MARIE M A X C I N I C 0 L 0 N N A
que, probablement, elle se déciderait à retourner à Rome, quand son frère viendrait la chercher. Je hasardai de demander si, pour ne pas perdre de temps, M. de Nevers ne pourrait pas venir la chercher avant la délivrance de sa femme; elle répondit qu’elle ne voulait pas partir avant, ni même tout de suite après, désirant jouir de la société de sa belle-sœur pendant le voyage, et arriver avec elle à Rome. »
Ce dernier argument dut paraître assez plausible au cardinal Altiéri, car il savait que madame Colonna redoutait les moqueries et les propos malins des princesses romaines qui ne l’aimaient point. Il était naturel qu’elle préférât rentrer à Rome avec l’appui de ses parents, même vis-à-vis du connétable.
Après cette conversation, le nonce jugea nécessaire de présenter son bref, et, dès le lendemain dimanche, jour d’audience du duc, il le lui rendit en main propre. Charles-Emmanuel reçut le bref avec tout le respect possible et en prit lecture sur-le-champ.
A notre cher fils Charles Emmanuel , duc de Savoie.
Clément X pape.
« Notre noble et cher fils. Salut.
» Comme nous avons appris que notre chère
fille en Jésus-Christ, la noble dame, connétable Colonna, s’est rendue récemment dans ton duché et que nous savons aussi combien Ton Altesse peut contribuer et concourir à la paix d’une famille pour laquelle nous avons une amitié et une estime spéciales, nous envoyons vers toi notre nonce apostolique, l’archevêque de Patrasso, afin qu’il t'expose ce que, devant le Seigneur, nous avons jugé bon pour atteindre ce but.
» Dans l’espoir que tu l’écouteras favorablement, nous accordons à Ton Altesse de tout notre cœur notre bénédiction apostolique.
» Donné à Rome le 11 février 1673, la troisième année de notre pontificat. »
Apres cette lecture, le duc répondit au nonce que, partageant les désirs de Sa Sainteté, il avait parlé si sévèrement à la connétable, qu’il l’avait fait pleurer, lui disant qu’il considérait son arrivée en cette ville comme un premier pas en faveur d’une réconciliation ; mais que si elle continuait à s’y refuser, il pourrait fort bien la traiter comme le roi de France, et lui interdire le séjour de ses États. Le nonce, étonné et effrayé de cette brusque déclaration, demanda à S. A. R. si elle ne croyait pas que tant de rigueur ne réduisît madame Colonna au désespoir, et ne lui lit prendre quelque résolution extrême, en se voyant ainsi abandonnée de tout le monde. Le duc le rassura vite.
« Dès que je m’aperçus, lui dit-il, du grand trouble et de l’émotion causée par ces paroles à madame la connétable, je m’empressai de la calmer et de lui promettre que je ne permettrais jamais qu’on usât de violence avec elle, et je lui donnai ma parole d’honneur de la protéger, quelque parti qu’elle prît, soit de rester à Turin, soit d’en partir. »
A cela, le nonce, trop rassuré, répartit timidement:
« Mais le connétable ne désire point qu’on laisse ainsi Madame libre de partir ou de rester, il entend qu’elle demeure à sa disposition et sous ses ordres. Le duc répondit toujours qu’il voulait maintenir sa parole vis-à-vis de la princesse, et que rien ne le ferait agir autrement. Je crains bien, écrit le le nonce, qu’il ne soit impossible d’en obtenir quelque chose. »
Si le nonce demeura fort inquiet sur le résultat de sa mission, le pape, le cardinal et le connétable ne le furent pas moins en lisant la réponse de Charles-Emmanuel au bref de Sa Sainteté ; la voici :
Le duc de Savoie au pape Clément X.
« Le très affectueux bref de Votre Sainteté, qui m’a été présenté par monseigneur l’archevêque
de Patrasso au sujet de la réunion de madame la connétable Colonna et de son époux, aurait réussi par lui-même à me servir de puissant stimulant pour concourir à une si belle et si bonne œuvre, si je n’avais pas été déjà disposé à y mettre tout l’empressement que l'on peut désirer en moi.
» Je prie Votre Sainteté d’en être persuadée comme le lui aura déjà attesté monseigneur de Patrasso, avec lequel je m’en suis expliqué, assurant Votre Sainteté que je ne me laisse dépasser par qui que ce soit dans la passion de me conformer à ses très prudents conseils et à ses précieux commandements. Et je prie le Seigneur qu’il exauce mes vœux pour la longue prospérité de Votre Sainteté, dont je baise les pieds sacrés.