L'AMITIÉ
On [un prince
doit aussi distinguer entre les sujets, les amis ou alliés, et les ennemis : car au regard de ces derniers on a quasi permission de tout faire, pourvu qu'on en tire quelque avantage pour soi ou pour ses
1. Discours de la Méthode et Choix de lettre^, éditioii Firmin Didot, p. 1^0, icure à Madame Elisabelii, de soplem-
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i;XTHAlTS DK DESCAHTES
EXTRAITS DE DESCARTES
Mijils, ei je lie désapprouve pus en eette occasion (lu'on accouple le renard avec le lion, el qu'on joigne l'arlifice à la force. Même je comprends sous le nom d'ennemis tous ceux qui no sont point amis ou alliés, pour ce qu'on a droit de leur faire la guerre quand on y trouve son avantage, et que, commençant à devenir suspects et redoutables, on a lieu de s'en détler. Mais jexcepte une espèce de tromperie, qui est si directement contraire à la société, que je ne crois pas qu'il soit jamais permis de s'en servir, bien (jue notre auteur IMacbiavel] rap|)rouve en divers endroits, et qu'elle ne soit que trop en pratique : c'est de feindre d'être ami de ceux qu'on veut perdre, afin de les pouvoir mieux surprendre. L'amitié est une cbose trop sainte pour en abuser de la sorte; et celui qui aura pu feindre d'aimer quelqu'un pour le trahir, mérite que ceux qu'il voudra par
aprèsaimervérilablemenl n'en croient rien, et le haïssent \
On peut dire l)eancoup de choses en peu de temps, et je trouve que h\ longue fréquentation n'est pas nécessaire pour lier d'étroites annitiés, lorsqu'elles sont fondées sur la vertu ".
A cause que nous ne pouvons pas aimer également tous ceux en qui nous remarquons des mérites égaux, je crois que nous sommes seulement obligés de les estimer également; et que le principal bien de la vie étant d'avoir de Tamitié pour quelques-uns, nous avons raison de préf('rer ceux à (|iii nos inclinations secrètes nous
1. hiicouvs de la Mëtfiode el Choi.r de lettre^ , tHlilfun Finnin Didot, p. l2o, lettre à Madame Klisabeth, du 15 septeinhie ic.ic. U s'agit, dans toute cette lettre, du « rrince » de Machiavel.
2. Discours de la Méthode et Choix de lettres, édition Firniin Didot, p. 164, lettre à M. Ghanul, du i" novembre 1646.
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EXTUAITS 1)K DKSCARTES
joignenl, pourvu que uous r('inar(iui(»ns aussi on eux du mérilo. Oulrc <!ne, lorsque cos inclinalions secnMos oui leur cause (M1 rcspril, el non dans le corps, je crois qu'elles (loi\eiil toujours (Mre suivies; (^l la marque principale qui les lait ooiinaîlre, est que celles cpii viennent de l'esprit sont réciproques, ce qui narrive pas souvent aux autres'.
Je me plains de ce que le monde est trop gi-and à raison du peu d'honnêtes gens (|ni s'y trouvent; je voudrais qu'il fussent tous assemblés en une ville, et alors je serais bien aise de quitter mon ermitage pour aller vivre avec eux, s'ils me voulaient recevoir en leur compagnie : car outre encore que je i'nie la multitude, à cause de la quantité des impertinents el des impor-
luns qu'on y rencontre, je ne laisse pas de penser que le plus graïul bien de la vie est de jouir de la convci'sation des personnes que l'on eslime '.