‹ Une Province Procuratorienne: Le Procès de Jésus-ChristChapitre 63 sur 110 · L. L’'arrestation et l'intervention du Grand Sanhédrin · texte numérisé non relu

L. L’'arrestation et l'intervention du Grand Sanhédrin

L'an de Rome 783, un soir aux environs de la fête de la Pâque!, Jésus, étant à Jérusalem, s’en alla après le

1. Ilest à peu près impossible de savoir quel jour se passa le procès du Christ. La tradition le place dans la journée du 14 nisan, un vendredi. Elle repose sur les observations suivantes :

1° Le jugement et l'exécution eurent lieu le même jour. Orce jour est qualifié de 7p05466170v, c'est-à-dire de veille du sabbat par Mare, xv, 42. Luc, xx, 54, dit que le sabbat allait commencer, au moment où Jésus fut inhumé; et Jean, x1x, 42, rapporte la même indication. Or le sabbat, allant du vendredi au coucher du soleil . jusqu’au samedi au coucher du soleil, le procès comme l'exécution aurait eu lieu le vendredi.

29 Pendant le portement de la croix, Jésus est aidé par un Juif de Cyrène qui est représenté comme revenant des champs : à àypoÿ (Luc, xxu1, 26); il ne peut donc s’agir du sabbat, du samedi, qui n’est pas un jour ouvrable.

Mais inversement, le soir même de son arrestation, Jésus est représenté comme faisant avec ses disciples le repas pascal (Matthieu, xxvri, 19 et 20 ; Marc, x1v, 16 et 17 ; Luc, xxrr, 13 et 14h Or l'agneau pascal devait être mangé le 15 nisan ; l'arrestation aurait donc eu lieu le vendredi soir et le jugement le samedi ; ce qui est contredit à nouveau par le texte de Jean, xvirr, 28, qui affirme que durant le procès, les Juifs ne voulurent pas pénétrer dans le prétoire, de peur,-étant souillés, de ne pouvoir manger la Pâque.

Il est donc à peu près impossible d’arriver à une solution conciliant ces idées et ces textes; toutefois la solution traditionnelle

paraît la plus vraisemblable,

repas, avec ses disciples au delà du Cédron sur la montagne des Oliviers!. Il priait et ses apôtres dormaient

A. Jean, xvrrr, 1. — Puisque nous avons fait nos premiers renvois aux textes évangéliques, nous tenons à nous expliquer sur le rôle que nous leur attribuons. Notre intention n’est pas de faire œuvre de critique et de rechercher par exemple si l’évangile de Jean doit ou non lui être attribué ou si dans les synoptiques nous possédons une version originale, Sans doute, au cas où, avec M. Reinach (La curiosité de Tibère dans Mythes et Religions, Paris, 1908), on admet qu’au même titre que les miracles, ni le procès ni l'exécution de Jésus n’ont eu lieu, le présent travail n’a plus de raison d'être. Mais puisque les critiques les plus sévères s'accordent pour trouver, dans les synoptiques au moins, un récit fidèle de l'affaire, il est possible de rencontrer des bases sérieuses pour une étude juridique du procès de Jésus. Strauss (Vie, II, 2, p. 478) accepte presque en bloc les trois premiers évangiles pour la partie qui nous concerne, et si M. Loisy donne la préférence au texte de Luc pour l’interrogatoire devant Pilate (Évang. synopt., Il, p. 634), il reconnaît que nous pouvons trouver dans les autres évangiles des renseignements précieux sur la procédure qui se déroula devant le procurateur (cf. dans l’Introduction, t.T, ch. 11, p. 59 à 84, son Étude sur les trois premiers évangiles et la critique moderne). Dans un style ampoulé, Tolstoï reconnaît que tout n’est pas faux dans le récit évangélique ; le comparant à une fresque, il le croit recouvert d’enduit pour l’époque précédant la naissance du Christ, pour les miracles, pour la résurrection ; en sorte que a contrario il paraît reconnaître la vérité de ce qui est récit proprement dit et les événements de la Passion sont dans ce cas (L. Tolstoï, l'Évangile, fragm. parus dans la Revue bleue, 27 fév. 1904, p. 263).

Quant à l’évangile de Jean, nous pourrions, pour en tirer parti, nous appuyer sur l’autorité de Renan qui, dans un appendice à sa Vie de Jésus, en a reconnu l'authenticité. Strauss (op. cit., préface de la 3° éd., tr. fr., [, p. vi), à un moment donné, n'osa plus se déclarer convaincu de sa fausseté ; mais dans la 4° éd. non traduite, il reprit plus fortement parti encore contre l’authenticité. Non pas d’ailleurs que le fait d'y voir l’œuvre d’un disciple de Jean enlève toute autorité au récit. Mais un critique est venu qui a vu dans l’évangile de Jean le travail d’un savant chrétien du x siècle; bien plus il y aurait là non plus un récit plus ou moins authentique mais une représentation symbolique des faits du r° siècle : comme le dit M. Loisv (Le quatrième évang., p. 821), « la passion de Jésus est d’un bout à l’autre comme le type des persécutions chrétiennes ». On arrête Jésus comme on le fait pour un chrétien; Jésus répond au procurateur, comme un chrétien répond à son juge. Ce qui a fait

Page 1