Archives secrètes du Vatican, dépêciies des Nonces
de la jeune souveraine. Elle avait brillamment gagné la partie.
Retournons un peu en arrière et revenons au siège de Gibraltar que dirigeait le maréchal de Tessé.
Louis XIV, lassé des lenteurs de cette opération, pressa Tessé de lever enfin ce siège. Le maréchal obéit et en qualité de généralissime des troupes de France et d'Espagne, il chercha à s'opposer aux entreprises des ennemis. Il ne put les empêcher de s'emparer de différentes places peu importantes ; mais il resta maître d'Alcantara et de Badajoz : l'intérieur de l'Espagne fut ainsi garanti contre une invasion.
Au moment de l'arrivée d'Amelot, cette campagne commençait et le nouvel ambassadeur fut attéré du désordre qui régnait dans les finances et de la pénurie des ressources de l'armée. Après avoir annoncé à Louis XIV les premières étincelles d'une rébellion en Catalogne : « Chaque jour augmente le mal, ajoute-t-il, le peu de soldats qui restent sont forcés de déserter faute de pain. Les officiers qui ont quelque commandement demandent à quitter voyant que tout manque; avec cela les ministres du Despacho sont tranquilles, voyant et entendant tous les jours les preuves redoublées
REINE d'eSI'AGXE. 375
de toutes ces misères avec indifférence, ce qui ferait croire qu'il s'agit des affaires de leurs voisins. On répète à tout moment que c'est faute d'argent et personne ne se met en peine d'en trouver ni n'imagine que cela soit possible. »
Non seulement cette apathie empêchait les réformes, mais l'esprit d'opposition des Grands venait encore tout gâter ; il suffisait que le roi de France demandât quelque chose pour que les ministres espagnols le refusassent et prétendissent élever des difficultés chimériques contre tous les projets qu'on leur présentait. D'un autre côté on recevait les nouvelles les plus graves de l'armée. Les généraux français décidèrent de commencer le siège de Turin. Victor-Amédée porta son camp à Chivasso à trois lieues de sa capitale qui allait être investie.
L'armée française fit des préparatifs immenses pour cette entreprise regardée comme décisive : « On n'en fit jamais de plus grands, dit Feuquières, pour les sièges où le roi allait en personne. »
Ce fut le duc de La Feuillade qui en prit la direction, vu le départ de Vendôme, rappelé, et envoyé à l'armée des Flandres pour réparer les revers essuyés par V^illeroy qui s'était laissé battre
à Ramillies. Les soins mêmes que demandait un tel siège en retardèrent l'ouverture jusqu'en
Philippe préparait tout pour son voyage en Aragon; il publia son départ pour le 12 janvier et donna l'ordre aux chefs de sa maison de prendre les dispositions nécessaires.
Avant le départ du roi il fallait organiser définitivement la forme du gouvernement à la tête duquel on laissait la reine; c'était toujours la question qui se présentait, lors des absences de son mari. On agita cent formes différentes, et enfin la princesse des Ursins, toujours féconde en expédients, en proposa un qui fut accepté. L'ambassadeur de France resterait à Madrid avec la reine pour expédier les affaires au Despacho, au lieu de suivre le roi comme c'était la règle ordinaire. Philippe aurait auprès de lui le maréchal de Tessé et le comte d'Aguilar ^ ; on attendrait la décision du roi sur les affaires importantes; mais, pour le courant, on les expédierait promptement au Despacho. Les Espagnols ne se plaindraient plus de ne pas être consultés, et la reine se chargerait peut-être avec moins de peine du gouvernement, ayant