‹ Une Reine de douze ansChapitre 70 sur 115 · Ministre de la guerre en France · texte numérisé non relu

Ministre de la guerre en France

Louis XIY ne put s'empècher d'être touché de la mélancolique résignation avec laquelle la reine acceptait un pouvoir qui lui était si fort à charge. Oubliant les injustes accusations dont Grammont et le cardinal d'Estrées l'avaient accablée à ce propos, on la suppliait maintenant de reprendre ce pouvoir qu'on désirait si fort lui arracher quelques mois auparavant.

« Je ne suis point en peine, lui écrit son grandpère, des affaires que le roi d'Espagne laisse à Madrid, depuis que je sais qu'il vous en a confié le gouvernement pendant son absence. J'étais bien persuadé qu'en l'acceptant vous préféreriez la satisfaction de lui plaire à celle que vous auriez trouvée dans une vie paisible, et occupée seulement du soin de savoir de ses nouvelles. Il y a des temps où il n'est pas permis de consulter sa propre inclination. Votre Majesté pourra suivre celle qu'elle a pour le repos, lorsque les affaires seront plus tranquilles; mais il faut présentement employer, pour les intérêts du roi votre mari, les heureux talents que vous avez et vous en servir pour contenir les peuples dans le devoir et pour animer leur zèle en faveur du roi leur maître. L'expérience du passé m'assure que vos

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soins et votre application aux affaires ne réussiront pas moins dans les conjonctures présentes; et si les succès du roi mon petit-fils sont tels que je l'espère des bénédictions de Dieu sur les mesures que j'ai prises, cette campagne doit terminer les agitations que vous avez jusqu'à présent souffertes. Je n'ai rien oublié pour faire en sorte que les événements soient heureux; et je puis vous assurer que ma tendresse étant égale pour vous et pour le roi mon petit-fils, je souhaite autant pour vous que pour lui-même, que vous le revoyiez bientôt plein de gloire et triomphant (le ses ennemis. »

Ces vœux ne devaient pas s'accomplir et tout semblait conspirer pour perdre la malheureuse Espagne.

Philippe après avoir réglé la Régence de la reine et organisé le Conseil qui devait siéger auprès d'elle se décida enfin à partir de Madrid, accompagné par le maréchal de Tessé et le comte d'Aguilar.

< Mais auparavant, écrit le Nonce, il fit convoquer au palais tous les Grands et les seigneurs appartenant à la noblesse qui se trouvaient à

la Cour: dans un bref et excellent discours, il leur exposa les motifs de son voyage avec différentes attestations de la confiance qu'il avait en eux certain que pendant son absence ils serviraient Sa Majesté la reine avec la fidélité qu'il ne pouvait mettre en doute chez d'aussi grands vassaux; ces expressions qui furent prononcées par Sa Majesté avec tant d'amour et de dignité ont causé un grand attendrissement et des applaudissements, qu'on pouvait attendre d'une assemblée si importante. »

Le roi arriva à Valence où après avoir cheminé trois jours, il reçut l'avis que le marquis de Noailles était entré en Catalogne avec les troupes qu'il avait sous ses ordres. Le roi prit la même détermination et suivit le chemin tout droit en Aragon, chemin par lequel il se trouvait ainsi à cinq lieues de Madrid. La reine se sachant aussi près de lui ne put résister au désir de venir le surprendre et l'embrasser au passage. Elle le rencontra à Lèches ; étant venue à la légère avec une très petite suite, elle repartit le même soir, et le roi continuant son voyage arriva en Aragon dans un endroit appelé Darocca.

La reine repartit bien vite pour Madrid où

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sa présence était indispensable, rien ne pouvant se terminer sans elle.

Marie-Louise se trouvait alors, à dix-sept ans, régente pour la quatrième fois à son grand désespoir.

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