CHAPITRE XVII
État déplorable de l'Espagne. — Attaque de Montjouy et siège de Barcelone. — Retraite de Philippe sur sa capitale. — Admirable conduite de la reine pendant sa régence. — Elle se retire à Burgos avec une petite suite. — Correspondance de Marie-Louise et de madame des Ursins avec madame de Maintenon.
La pauvre petite reine n'était pas au bout de ses peines ; tout allait au plus mal ; et les armées de la France marchaient de revers en revers. L'archiduc avait pénétré jusqu'au cœur de la Catalogne, appuyé par les escadres anglaises et hollandaises ; la Castille seule restait fidèle à son roi. Les autres provinces en grand nombre se soulevaient, lasses d'une guerre qui les ruinait.
Le maréchal de Tessé était en Aragon depuis le commencement de novembre 1705; une révolte à Valence, une sédition à Saragosse, le
-MARIE-LOUISK-GAliKlELLE DE SAVOIE. 383
manque d'argent, de gros canons, de poudre et de voitures l'inquiétait fort; il n avait aucune confiance dans les projets formés à Madrid qu'il regardait comme des visions de gens qui se noient et qui, croyant reprendre terre, ne font que se noyer plus sûrement ; il voyait l'Espagne entière prête à se soulever en faveur de l'archiduc. Philippe, fatigué des délais de Tessé, se décida tout à coup à marcher et lui envoya Tordre de venir le rejoindre. D'autre part, Louis XIV lui écrivait le même jour pour lui ordonner de faire le siège de Barcelone.
Le roi d'Espagne était déjà en marche pour Valence, et Tessé pour le rejoindre quand les ordres précis de Louis XIV arrivèrent ; on changea aussitôt de route et le plan aurait pu réussir si l'on avait saisi le moment favorable ; mais on attendait encore une foule de choses nécessaires, et l'on ne fit rien pendant tout le mois de mars
Philippe était fort préoccupé de laisser la reine à Madrid, quoiqu'elle eût auprès d'elle M. Amelot et la princesse des Ursins. Il lui écrivait sans cesse, malgré les difficultés des communications. Voici une kttre du roi à Amelot, qui montre avec quelle sollicitude il s'occupait d'elle :
A Alcala, 3 mars 1706.
« Monsieur Amelot,
» J'ai reçu aujourd'hui, avec bien du plaisir, votre lettre d'hier, comme venant d'un homme pour qui j'ai tant d'estime et de considération. Vous m'en avez fait beaucoup de m'envoyer la lettre du maréchal de Berwick et je vois avec bien de la satisfaction qu'il arrivera bientôt... Vous ne devez point vous inquiéter sur la diminution de mes gardes, puisque le maréchal de Tessé envoie trois cents chevaux au-devant de moi ; ainsi, cela ne m'empêchera point d'entrer en Aragon aussi tôt que je le souhaite; mais, au nom de Dieu, ne diminuez point la garde de la reine, car elle en aura plus besoin que moi qui serai gardé par toute une armée.
» Vous me faites un plaisir que je ne puis vous dire en me mandant comme vous le faites de la reine ; j'espère que vous connaîtrez tous les jours davantage son mérite qui ne peut être en tout plus grand qu'il n'est ! Il ne me reste plus qu'à vous assurer de nouveau des sentiments, etc., etc.