GR
University of Toronto
Correspondance entre Sir Hector LANGEvIN, M.
GEORGE STEPHEN, Président du Pacifique et M. L. A. SEnécaLr, Président du chemin de fer du Nord, sur l’achat du chemin de fer du Nord.
Montréal, 22 janvier 1884.
Sir Hector L. LANGEvIN, Ottawa, Monsieur,
En arrivant à Ottawa, mardi soir, le 19 courant, j'appris que dans un caucus des députés conservateurs de la province de Québec, tenu le soir même, vous aviez annoncé que la Compagnie du Pacifique ou M. Stephen devaient acheter les débentures du chemin de fer du Nord. Quelques minutes après, cette nouvelle me fut confirmée par vous-même, quand vous me fites demander à la bibliothèque du Parlement pour me dire que M. Stephen était prêt à acheter mes débentures. Si vous vous rappelez que certains journaux avaient annoncé que tout le bruit qui se faisait dans la presse et même parmi la députation sur la mesure du Paciflque était dû au mécontement que j'éprouvais d’avoir reçu de la Compagnie du Pacifique le refus d'acheter mes dében. tures, vous avouerez que l'effet de cette nouvelle ne pouvait être que l’explosion instantanée qui s’en est suivie dans la députation et qui, un instant, a découragé les plus animés. Par une singulière coïncidence, j'avais, en laissant Montréal, exprimé à plusieurs amis, entr’autres à M. A. B. Chafñfee, l’un des amis du Pacifique, mon intention d'aller à Ottawa dans
le but d'ajouter mes faibles efforts individuels à ceux qui étaient faits pour pacifier les esprits et J'avais mème commencé à agir dans ce sens. La seule conclusion à tirer de la nouvelle annoncée par vous, rapprochée de mes représentations pour la modération, c’est que l’on m'aurait acheté pour avoir la paix et que les députés:et les journaux qui avaient fait l'agitation n’avaient réellement été que mes instruments, ce qui était pourtant bien l’opposé de la vérité. C’est ce que je vous représentai ce soir là et c’est pourquoi je vous répondis que mes débentures n'étaient pas à vendre dans ces circonstances ; et que rien ne pouvait être fait sans une entente avec le Grand-Tronc, en ajoutant que ce serait dans l’intérêt général, parceque cette entente augrnenterait la valeur des actions du Pacifique et protègerait le gouvernement contre toute nécessité d’avoir à donner un aide additionnel. Mais pour vous donner l’occasion d'établir votre bonne foi, j’acceptai votre offre de rencontrer M.Stephen le lendemain, heureux si j'avais pu découvrir dans cette entrevue une chance quelconque de déterminer le Pacifique à aller à Québec. Il y a quatre jours de cela, le calme s’est fait à Ottawa, mais je ne me sens pas encore protégé contre limputation gratuite et non méritée que votre déclaration a fait naître. Je ne vous soupçonne pas d’avoir voulu me causer du tort; mais le tort est là et vous ne pourriez me refuser le droit de vous demander maintenant pour quelles raisons vous avez été la cause de cette injustice à mon égard, car vous deviez savoir que M. Stephen ne désirait pas me rencontrer, qu'il ne l’a pas fait et que ce que vous avez annoncé au Ccaucus à propos du chemin de fer du Norû et que j'ai été forcément obligé de faire nier le même soir, n’a pas été corroboré par les faits.
J’ai l’honneur d’être, Sir Hector, Votre très humble serviteur,