‹ Une Princesse romaine au XVIIe siècleChapitre 32 sur 77 · Archives royales de Turin · texte numérisé non relu

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» C'est aussi sans doute à elle-même de se donner le bon conseil qui lui est nécessaire; et m'intéressant au dernier point à tout ce qui la regarde, je fais des vœux très ardents au ciel, pour qu'elle se détermine à ce qui peut être le meilleur pour sa satisfaction. Depuis son éloignement, je me suis donné l'honneur de lui écrire souvent, mais sans m'aventurer à lui toucher ce point, dont elle doit trouver la décision dans sa belle et bonne tête. Je me suis appliqué à lui faire connaître avec vérité combien elle a toujours été désirée à Rome, et des honnêtes gens et du public. Je puis de plus confirmer à V. A. R. qu'il ne lui est pas tombé un blâme, de son départ si précipité qui eût en aucune façon entamé sa réputation, et on lui fait la justice de ciboire seulement qu''elle avait appréhendé une retraite forcée dans une des maisons de M. le oonnétable, il se peut qu'elle n'ait pas bien pesé les apparences du pour et du contre. Je sais aussi que M. le connétable fit paraître beaucoup de joie et qu'il se serait mis en chemin pour aller au devant d'elle jusqu'à Milan, quand il eut appris par un courrier que lui dépêcha M. le duc de Nevers, la résolution qu'avait prise madame de passer les monts pour retourner en Italie.

» Une seule chose reste à souhaiter qui est que, s'il se doit faire un jour ou du raccommodement, ou de la rupture à jamais, cela puisse se résoudre au plus tôt, surtout si c'est le rétablissement des

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bonnes relations; car plus ces désordres durent, plus l'amitié s'aigrit, et fait que l'on se réunit après avec plus de tiédeur l'un pour l'autre. Dieu veuille que V. A. R. ne trouve pas mes raisonnements trop poussés !

» Faut -il pourtant encore que JB prenne la liberté de dire deux mots d'une remarque que j'ai faite? Cest, monseigneur, que je trouve quen fort peu de temps V. A. R. et madame la connétable se sont parfaitement bien connus; cela est avantageux à l\m et à Vautre. »

Y a-t-il une petite pointe de malice dans cette dernière phrase? c'est fort possible. Cette lettre fort sensée n'indique pas toutefois que Foucher ait converti le moins du monde le prince Colonna aux mesures de douceur dont il vante l'efficacité à l'égard de sa femme; un incident vint prouver le contraire: ce fut l'arrivée à Turin du gentilhomme dont parlait le connétable dans une précédente lettre.

Il se nommait don Maurizio di Bologna; il ne faut point croire que l'envoi de ce personnage fût un acte de courtoisie du prince vis-à-vis de sa femme, tout au contraire. Don Maurizio était un simple espion, préposé nuit et jour à la garde de la connétable, et chargé par son mari d'écrire le récit de tout ce qu'elle faisait, ou de ce qu'on supposait qu'elle devait faire.

L'arrivée de ce personnage troubla et inquiéta fort madame Colonna, et le duc mit tous ses soins à la tranquilliser, lui montrant même, pour lui ôter toute méfiance, les dépêches qu'il envoyait à son ministre à Rome.

Voici la réponse du duc à la dernière lettre du chevalier que nous avons citée.

Le duc de Savoie au chevalier Gazelli.

8 mars 1673.

« Dans voire lettre du 21 dernier, nous voyons avec plaisir que M. le connétable se montre satisfait de notre conduite, qui aura toujours pour but de lui être agréable dans les choses qui dépendent de nous, sauf cependant la parole donnée à madame la connétable sa femme, comme nous l'avons dit expressément au gentilhomme envoyé ici par M. le connétable. Nous l'avons instruit de tout ce que nous avons fait, et de nos offres de service, mais toujours à la réserve de notre parole donnée. Quant au second point indiqué dans votre lettre qui est, soit d'empêcher par la violence madame la connétable de quitter Turin, soit de la contraindre à y rester, il est totalement contraire à la susdite parole donnée de ne jamais user de violence pour l'empêcher de rester ou de partir de nos États, mais de la laisser en pleine liberté,

MARIE MAXCINI COLON N A. ^il

car sans cette assurance elle serait dès le début retournée en arrière, même après être arrivée à Rivoli.

» Nous pourrons bien tâcher de lui donner à entendre que nous pourrions lui imposer notre volonté dans le cas où elle aurait la pensée de partir, et même l'empêcher par la force de quitter Turin sans l'approbation de son mari ; mais nous vous disons nettement que toutes ces démonstrations ne seraient que pour la forme ; et qu'en réalité nous ne voulons la violenter en aucune manière et pour nulle chose au monde. Voilà tout ce que nous pouvons faire pour le moment.

» P. -S. — Madame Colonna doit être prise par la douceur, autant que nous pouvons en juger, et Madame Royale, qui la visite sans cesse et qui connaît maintenant fort bien son caractère, en peut témoigner; et, d'après la manière dont elle nous a parlé, nous sommes tous deux du même avis. Hier, Madame Royale est allée au couvent rendre visite à la connétable qui lui dit qu'elle n'avait jamais eu l'âme aussi tranquille que maintenant, ajoutant aussi qu'elle ne pensait nullement à quitter Turin; elle avoua cependant que la venue de D. Maurizio, accompagné d'autres gens, l'avait épouvantée, mais que maintenant son inquiétude était passée'. »

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