CONTRE LES AFFLICTIONS INUTILES
Encore que je me sois retiré assez loin hors (lu monde, la triste nouvelle de votre affliction n\a pas laissé de parvenir jusques à moi. Si je vous mesurais au pied des âmes vuli^aires, la tristesse que vous avez témoignée dès le commencement de la maladie de feu madame de Z. me ferait craindre que son décès ne vous fut du tout insupportable; mais ne doutant point que vous ne vous
1. Discours de la Méthode et Choix de lettres, édition FirminDidot, pp. IS3, ISi, WMn^ à M.Channt du bjuin Ibil.
1. Discours de la Méthode et Choix de lettres, édition Firniin Uidot, p. 1('>0, lettre à M. Ctianut, du t> mars 1646.
EXTRAITS DE DKSCAllTKS
EXTRAITS DE DESCARTES
jçouveniicz (iiilièrement selon la laisuii, je me persuade qu'il vous est beaucoiip plus aisé de vous consoler et de reprendre votre Iranquillité d'esprit accoutumée, maintenant qu'il n'y a {)lus du loul de remède, que lorsque vous aviez encore occasion de craindre et d'espérer. Car il est certain que res|)érance étant du tout otée, le désir Cesse, ou du moins se relâche et perd sa force, et quand on n'a que peu ou point de désir de ravoir ce qu'on a perdu, le regret n'en peut être fort sensible. H est vrai que les esprits faibles ne goûtent point du tout cette raison, et que, sans savoir eux-mêmes ce qu'ils s'imaginent, ils s'imaginent que tout ce qui a autrefois été peut encore être, et que Dieu est comme obligé de faire pour l'amour d'eux tout ce qu'ils veulent; mais une âme forte et généreuse comme la vôtre, sachant la condition de notre nature, se soumet toujours à la nécessité de sa loi, et
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bien i]ue ce ne soit |)as sans quelque peine, j'estime si fort l'amitié, que je crois que tout ce que l'on soulîre à son occasion est agréable, en sorte que ceux mêmes qui vont à la mort pour le bien des personnes qu'ils affectionnent, me semblent heureux jusques au dernier momt^nt de leur. vie. Et quoi que j'appréhendasse pour votre santé, pendant que vous perdiez le manger et le repos pour servir vous-même votre malade, j'eusse pensé commettre un sacrilège, si j'eusse taché â vous divertir d'un office si pieux et si doux. Mais maintenant que votre deuil ne lui pouvant plus être utile ne saurait aussi être si juste qu'auparavant, ni par conséquent accompagné de cette joie et satisfaction intérieure qui suit les actions vertueuses et fait que les sages se trouvent heureux en toutes les rencontres de la fortune, si je pensais que votre raison ne le put vaincre, j'irais importunément vous
KXXnAlTS DE lIKSr.AHTES
trouver, el lâcherais par tous moyens à vous (liveilir, à cause que je ne sach(! point (l'aulre ivniède pour un 1<"I mal. Je ne mels pas ici <'n ligne de com|)le la perle que vous ave/, laile en lanl (in'.dle vous ref;arde, et que vous êles privé «l'une compagnie que vous chérissiez extrêmement; car il me semhle que les maux qui nous louchent nous-mêmes ne sonl i)oinl comparables à ceux qui louchenl nos amis, et qu'au lieu que c'est une vertu d'avoir pitié des moindres aflliclions qu'ont les autres, c'est une espèce de lâcheté de s'aflliger |)Our aucune des disgrâces que la fortune nous peut envoyer'.
1. Diseotirs <li' lu Méllimle et Choix (le Icllies, édition Firmin Diilot, pp. 24:t, 24i, Icltre à M. de Ziiylichcm sur In iniirl (le s,i l'ciiiiii.', du romiiii-nremenl d'avril Ifi37.
QUELQUES EXTRAITS DE NICOLE (traité de la prière 1)
Quil faut prier toujours sous peine de ne jamais prier.
L*oraison particulière renferme une cessation de toute autre action, une application entière de Tesprit et du cœur à Dieu. Mais l'oraison qui doit être continuelle, doit être jointe h nos autres occupations. Elle n'empêche pas notre esprit de s'appliquer aux niïaires, mais seulement de s'y livrer, et de s'y abandonner. Elle ne retranche que les pensées inutiles. Et à Tégard de celles qui
1. Traité de la Prière, par Monsieur Nicole, à Paris chez J.-Fr. Josse, à la Couronne d'épines et à la Fleur de lys d'or, et chez J,-B. Dclépinc, à In Victoire et au Palmier, MDGCXL.
QUELQUES EXTRAITS DE NICOLE
QUELQUES EXTRAITS DE NICOLE
sont utiles, elle ne fait (|u'eii modérer l'iiii pression, de peur qu'elles ne s'eni|)arent si [deinement de l'esprit qu'elles en bannissent le souvenir de Dieu.
Ainsi cette oraison continuelle n'est autre chose que ce que l'on appelle Texercice de la présence de Dieu et la pratique de la vigilance chrétienne, qui empêche l'esprit de se dissiper et de se répandre trop au dehors, qui joint à toutes les actions une vue secrète de Dieu et un désir de lui plaire, et qui nous fait recourir sans cesse à lui par des regards secrets.
Il est clair que l'oraison continuelle ainsi entendue, est une disposition nécessaire à l'oraison qui se fait à certaines heures particulières. Car il ne faut pas s'imaginer qu'après avoir donné une entière liberté à ses sens et à ses pensées; après avoir laissé entrer dans son esprit une foule d'images qui y font de vives impressions, et y laissent des traces profondes qui se renouvellent à tout moment; après avoir oublié Dieu tout le long de la journée, on en puisse rappeler le souvenir et bannir les idées
des choses du monde à Theure que nous aurons destinée à l'oraison'.
Ceux (parmi les premiers Chrétiens) qui n'avaient pas soin de se préparer à cette grande ttMitalion (l'apostasie pour éviter le martyre), (jui vivaient dans le relâchement, qui s'attachaient au monde, qui en goûtaient les plaisirs, succombaient d'ordinaire aux tourments. Et ceux au contraire qui s'y préparaient par une prière continuelle accompagnée de pénitence et de mortification; ceux qui avaient toujours leur vie dans leur main pour la donner à Dieu, demeuraient ordinairement fermes dans le combats
Voir la loi de Dieu et la çolonté de Dieu sur nous par toulcs leurs faces; ainsi ne pas être précipité ni téméraire, ne prendre pas une place à laquelle on n'a pas droit et quon na pas
\. Tome 1, pp. 2 cl 3 (Livre I, chap. i).