‹ Une Princesse romaine au XVIIe siècleChapitre 34 sur 77 · i^Lffaires étrangères, Turin, vol. LXIII, p · texte numérisé non relu

i^Lffaires étrangères, Turin, vol. LXIII, p

mois. Dieu le saitl... S. A. R. et elle recommandèrent fort le secret à monseigneur l'archevêque et à moi, et on avait crié si haut que tout 1© monde dans la rue le pouvait entendre, le parloir y donnant ».

Voici ce que Marie écrit dans son .Journal sur ce voyage improvisé :

« Les religieuses du monastère de la Visitation, qui sont du naturel du monde le plus doux et le plus complaisant m'avaient donné à l'envi des preuves de leur affection durant l'espace de trois mois et demi que je demeurai avec elles, au bout duquel temps, ayant avis vers la fin d'avril que madame Mazarin devait bientôt partir pour Paris, le désir que j'avais de la voir et en partie le dessein que j'avais de réparer, s'il m'était possible, la faute que j'avais faite, il n'y avait pas longtemps, de sortir de France, me firent entreprendre de faire un voyage à Ghambéry; je priai donc 8. A. R. d'empêcher durant deux jours qu'aucun courrier ne partît de peur qu'on ne me suivit, ce que ce prince m'accorda de très bonne grâce, ne laissant pas de désapprouver ma résolution et me témoignant même en être touché, »

La princesse ne disait pas tout. Le duc était touché non de ce qu'elle faisait une chose désagréable au connétable, mais parce qu'il craignait qu'elle ne mît à exécution son projet de rentrer en France ; elle avoue avoir été tentée de

le faire à ce moment-là. Elle chercha à le rassurer en lui promettant quen tout cas, elle reviendrait à Turin avant de prendre un parti définitif, et S.A. R. donna elle même les ordres nécessaires pour la parfaite sécurité de la princesse, qui partit le lendemain dans le carrosse de S. A. R. fort bien accompagnée et protégée par ses gardes et par la défense de Charles Emmanuel de donner des chevaux à d'autres qu'au courrier de l'ambassade de France. Cette précaution ne fut pas inutile, car peu d'heures après, instruit du départ de la connétable, don Maurizio demandait des chevaux pour la suivre qui lui furent refusés.

M. de Gomont écrit à sa cour qu'aussitôt après te départ de madame Golonna, le duc l'avait fait venir, s'était amèrement plaint d'elle, et avait été jusqu'à lui dire qu'il la souhaiterait hors de ses États ! Gomont ajoute malicieusement qu'un petit fait l'a rendu « fort incrédule au discours du duc » ; S. A. lui avait envoyé la veille une longue lettre pour la connétable, afin que le courrier qui partait pour la France la lui rendît en chemin. Ainsi à peine partie, l'amoureux duc ne pouvait s'empêcher d'écrire des volumes, et n'osant les lui envoyer par un de ses courriers, employait à cela celui de France ^

1, Archives étrangères, Turin, vol. LXIII, p. 337.

Milord Montagu, ministre d'Angleterre. — Il conseille à la connétable de ne pas rentrera Rome. — Lettres de Foucher au duc de Savoie. —Arrivée de la connétable à Chambéry.

— Brusque retour. — Journal de d'Orlier, la duchesse de Mazarin. — Arrivée à Turin du marquis de Borgomainero.

— Les fêtes à la Vénerie. — Lettres du connétable. — Pourparlers entre Borgomainero et M. de Saint-Thomas.

— Conveotion faite. — La connétable installée chez le prince de Carignan. — Mécontentement de son mari. — Louis XIY fait ordonner au prince de la renvoyer. —Le duc et la duchesse de Savoie l'invitent à la Vénerie.

Les préparatifs de voyage de la connétable s'étaient faits rapidement et en secret ; quand le bruit s'en répandit dans Turin il donna lieu aux suppositions les plus diverses, l'une d'elle était vraie, en effet, la connétable avait reçu récemment la visite de milord Montagu, ambassadeur d'Angleterre à Venise, qu'elle connaissait de longue date, le ministre savait l'ancienneamitié du roi Charles II pour

mademoiselle Mancini,ils s'étaient connus enfants, et il l'avait \aie cent fois dans les nombreuses visites que les nièces de Mazarin faisaient à la princesse Henriette d'Angleterre. Lors des fréquents séjours des Colonna à Venise, milord Montagu était reçu chez eux dans l'intimité ; la fuite de la connétable avait fait grande sensation dans cette ville et quoiqu'elle y fût très aimée on ne l'approuva pas. Milord Montagu vint la voir, aussitôt qu'il apprit son séjour à Turin et avec une franchise toute britannique, il ne lui cacha pas le blâme donné à son évasion ; mais il ajouta en son nom et en celui des nombreux amis qu'elle avait à Venise, qu'il la conjurait de ne pas retourner à Rome si elle tenait à sa vie, chacun étant persuadé que le connétable tirerait une vengeance terrible de sa fuite, qu'il considérait comme une grave insulte faite à sa maison. 11 ajouta, qu'autorisé par le roi Charles II, il venait lui offrir un asile en Angleterre beaucoup plus sûr à son avis que celui de Turin. Quelque secrets qu'eussent été ces entretiens, le nonce, MM. de Gomont et Servien en furent plus ou moins instruits. Le duc mis au courant des discours de milord Montagu, ou, à ce qu'on prétend, les ayant entendus lui-même, ne put s'empêcher de craindre que le voyage à Chambéry ne fût un prétexte pour la princesse de s'enfuir en Angleterre.

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Une dépèche du nonce' mentionnant ces bruits arriva à Rome en même temps que la lettre du duc annonçant au connétable le départ de madame Colonna. Ces nouvelles lui causèrent un accès de colère et de douleur difficile à décrire. La pensée du voyage en Angleterre surtout, qui lui ôtait toute espérance de ressaisir la fugitive, le mit hors de lui. Son courroux s'exhala particulièrement contre le duc, comme le raconte Foucher dans la lettre suivante, à Charles Emmanuel.

Rome, 19 avril 1673.

« ... Je trouvai le connétable l'homme le plus affligé du monde. Je lui rendis la lettre que V. A. R.. lui écrivit et je la lui laissai lire.

» J'attendis qu'il me parlât après, le premier, jugeant bien à propos de lui laisser en quelque façon digérer la première pointe de sa douleur avant d'entrer en matière avec lui. Enfin il commença par me demander si j'avais jamais connu personne traitée avec plus grande ingratitude qu'il l'était par madame sa femme. Je ne crus pas qu'en cette circonstance il m'appartint de condamner ou d'absoudre ni l'un ni l'autre, et je pris le parti de lui répondre, que je les trou-

1. Dépèche du 17 et 18 mai 1673, adressée au cardinal Altiéri, arclîives du Vatican.

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vais tous deux infiniment à plaindre de se voir séparés, par un effet de leur mauvais destin, après avoir vécu beaucoup d'années ensemble dans une parfaite union. Je lui dis ensuite, d'un petit préambule, que je connaissais par la lettre de V. A. R., que V. A. R. avait eu un très sensible déplaisir que la résolution de madame la connétable en s'éloignant de Turin, lui eût ùté le moyen et l'espérance de venir à bout de leur causer la satisfaction commune d'une sincère réconciliation pour laquelle, du côté de madame la connétable, V. A. R. avait dit et fait, et voulait continuer de faire tous les efforts imaginables. Je joignis à tout ceci toutes les raisons que j'avais étudiées dans la lettre de V. A, R. du 7 de ce mois.

» M. le connétable revenu peu à peu à luimême me répliqua de grands compliments sur les honnêtetés infinies que je lui avais dites dans l'intention de V. A. R. ; mais il passa cependant à me dire, par une espèce de reproche : que V.A.R., malgré sa bonne volonté poiœ lui, Ji'avait pas laissé de faire, par ses ordres, que madame la connétable fût servie pour son retour au delà des Monts de toutes sortes de commodités, particulièrement de carrosses de V. A. R. à la sortie de Turin et accompagnée même d'une brigade des gardes-du-corps de V. A. R. J'ai su qu'un courrier extraordinaire venu de France, et qui avait trouvé madame la connétable à Lanslebourg, lui avait dit tout cela. Je ne trouvais pas

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autre réponse à faire si ce n'est que je lui alléguai la j^arole royale et inviolable que V. A. B. avait donné à madame la connétable avant qu'elle entrât à Turin^ et en bonne intention même pour M. le connétable, qui devait avoir de la joie qu''elle se fût approchée jusqu'en Piémont, où elle ne serait pas entrée sans cette parole de V. A. R.^ y>

Ici Foucher interrompt son récit pour faire une réflexion qui témoigne du véritable intérêt qu'il porte à la connétable : « Je confesse à V. A. R. que j'ai été extrêmement surpris de cette dernière résolution qu'elle a prise, et dont elle me parait plus à plaindre que personne, car de la première princesse de Rome qu'elle était, et la plus respectée et aimée, sa fortune me paraîtra bien déchoir quand elle passera sa vie, allant de pays en pays, cherchant des asiles. Cependant, comme elle a très bon esprit, il faut bien croire que de puissantes raisons l'ont portée à une telle extrémité. Je voudrais de bon cœur, aux dépens de mon sang et de ma vie, pouvoir essentiellement la servir, dans l'état où elle est maintenant. »

Après ces réflexions fort sensées, Foucher revient au connétable :

« Hier, après dîner, j'allai voir dans son palais M. le connétable, savoir s'il me donnerait une réponse pour V. A. R. Il me dit qu'il ne manque-

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