.
« M'étant blessée, dit-elle, je retardai pour quelques jours les espérances de M. le connétable, mais ayant été moins malade de cet accident que du premier, je ne fus que quinze jours au lit, où je réparai la faute que je venais de faire. »
En effet, un mois après elle était grosse de nouveau et en témoigna une grande joie, sans devenir plus prudente et sans renoncer à la vie la plus fatigante. « Dans toutes mes grossesses, j'ai eu le bonheur de me porter assez bien, et comme je n'étais alors que dans les premiers jours, je passai le carnaval fort gaiement, aux opéras, aux festins, au bal et aux autres assemblées et au jeu de la bassette que j'aimais passionnément et auquel venaient jouer chez nous M. le prince de Brunswick et M. le duc de Mantoue, que le dessein de se divertir avait
- . Venise ainsi que plusieurs autres -
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tour à un catholique un luthérien: ce dernier avait le droit de se marier et ressemblait en tous points à un prince séculier.