Tonie 11, p. 14 (I ivre I, chap. i
QUELQUES EXTRAITS DE NICOLE
QUELQUES EXTRAITS DE NICOLE
Qu'est-ce donc qu'aimer Dieu:^
Qu'est-ce donc qu'aimer Dieu, ou avoir une véritable contrition de son péclié? Que chacun consulte son cu^ur, et s'il y trouve quelque affection un peu violente ou de mari envers sa femme, ou de père envers ses enfants, ou d'ami envers son ami, qu'il en examine les mouvements, et il lui sera facile d'apprendre ce que c'est qu'aimer Dieu, et de reconnaître qu'il y a beaucoup de personnes qui se persuadent de faire souvent des actes d'amour de Dieu, qui n'ont pas seulement les ombres de cet amour, ga'est-ce que tous les hommes entendent, quand ils disent ([u'une honnête l'emme aime son mari? Ne veulent-ils marquer autre chose, sinon (pie cette femme pense souvent en ellemême qu'elle l'aim.^, comme on prétend que former la même pensée au regard de Dieu, ce soit l'aimer? Jamais |)ersonne n'eut ce sentiment, et il se trouvera beaucou[) defemmesqui ont eu des affections très ardentes pour leurs
maris, et qui peut-être jamais en leur vie n'ont fait de semblables réflexion^,. Une femme aimer son mari, c'est avoir une certaine inclination dans sa volonté qui la porte avec une douce et secrète violence à le servir, à lui obéir, à se conformer à ses volontés, à s'efforcer de lui plaire en toutes choses, à n'être touchée que de ses intérêts, et à n'avoir de joie que dans son contentement, à ressentir plus vivement ses afflictions que les siennes propres, à trouver des charmes dans sa présence, à languir dans son absence, à ne craindre rien tant que de blesser en la moindre chose la pureté de son amour, et enfin à être prête de donner sa vie, si l'occasion s'en présentait, pour conserver celle de son mari. 'Voilà ce que les hommes appellent aimer, et non pas des paroles et des pensées qui ne sont que des productions de l'esprit, et non des effusions du cœur.
C'est par cette image imparfaite que nous devons juger si l'amour de Dieu règne dans nos âmes *.