C'est le titre quavait pris rarchiduc
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inquiétude continuels et la présence du roi pouvait seule imposer à tous ces mécontents. Philippe avait été surpris au dernier point de la décision si prompte de son aïeul au sujet de madame des Ursins; cependant, et probablement sous l'empire de la reine, il offrit, peu de jours après, la Toison d'or au duc de Grammont, comme une marque de leur reconnaissance pour l'heureuse nouvelle qu'il leur avait apportée, et, chose extraordinaire, pendant qu'il faisait cette démarche, il écrivait encore en secret à son grandpère contre le retour de la princesse.
Ces lettres détournées que l'ambassadeur dictait à Philippe, les résolutions qu'il lui inspirait, contraires à celles de la reine, lui faisaient jouer un double personnage impossible à soutenir dignement.
Le roi de France lassé de ces contradictions perpétuelles commençait à s'apercevoir qu'avec une tête échauffée comme celle de Grammont, il était fort mal instruit des véritables sentiments des Espagnols; il écrivait à son ambassadeur :
« Quand je connaîtrais parfaitement l'Espagne, quand je serais instruit des détails du gouvernement de cette monarchie, autant que de ceux de
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mon royaume, que les Espagnols me seraient aussi connus que mes propres sujets, je ne pourrais encore assurer qu'il fallût suivre mes avis de point en point en toute occasion; il y en aurait plusieurs où les affaires auraient entièrement changé de face lorsque mes lettres arriveraient et la même décision qui aurait été bonne quelques jours auparavant nuirait peut-être aux affaires si elle était suivie lorsqu'elle arriverait à Madrid. »
Il est fâcheux que des réflexions si sages ne se soient pas présentées plus tôt à l'esprit du roi ; on eût évité de grandes fautes.
Grammont, voyant le retour de la princesse des Ursins définitivement résolu, prévit que sa position ne serait plus tenable. Torcy ne lui dissimula point qu'en restant il s'exposait à mille dégoûts provoqués par la reine dont l'esprit pénétrant avait deviné toutes ses manœuvres. Sa cabale était entièrement vaincue; il avait voulu ruiner l'influence de la reine, et la reine était plus maitresse de l'esprit du roi qu'elle ne l'avait jamais été. Il ne restait plus au duc qu'à quitter la place. On lui accorda donc avec empressement le congé qu'il demandait sous prétexte que sa santé exigeait son départ.
Philippe, revenu à sa franchise naturelle et confus du double rôle qu'il avait joué, fit ingénument sa confession à son grand-père. Quoique aimant toujours la princesse des Ursins et la sachant nécessaire à son service, une raison qu'il taxe lui-même de ridicule lui avait réellement fait désirer qu'elle ne revînt pas. Cette raison la voici : « Il aimait la reine avec tant de passion qu'il avait craint de voir sa tendresse et son temps partagés entre lui et la princesse. »
Grammont s'étant aperçu de cela avait engagé le jeune roi dans ce commerce secret de lettres où il se contredisait lui-même. Son grand-père lui répond avec une douceur et une tendresse touchantes bien propres à lui ramener le cœur de son petit-fils.
« Vous n'avez à craindre aucun reproche de ma part, je vous loue au contraire de me découvrir vos pensées les plus secrètes et je ne puis assez vous dire combien je suis touché de voir que vous me regardez comme le meilleur de vos amis. Vous y êtes obligé par les sentiments que j'ai pour vous. Il me semble que vous devez croire en me confiant ce que vous pensez que c'est à vousmême que vous le communiquez et que nous de-
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vons être plus étroitement et plus tendrement unis que jamais père ne l'a été avec ses enfants. Je suis donc persuadé qu'aimant naturellement la vérité, vous me la direz toujours, et je vous le demande pour votre propre intérêt, car il est très difficile de réparer les fausses démarches qu'on fait en ne la suivant pas... »
Dans la suite de cette affectueuse lettre, le roi de France accordait à son petit -fils tout ce qu'il avait demandé : le retour d'Orry; le rappel du confesseur, le père Daubenton; la promesse de hâter le retour de la princesse des Ursins; en un mot tout ce que le duc de Grammont avait déconseillé.
Louis XIV nomma pour successeur à Grammont Amelot, marquis de Gournay, conseiller d'État, titre fort respecté. Amelot s'était distingué dans trois ambassades et ses talents incontestables auraient évité bien des maux s'il était arrivé plus tôt. Il s'aperçut très vite de toutes les difficultés qu'il y avait à vaincre. En tête, était la ligne de conduite à suivre avec les Grands, opposés, comme en tout pays, au pouvoir royal. Amelot était arrivé, persuadé qu'on ne pouvait rien faire sans eux; mais il dut bientôt reconnaître qu'il s'était trompé et il écrivit dans ce sens à Louis XIV :
« ]1 convient, dit-il, de leur conserver toutes les prérogatives extérieures de leur dignité et en même temps de les exclure de toutes les affaires dont la connaissance peut augmenter leur crédit. »
Le choix n'était pas facile et la tentative d'Amelot avait infiniment moins de chances de succès qu'elle n'en aurait eu à l'arrivée de Philippe.
« L'enthousiasme naturel au début d'un règne était tombé, et la perte d'une armée entière au siège de Gibraltar, le défaut de ressources, les discordes de la Cour, le mécontentement général, les conspirations, les manœuvres des Alliés, la maladresse à châtier et à pardonner, bientôt après, la prise de Barcelone, devaient paralyser l'action gouvernementale*. »
Malgré cette situation presque inextricable, Amelot se mit à l'œuvre avec une énergie et une suite admirables. Sous lui, tout commença à changer d'aspect, et sans son malheureux rappel anticipé, il eût accompli des réformes qui semblaient impossibles.
Dès son arrivée, il ne cesse de louer le roi et la