‹ Une promenade dans Paris -impressions et souvenirs [microforme]Chapitre 4 sur 5 · ARDENNE TR PATIENTS ER · texte numérisé non relu

ARDENNE TR PATIENTS ER

82 JOSEPIH MARMETTE

Mais, de tous les portraits exposés, celui qui attire le zius les regards, représente une des femmes les plus accomplies, les mieux douées du côté de l'esprit et de la beauté, dont le pinceau d'un grand peintre ait jamais fixé Jes traits sur la toile. Demi-assise, demicouchée sur une chaise longue, elle pose dans un négligé étudié avec tout le raffinement propre à mettre en relief Les formes les plus exquises, mais qui serait fatal à toute beauté tant soit peu moins parfaite. Nuave figure de brune «u teint clair et aux longs veux noirs d'une pénétrante douceur, elle penche vers nous son front qu'illumine l'uuréole d'une intelligence hors ligne agrémentée d'une expression de bienveillance extrême. Epaules et gorge d'une blancheur et d'un modelé à faire rougir celles de la Madeleine au désert du Corrége, beaux bras découverts qui pendent dans un abandon plein de charme et &'une gracieuseté de lignes telles que les dut rêver le grand inconnu cui seuljita la Vénus de Milo, les pieds nus — pieds d'enfants qui tiendraient dans la main — cet adorable corps s'enlève, avec une vérité qui li donne Ia vie, sur un rideau cramoisi tendu au fond d'une pièce à colonne s'ouvrant sur des massifs d'arbres. Ni grande est la perfection à laquelle le peintre en est arrivé, si empoignante cette fascinatrice beauté, qu'apres l'avoir contemplée quelque temps, il vous semble que le souflle de la vie soulève sa poitrine e{ que voris allez tomber à ses pieds

Cette admirable peinture est l'attirant portrait de Mme Récamier qui, depuis 14 fin du sièc'e dernier jusqu'au milieu de celui-ci, vit un empereur et toute une armée de princes, de généraux et d'écrivains les plus distingués, l'assiéger de leurs hommages et de leurs adorations. Tous furent ses amis: Napoléon et Lucien Bonaparce, Adrien et Mathieu de Mont-

morency, le général Bernadotte, Camille Jordan, le neveu du grand Frédéric, le prince

Auguste de l'russe, qui, apres avoir fait peindre ce portrait d: Mme Récamier par le baron Gérard, voulut en faire le princier cadeau à l'original ; Benjamin Constant, Ballanche, Ampère qui fit, dit-on, sa promenade en Amérique pour se distraire un peu du souvenir de son amour malheureux, et enfin, et surtout, Chateaubriand. Cependant, aucun ne fut jamais sen amant, et, pour eux tous qui s'en désespéraient en vain, elle fut tout.ce que par nature elle pouvait être, leur laissant au moins cette consolation suprême de pleurer leur malheur en commun

Mais, voici que sur toutes ces toiles célèbres, les tons clairs commencent à se fondre avec les parties ombrées :; c'est le jour qui s'en va, Nous laissons à regret tous ces grands moris et toutes ces célébrités contemporaines s'épunouir dans leur gloire, et nous redescendons parmi les vivants, .

Pendant que les brillants équipages s'ébranlent à la suite les uns des autres, pour ramener chez elle la foule élégante, encore tout émerveillé d'avoir vu défiler devant moi cette étonnante procession d: eélébrités dont Île rayonnement iiumine ce siècle, je m'en vais m'appuyer sur le parapet qu quai, en face du palais des Beaux-Arts, Le soleil se conche dans ln porape de sa majesté parisienne, Sur l’autre rive, en face, l'immense bâtiment du Louvre se fond dans un nuage d'or, tandis que Ja Seine semble rouler de l'argent en fusion. À droite et derrière nous, du côté de la cité, les aiguilles de la Sainte-Chapelle, les vitraux de Notre-Dame, elochetons, te relles et rosaces, ainsi que l'interminable trainée de fenêtres et de toits qui dominent les deux rives, étincellent, miroitent et poudroient dans un incomparable flamboiement ; tandis que, sur la rive gauche, les grands arbres du jardin des Tuijeries et de l'avenue des Champs-Elysées se poudrent la tête de poussière d'or, Tout ià-bas,

au point culminant du lointain, l'Arc de triomphe de l'Etoile — rêve gigantesque du grand

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