Charles de Galliarbois de MarcouTÎUe
2. Les Grands-ÂQgustins. L'église, restée célèbre par le nombre des mausolées et des tombes de personnages illustres qu'elle renfermait, servit ordinairement de lieu de réunion au Clergé de France, et quelquefois au Parlement et à la Chambre des comptes. C'est là que Henri lil institua Tordre du Saint-Esprit.
Le dimenche, du grand matin, flirent posez à la première porte du Temple età celle de Teglise des archers de la garde, afiln d^empescher rentrée au peuple, FafQuence duquel eut causé de la presse et desordre.
Sur les neuf heures arriva le nonce du pape, comme tost après les ambassadeurs d'Espaigne et de Venise, lesquelz furent menez chez le seigneur grand prieur de France ^ attendant Tarrlyée du Roy; et à mesmes fins fut aussy baiUé aux sept presidentz autre logis audit Temple. Messieurs le cardinal de Gondy et chancellier y arrivèrent peu auparavant Sa Majesté, et s'en allèrent droit à PegÛse; comme aussy mesdames de Nemours et de Nevers et mademoiselle de Guise. Les princes, assavoir : messieurs le prince de Gondé, de Montpensier, ducs de Guise, d'Ësguillon et de Nevers, messieurs le connestable, admirai, duc de Monbason, le grand escuier seigneur de Termes, Rocquelaure, de Vitry et plusieurs autres seigneurs, y arrivèrent avec Sadite Majesté, sur les unze heures.
Le Roy et la Royne estoient en une mesme carosse, et entre eulx deux estoit Alexandre Monsieur, lequel fut baillé par Sa Majesté audit seigneur grand prieur de France, qui Tattendoit avec les prieur de Ghampaigne, et les commandeurs et chevaliers, qui Taccompagnirent à la première porte dudit Temple, luy disant qu'il le menast chez luy. Puis, Sadicte Majesté suivit son chemin à Teglise, d'où il commanda à monsieur de Montpensier qu'il allast quérir le futur chevalier.
Monsieur de Montpensier^ ensemble les autres princes et monsieur de Yendosme, firere dudit Alexandre, allèrent au logis dudit seigneur grand prieur, pour accompagner à Teglise le futur chevaUer. Et parce que ladite église estoit pleine de personnes, il convint que lesdits princes, ledit seigneur grand prieur, commandeurs et chevaliers entrassent par une petite porte du costé du refectoir des religieux dudit Temple^.
Incontinent fut Pespée du futur chevalier beniste par monsieur de
1. Ils entrèrent par la porte spéciale de l'Hôtel prieural, dont la grande cour, comme on sait, était dans le genre de celle de l'hôtel de Soubise, en plus petit.
2. Au nord de l'église, à l'extrémité Est de ce qu'on appelait la Rotonde. On sait que l'église du Temple de Paris, inspirée du plan du Sâdnt-Sépulcre, était c(»nposée d'une nef circulaire avec collatéral , à laquelle on adjoignit plus tard un porche de deux travées, et un chœur de cinq travées, sans bas-côtés. Ce choeur était assez long pour permettre à une bonne partie de l'assistance d'y trouver place. Toutes les indications, données ici par le procès-verbal, se réfèrent à la troisième et à la quatrième travée du chœur. L'autel était à la quatrième.
Sainte^Foy^ evescpie de Neveirs, qui cdMsra la messe haulte; pendant laquelle estoîent les susdits placés et asi^s en eoste maniàre. C'est assçaTOir :
Tout joignant et au coing de la fermeture du grand autel, à main droicte en entrant, estmt assis en une chaire monsieur le cardinal de Gondy, et derrière luj, sur ung banc, les seigneurs evesques de Mailleaez, de Noyon, d'Angers, de BeauvaisetdeRieulx. Audessoubz desquels estoient monsieur le dianceliier et puis les sept presidens de la court, et maître Anthoine Loisel, bailly du Temple et advocat en ladite courte
De l'autre costé, joignant ladite fermeture du grand autel, estoient le seigneur grand prieur de France, assis sur une chaise de velours placée sur ung tapis de Turquie. A costé de luy, estoient assis le sei« gneur grand prieur de Ghampaigne et l'ambassadeur dudit ordre; et derrière iceulx, estoient debout tous les autres conunandeurs <et chevaliers.
Plus bas et de mesme costé estoient assis sur un banc couvert de toille d'argent parsemé de fleur de lis d'or en broderie, ainssy qu'ei^ toientaussy les autres bancs, le seigneur nonce du pape, avec les ambassadeurs d'Ëspaigne et de Venise.
Alentour du Roy furent toujours debout messieurs les princes, le grand escuier, de Rocqueiaure, et plusieurs autres seigneurs; et à chacun costé de Sa tiajesté, deux evesques : assçavoir, à main dextre, les evesques de Paris et de Chartres, et à la main senestre les evesques de Lodesve et de [Nevers] avec deux aubnosniers.
Dedans les chaires formes estoient les princesses et ducs, messieurs le connestable, admirai, chevaliers du Saint-Esprit, et plusieurs autres seigneurs, chacun fort pressé par la grande quantité de noblesse, et que le lieu pour une si grande cérémonie est fort petit. La musique du Roy, placée sur un échafault derrière le grand autel de ladicte église du Temple.
Au ftitur chevalier, qui estoit habillé de satin blanc fort passementé de clinquant, paré d'un carquam^ de pierreries fort riches
1. Cette dernière phrase a été ajoutée après eonp dans le procès-verbal, mais à la même époque. Le célèbre Loisel était directeur du bailliage du Temple, depuis 1595. J'ai trouvé la copie des lettres de provision de cet office, à lui délivrées le 30 janvier 1595, c pour récompense des services rendus à l'ordre, » par le grand prieur Bertrand Pelloquin. (Arch. nat., S. 5544, chap. m. Itaventaire en 1632 des titres de la maison, gr. in-fol.)
2. Large collier d'orfèvrerie, fort en usage depuis le xvi* siècle. Cf. V. Oay, Gloss. wrchéoL
ea escharpe, comme aussy les manches de riches médailes^ le bon^ hetdeTeiouFsnoiraYecun petit panache hlancq, ung cordon couvert de grosses et riches perles, fîit vestu d'une robbe de taffetas noir. Puis, s'estant mis à genoulx près le grand autel, accompaigné de monsieur et de madame de Yendosme et d'un commandeur député pour la conduicte en cette cérémonie, monsieur de Sainte-Foy, revestu pour célébrer la messe avec ses habitz et ornements pontifi'cauix, luy ayant &ict quelque petite remontrance touchant sur la profession qu'il esperoit foire, commença la messe.
Après Fevangille dict, le ftitur chevalier se présenta, vestu et foïé comme dessus, devant ledit seigneur grand prieur de France, tenant en sa main un cierge de cire blanche ardent, et, s'estant mis à genoulx sur un coussin de velours, luy fut baillé l'ordre de chevaUerie par ledit seigneur grand prieur, sous la forme et manière acoustumée. Pendant quoy le Roy, s'estant parti de sa place et approché de ce lieu où estoient ledit seigneur grand prieur et ledit chevalier, aidoit souvent audict chevalier à repondre aux interrogations qu'on luy faisoit; et disoit Sa Majesté qu'il laissoit la dignité de Roy, pour fou^oCBcedepere^
L'ordre de chevallerie donné et la messe parachevée, et les prières et cérémonies àcoustumées faictes, le nouveau chevalier se présenta de rechef devant ledit seigneur grand prieur, pour recepvoir lai^roix, ^ foire profession en la religion de THospital Saint-Jehan de Jherusalem« Le Roy s'estant de rechef aproché, promist pour ledit chevalier nouveau que, parvenu à l'aage de seize ans completz, il feroit les veufz qui ont accoustumez estre faictz en ladite religion.
Ce faict, et à Toccasion du grand nombre de peuple qui empes* choit le passaige, et qu'il n^estoit possible d'aller sans grande peine au logi& prierai, où ledit seigneur grand prieur a acoustumé de loger, pour y faire par ledit nouveau chevalier l'obédience acoustumée faire en ladite religion par les nouveaux profex, il la feit en ladite église, au mesme lieu où il avoit foict sa profession. Puis, estant devestu du manteau à bec^ duquel il avoit esté vestu, et de la robe
1. Très employées, antiques ou non, dans la bijouterie, depuis le xv* siècle. Yoy. diy. exemples curieux dans le Ghss. des émaux du M'' deLaborde.
2. Cf. le récit de De Thou, Hist. Univ,^ liy. 132, traduction française de Londres, 1734. T. XIV, p. 314.
3. Manteau à pointe particulier aux grands-croix de l'Ordre, porté sur une robe noire ouverte par devant, à larges manches, avec la croix trois fois répétée, comme pour le grand maître. -^ Ceci était le costume de cérémonie. Par dessus se portait le grand cordon, en soie noire et blanche, avec de petits orne-
de taffetas, luy fut appliqué devant Testomacb. par :ledit^ seigneur grand prieur^ ung plastron de satin noir avec la grande croix^ et incontinent les trompettes commencèrent à sonner m. signe de resjoruissance.
Le Roy, laRoyne, les princes et princesses, et tous les seigneurs qui là estoient se partirent, hors mis messieurs de Yendosme, duc de Montbason, le graj;id [escuyer] seigneur de Termes, de Rocquelaure, de Vitry, marquis de Gueuvre, de Villars, et quelques autres seigneurs, lesquels demeurèrent par commandement de sa Majesté à disner au Temple, au logis prîoral dû sadite Majesté Tavoit faict préparer tant pour ledit seigneur grand prieur de France, conmoiandeurs et chevaliers, que pour les seigneurs par luy advisez.
Les tables furent sumptueusement couvertes et servies, et en icelles assis, assavoir : le nouveau chevalier, au bout de la première table à main senestre, du costédu feu; messieurs de Vendosme, duc de Monbason, le grand [escuyer] seigneur de Termes, Rocquelaure, de Yîtry, marquis de Gueuvre; et à main droicte, le seigneur grand prieur de France, Pambassadeur de Tordre, les commandeurs et chevaliers, avec quelques autres gentilz hommes, tant à ung que à l'autre costé. ^
Le disner achevé et les tables levées^ se partirent les susdits seigneurs, conduisans le nouveau chevalier pour aller trouver le Roy chez le seigneur Zamet, où il avoit disné^; ausquelz ledit seigneur grand prieur vouloit faire compaignie, ce qu'ilz ne voulurent permettre.
Et quant aux petit prieur et religieux du Temple, et quelques ofSciers de la justice dudit Temple, pour n'avoir trouvé place pour disner avec la compaignie, ilz se retirèrent en leur couvent, où leur disné leur fut envoie sumptueux, selon leur estât et qualité.
ments rappelant les mystères de la Passion. — Cf. Millin, Anti(iuités nationales, 1790, t. III, p. 6, et les Mémoires mss. du bailli de Solar. Arch. nat., MM. 1-2.