‹ Une province romaine sous la républiqueChapitre 2 sur 19 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce livre n'est que la réédition en langue française d'une thèse latine soutenue en 1859 devant la Facalté des Lettres de Paris.

La première idée de cette transformation fut suggérée à Fauteur, vers Tannée 1866, par la recrudescence de goût qui se produisit en faveur des études romaines, à la suite des grandes publications de MM. Mommsen, Ampère, de Broglie, Beulé, etc. L'histoire de Rome était devenue en quelque sorte le champ de bataille des opinions. On répondait à la Vie de César par les Propos de Lahienus, On s'excommuniait réciproquement, on se pourfendait au besoin avec les souvenirs des Gracques et de Gatilina, comme avec ceux d'Auguste, de Tibère et de Néron.

C'est alors que les premiers chapitres de cet ouvrage furent insérés (on n'ose dire piiUiès) dans une Revue de

viij

province. L'auteur, moins préoccupé des disgrûces de la liberté, qui ne sera jamais déûnitivement prescrite en France, que des dangers préparés à Tordre social par d'audacieuses revendications, apportait son modeste contingent d'observations historiques à la défense des principes qui lui sont chers. Nul n'y prit garde. Puis, la Revue cessa de paraître, et la guerre des pamphlets fit place à d'autres guerres, hélas! qui nous dispensèrent d'ouvrir les livres pour y étudier l'histoire romaine. Elle passait littéralement sous nos fenêtres. Nous vîmes s'effondrer, dans une mémorable catastrophe, les splendeurs d'un nouveau règne d'Auguste, qui n'a point survécu au désastre des légions de Varus. Nous entendîmes retentir, dans des forums improvisés, les motions subversives d'Apuléius Saturninus et de Glaucias. Nous assistâmes môme au triomphe passager de Gatilina, et le mot fameux, incendium ruina restinguam, ne resta pas pour nous à l'état de simple menace. La maison de Gicéfon tomba une seconde fois sous la hache des bandes de Glodius. Les trophées de Gésar s'abîmèrent 'sur un lit de fumier, aux applaudissements des petits-fils d'Arioviste et d'Arminius.

De quelques nuages que puisse être encore chargé l'horizon de notre chère patrie, l'apaisement momentané qui s'est fait dans les esprits et dans la rue semble

offrir une heure propice aux utiles et calmes études du passé, et nous reprenons, en 1876, Toeuvre interrompue de 1866.

Car il faut songer à Tavenir. S'il s'agissait, il y a dix ans, de soutenir un pouvoir battu en broche par les factions, il s'agit aujourd'hui de mettre un autre pouvoir en garde contre les décevantes conséquences de son principe. Le temps n'est plus aux livres d'opposition, ni aux guerres d'allusions. Tout bon citoyen doit ses respects à un gouvernement en qui s'incarne pour le moment l'auguste majesté de la France vaincue et amoindrie ; mais il lui doit aussi le concours, si faible qu'il soit, de son expérience et de ses lumières.

Le point particulier de la vie de Cicéron, qui est le sujet de cette étude, n'est sans doute qu'un petit coin du vaste tableau que l'histoire des derniers temps de la République romaine déroule à hos regards. Il permet toutefois de saisir sur le vif un des vices les plus invétérés et les plus funestes de cette constitution républicaine, qui avait assis la liberté et la grandeur de Rome sur la servitude et l'abaissement du monde. Il montre, par un exemple dont l'autorité ne sera pas méconnue, que toutes les formes politiques ne sont pas arbitrairement applicables à toutes les situations, et qu'il y a, dans la nature des choses, de certains obstacles contre lesquols

ne saurait prévaloir la vertu même d'un Gaton ou le génie d'un Gicéron. Il apporte, enfin, un argument de plus à cette vérité toujours acceptée en principe, trop souvent oubliée dans la pratique : que ce ne sont pas les sociétés qui sont fttites pour les gouvernements, mais que ce sont les gouvernements qui sont faits pour les sociétés.

Et de là découle naturellement une grande leçon.

Rien ne ressemble moins par le dehors à la République romaine que celle qui a été organisée chez nous à la suite de nos revers. La cité antique était fondée sur le privilège et sur l'esclavage : l'égalité est à la base et la liberté au sommet de toutes nos institutions. Les provinces françaises ne sont pas assujetties à un régime sensiblement différent de celui de la capitale, et si nos préfets contemporains ne sont pas tous des Cicérons, ils ne sont pas non plus des proconsuls. Mais au fond, nous souffrons du même mal que les Romains du temps de César : nous sommes en proie aux mêmes divisions, rongés par la même anarchie, démembrés, si l'on peut dire, par les mêmes partis.

La question n'est donc pas de savoir s'il faut faire aujourd'hui une part plus large aux franchises locales et aux autonomies municipales. La décentralisation nous apparaît, au contraire, comme une conception, moins

dangereuse sans doute, mais non pas moins chimérique que la Commune. La question est de. savoir si les intérêts d'une société tout entière peuvent être subordonnés et sacrifiés, comme ils le furent par la République romaine, à l'intérêt d'un petit nombre de politiciens qui vivent en quelque sorte de la chose publique, et qui mettraient le feu aux quatre coins du monde pour assouvir leur besoin d'intriguer et leur désir de dominer. ' La vie d'une grande nation peut-elle se concentrer éternellement dans les nobles et stériles agitations du Forum ? La liberté politique est-elle désirable et durable quand elle ne sert plus de garantie à l'activité nationale et au travail qui fait la grandeur des peuples ?

Ainsi envisagée, la simple histoire du proconsulat de Cicéron nous apprendra, mieux que celle des guerres civiles qui ont ensanglanté l'univers, pourquoi et comment les Républiques finissent.

L'administration des provinces romaines, au temps de la République, n'est pas une matière où il reste encore quelque chose à découvrir. Elle a été mise en lumière, bien longtemps avant nous, par des érudits du plus rare mérite, et avec de tels développements, qu'il serait aussi présomptueux qu'inutile d'y revenir après eux (1). Ce n'est pas notre dessein de recommencer des livres déjà faits, et très-bien faits. Mais comme

(i) Sigonius, de intiqwf jure provinc, — Beauforti la République romaine, — P. A. Du Pui, de jure proviîiciarum imp, rom, — Th. Frank, prolegg, in Ctc. aralt, Verr, de provinc, rom, forma alque administratione, — Greuzeri Abriti, d. Rœm. ant. — Gottiing, Gesch. der rœm, Staatsverf, — Walter, Gesch. der rœm. ReehU, — Hock, Bœm. Gescli.-^BevgMû, Die organisation der rœm, provinzen, — Tresling, De Bomanorum pntdentiâ in populii lub imper ium iuum subjunyendiê conspicuâ, — Marquardt, Handbuch der rœm. AUerthumer, etc., ete.

on s'accorde généralement à mettre au premier rang des causes qui ont amené la chute de la République romaine, les abus et les vices de l'administration provinciale, il nous a paru intéressant et opportun de rechercher si c'est par la faute des hommes, ou par celle des institutions elles-mêmes, que s'est accomplie cette importante révolution dans le gouvernement du monde, révolution (( qui fit que les provinces regardèrent la perte de la Hberté de Rome comme l'époque de l'établissement de la leur (1). »

L'un des écrhains de chez nous qui ont jeté le plus clair et le plus pénétrant regard sur la constitution romaine, M. Edouard Laboulaye, a dit : « Le peuple, en laissant le Sénat maître du gouvernement des provinces, donna à ce conseil de la République une prépondérance fâcheuse. Pour que ce pouvoir ne fût pas dangereux, il eût fallu, d'une part, que le Sénat s'imposât une modération constante, de l'autre, qu'il maintint les gouverneurs dans le devoir, et en Umi-

(4) Montesquieu, Enprit dfs loh, Xf, 10.

miKODUCTION

tant leur autorité, et en les soumettant à une exacte et sévère responsabilité ; mais il en fut tout autrement. Le Sénat, dans son égoisme (maladie commune aux grandes assemblées), rapporta tout à lui, et voulut avoir dans Rome la suprématie qu'il exerçait au dehors. Dans \e gouvernement extérieur, il agit avec un aveuglement non moins grand ; il laissa aux consuls et aux préteurs le pouvoir le plus absolu, non-seulement dans les provinces où les nécessités de la guerre exigeaient Tunité du commandement, mais encore dans les pays pacifiés où une telle puissance était inutile, etc. (1). » D'où il faudrait conclure que, si le Sénat avait été moins égoïste et plus sage, les provinces eussent été mieux administrées, et la République sauvée. Nous ne le croyons pas.

Nous avons choisi dans Thistoire de la République romaine Texemple d'une administration provinciale aussi douce qu'éclairée, aussi paternelle qu'intelligente, celle de Cicéron en Gihcie. Nous espérons démon-

(i) Ed. Laboulaye, Ktmi mr la Init crimin, des Rom,, p. 465

INTRODUCTIOiN

Irer, par cet exemple, que la forme même du gouvernement qui prévalait à cette époque était un obstacle essentiel, non-seulement à la liberté (il ne pouvait être question de liberté pour des vaincus), mais encore à la sécurité, au salut des provinces. Le débat est grave. Nous faisons un appel sérieux à tous les hommes de bonne foi ; nous ne prétendons pas leur insinuer que telle forme de gouvernement, en thèse générale, vaut mieux que telle autre; nous ne leur demandons pas rimpossible sacrifice de leurs convictions ou même de leurs prédilections ; nous nous appUquerons, au contraire, à bannir de ce travail toute allusion intempestive aux faits contemporains. Mais si nous réussissons à prouver que la province de Cilicie n'a recueiUi aucun fruit utile de l'excellente administration d'un homme tel que Cicéron, si grand à la fois par le génie et par le cœur, que sa situation même en a été aggravée plutôt qu'améhorée, peut-être un pareil argument donnera-t-il à réfléchir à ceux qui ne cherchent dans l'histoire que la vérité.

liNTRODUCTION

« Une République qui conquiert, a dit Montesquieu, ne peul guère communiquer son gouvernement et régir l'état conquis selon la forme de sa constitution (1). » Ainsi s'explique le singulier spectacle qu'offrait la République romaine aux derniers temps de son existence, un spectacle qui ne s'était pas vu auparavant, et qui, probablement, ne se reverra plus jamais : la liberté extrême et l'extrême servitude vivant côte à côte, sous la tutelle des mêmes magistrats, sous l'empire des mêmes lois, sous les auspices des mêmes dieux, ayant l'air de se soutenir Tune l'autre, et de se prêter mainforte, lorsque, en réalité, elles ne faisaient que se miner et se détruire réciproquement; la même ville qui tenait le monde entier attaché à sa domination par le plus dur et le plus étroit de tous les liens, régie elle-même par les lois les plus libérales et les plus larges; le même peuple qui avait lutté avec tant d'héroïsme au nom de l'égaUté, ravalant tous les peuples à la plus

(1) Montesquieu, Etprit den Lois, Utc, cit.

humiliante et à la plus abjecte des conditions ; les mêmes hommes enfin qui avaient versé leur sang dans le Forum pour assurer leur propre Uberté, le versant aujour- "d-hui sur tous les champs de bataille pour dépouiller Tunivers de la sienne ! Et ce n'est pas tout.

Tandis qu'à Rome les pouvoirs avaient été exactement et judicieusement séparés; dans les provinces, au contraire, ils étaient tous, l'exécutif, le législatif et le judiciaire, réunis et confondus dans les mains d'un seul homme. A Rome, la loi se faisait au grand jour, dans l'assemblée du peuple, avec la participation et sous le contrôle de tous, et, pour que nulle garantie ne manquât à la Uberté, les tribuns avaient le droit d'y apposer leur veto; les provinces la recevaient toute faite de l'initiative ou du caprice d'un proconsul. Les citoyens romains jouissaient du privilège de ne pouvoir être jugés que par le peuple; la fortune, la liberté, la vie même des provinciaux étaient à la merci du gouverneur. A Rome, aussi longtemps que les citoyens payèrent l'impôt, ils le payèrent

dans la juste proportion de leurs revenus; dans les provinces, les publicains levaient les contributions à leur guise, sans le moindre égard à la matière imposable, doublant, triplant, au gré de leur avidité, le chiffre normal des redevances, taillant, comme on dit, en plein drap, pillant, volant, assagginant au besoin^ et toujours assurés de Timpunité, soit en vertu des lois elles-mêmes (1), soit par la connivence intéressée des gouverneurs. Montesquieu, qui a tout pénétré et tout compris, résume admirablement cette situation : « La liberté était dans le centre et la tyrannie aux extrémités. » M. Ed. Laboulaye n'est pas moins expressif : (f Avec le pomœrium finissait la République et commençait YEmpire (2).

En de pareilles conditions, nous le demandons, à quoi pouvaient servir Thonnéteté, la modération, le désintéressement, toutes les vertus des proconsuls? Il est

(i) La loi Sempronia, œuvre de C Grtocfaus, donnait ans ebevaliers le droit exclusif de siéger dans les tribunaux, et d'y coanattre, comme juges, des crimes qu'ils avaient commis dans les pro* vinces comme traitants.

(2) Kttai iur lei loti criminêUei dei Bomaini, p. 4i.

triste, sans douté, que ces vertus-là n'aient pas autrement brillé que par leur absence, et que le type général des proconsuls de province se présente à nous sous les traits de ce misérable Verres, condamné par des juges qui regrettaient tout bas de ne pouvoir l'imiter. Mais, alors même que la proportion malheureusement constatée par rhistoire eût été renversée, et qu'il n y aurait eu qu'un seul Verres pour mille Cicérons, il est encore permis de douter que les provinces s'en fussent mieux trouvées. Vainement le proconsul essayait-il de tempérer, par sa propre humanité, les cruelles exigences de Yimperium, vainement s'efforçait-il d'agir en citoyen quand la loi l'avait fait tyran. Il ne pouvait se montrer juste et doux qu'à la condition de violer le mandat dont la République l'avait investi. Ses bonnes intentions venaient échouer, à tout instant, contre la formule de la province, contre la politique traditionnelle du Sénat envers les peuples vaincus (1), contre les pactes

(1) « Contre les mal versa lions ou les cruautés des magistrats, les provinciaux n^avaient point de défense; vœ rietis/ c'était la devise des Romains. » (Laboulaye, loc, cit.)

INTRODUCnON

des publicaiiis, et même, il ïaut bien le dire, contre la considération personnelle de ses intérêts et de son avancement.

Ajoutez que les pouvoirs des proconsuls expiraient légalement au bout d'une année, et que c était faire œuvre de bon citoyen de n en demander point la prorogation. Or, dans ce court espace de temps, ils pouvaient à peine se familiariser avec les besoins de leurs administrés, et ils quittaient la province justement quand ils commençaient à la connaître. Le dégir d'innover poussant naturellement tout magistrat à défaire tout ce qu'avait fait son prédécesseur pour le refaire mieux que lui, et le mieux étant l'ennemi du bien, c'était la province qui payait les frais de ces expérimentations successives. Au surplus, le proconsul envoyé en Macédoine, en Afrique ou ailleurs, s'y regardait comme en exil; ses préoccupations et ses pensées se tournaient sans cesse vers Rome, où il avait laissé sa famille, sa clientèle, ses intérêts les plus chers, et d'où seulement pouvaient lui venir les honneurs, les titres, les triomphes, tout ce qui devait stimuler, alimenter, assouvir son ambition.

Que dire enfin de ce singulier usage, 'iqui prévalut quelquefois, de tirer les provinces au sort et d'abandonner les destinées du monde comme aîix hasards djEi là loterie?

N'avait-on pas vu la Grèce, ce vénérable et délicat sanctuaire de la civilisation et des arts, échoir à un rustre tel que Mummius?

Et maintenant, Taride et sauvage Gilicie, un repaire de brigands, n'était-elle pas le lot du plus poli, du plus humain, du plus inteUigent des hommes, de M. TuUius Gicéron? Quelle dérision!

Gette administration provinciale de Gicéron a rencontré jusqu'à présent plus de panégyristes que d'historiens. Nous craignons qu'on ne l'ait trop envisagée à travers le prisme des Verrines, ou plutôt, comme elle tient relativement peu de place dans l'histoire du grand orateur romain, qu'on n'ait prêté qu'une attention distraite à cet épisode prétendu insignifiant d'une vie d'ailleurs si bien rempHe. Le coup de foudre du commencement contre Gatilina, la belle et tragique attitude de la fin sous les poignards d'Antoine, l'irréprochable probité de l'ensemble et le

prestige d*une parole toigours dévouée à toutes les nobles causes ont exercé sur la plupart des historiens (i) une sorte d'éblouissement et de fascination qui ne leur a pas laissé assez de liberté d'esprit pour descendre à loisir dans les obscurs et minutieux détails d'un proconsulat en Cilicie. L'érudition, qui vit de détails, pénètre volontiers dans ces recoins oubliés ou dédaignés par la grande histoire, et c'est là bien souvent qu'elle découvre les véritables causes, inconnues ou méconnues, des révolutions. On aime à se figurer par exemple que, si Pompée avait battu César à Pharsale, ou si Antoine avait triomphé d'Octave à Actium , le sort du monde en aurait éjté changé, et que la république romaine eût poursuivi à travers les siècles le cours de seë^ orageuses destinées. C'est une erreur. César, Pompée, Cicéron, Brutus, Antoine et Octave n'ont joué qu'un rôle secondaire dans les événements qui ont décidé la chute du gouvernement républicain. A leur défaut, il s'en fût trouvé

(i) Nous n^exceptons pas même le dernier, le plus eonsciencieux tt le plus brillant de tous» M. Gaston Boissier.

ii INTRODUCTION

d'autres pour livrer les batailles et pour ceindre les diadèmes. Du jour où Rome porta ses armes victorieuses en dehors de Tltalie, peutêtre même du jour où la conquête dépassa rétroite limite du Latium, on put dire que XEmpire était fait (1). La forme républicaine, excellente pour régir la vie concentrée d'une cité et de sa banlieue, ne pouvait raisonnablement s'appliquer au gouvernement du mondé entier. La révolution qui porta Auguste sur le trône ne fut que la tardive protestation et comme la revanche de Tunivers humilié. Cette étude le démontrera.

Mais avant de nous y engager, nous suppUons qu'on veuille bien ne nous prêter aucun sentiment hostile contre le grand homme qui en est l'objet. Nous n'apportons ici d'au-

(\) « Pour que la République devint l'Empire, il fallait que, de longue main et bien avant César, fût commencée la perte des institutions et de Tesprit républicain. Les révolutions sont ordinairement achevées quand Thistoire enregistre leur naissance : c'est l'édifice ébranlé qui s'écroule ; mais celui qui porte le dernier coup et qui recueille ou la gloire ou la honte, n'est jamais celui qui a préparé la ruine. Une révolution n'est que le triomphe dans l'Etat dMntéréts devenus prépondérants dans la société, et qui n'attendaient plus qu'une reconnaissance ofQcielle. » (Ed. Laboulaye, Eiiai sur lei loii criminelles des Romains, p. $).

tre passion que celle du vrai. Notre admiration pour Gicéron, pour son caractère et son génie, bien qu'elle date du collège, n'est point refroidie. Au contraire, une lecture plus approfondie et sans doute plus intelligente de ses écrits, Tapprentissage de la vie, et aussi (pourquoi ne le dirions-nous pas?) la funeste expérience des révolutions, nous ont fait apprécier de plus en plus la grandeur et la beauté de cette noble figure qui plane sur les derniers temps de la république romaine comme un symbole de modération et d'honnêteté. Pour nous, comme pour bien d'autres, Gicéron est la plus pure et la plus glorieuse personnification du génie romain, sans excepter Gaton ni Gésar lui-même. Quand nous aurons à parler de lui, nous laisserons de côté tous les travaux de seconde main, si estimables qu'ils puissent être. G'est sur son propre témoignage, tel qu'il se présente dans sa correspondance avec Atticus et ses autres amis, que nous essaierons de le juger. Nous serions bien malheureux ou bien maladroit si une élude puisée à de pareilles sources de-

H urrRODUcnoN

vait manquer au respect que commande cette illustre mémoire. Nous pouvons promettre du moins que la vérité y sera toujours respectée.

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