‹ Une Princesse romaine au XVIIe siècleChapitre 24 sur 77 · Cet homme était Marguin · texte numérisé non relu

Cet homme était Marguin

souhaitait la venue de ses sœurs ; elles arrivèrent enfin, chargées de magnifiques présents pour la pauvre recluse, car elles se doutaient bien de l'état de dénuement dans lequel elle devait être.

« La joie que j'eus de les voir, dit-elle, est inconcevable, et la complaisance' qu'elles avaient d'être trois ou quatre jours de suite avec moi toutes les fois qu'elles venaient me voir, n'était pas un petit soulagement à mes maux. Peu de jours après sa visite, madame de Soissons, usant avec moi de cette générosité qui lui est si naturelle, m'envoya un très beau lit avec une tapisserie; d'autres meubles et enfin tout ce dont elle jugea que j'avais besoin. »

Marie apprit bientôt par ses sœurs l'interdiction faite à tous ses amis de la visiter ; elle en conçut un violent dépit. Cependant cette règle fut adoucie pour ses beaux-frères, le comte de Soissons et le duc de Bouillon, qui vinrent la voir à plusieurs reprises. « Je passais assez doucement la vie dans ce monastère, dit la connétable; les religieuses, ([ui étaient les meilleures personnes du monde, me traitaient, aussi bien que l'abbesse, avec une douceur et une complaisance au delà de toute expression, et en ayant toujours si bien usé avec moi que je ne perdrai jamais le souvenir des obligations que je leur ai. »

iS2 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XYII^ SIÈCLE.

Pendant le temps qui s'était écoulé entre l'arrivée de la princesse Colonna à Fontainebleau et son entrée au couvent du L3-S, le cardinal Altiéri n'avait reçu aucune réponse définitive soit au bref du pape, soit à ses propres lettres ; par une contradiction assez difficile à expliquer, plus le roi se montrait rigoureux envers Marie, plus il se montrait peu disposé à la rendre à son mari. Le nonce, malgré ses sollicitations, recevait , invariablement l'assurance que le roi engagerait la connétable à prendre enfin le parti de se rendre auprès de son mari, mais ne la forcerait point à le faire et ne lui refuserait jamais un asile dans ses États. Le cardinal, impatient de ne pas voir cette affaire avancer d'un pas, et ignorant encore l'entrée de la princesse au monastère du Lys, écrit au nonce le 30 avril ' :

« La dépèche qui doit arriver cette semaine m'apportera probablement enfin des nouvelles plus précises des sentiments du roi à l'égard de madame Colonna ; et si d'après les discours de M. Le Tellier, le roi approuve sa réunion avec son mari, et s'il lui plaît qu'elle retourne à Rome, peut-être cela pourrait-il servir d'un puissant stimulant à la connétable pour la disposer à une chose qu'évidemment elle ne désire pas; mais si cela n'a pas

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