TRAITE D UTRECHT
Le 11 avril 1713, la paix est conclue à Utrecht par la France et l'Espagne avec l'Angleterre, la Savoie, le Portugal, la Prusse et la Hollande. Frédéric de Prusse est reconnu roi. On lui cède la Gueldre espagnole excepté Ruremonde*; de son côté, il renonce à tous droits sur la principauté d'Orange. Louis XIV sacrifie aux Anglais le port et les fortifications de la ville de Dunkerque qu'il fait ensuite démolir.
Philippe V conserve l'Espagne et les Indes et renonce à toute prétention à la couronne de France. « Le 5 novembre de l'année précédente il avait fait faire la lecture de l'acte de sa renonciation, l'avait signée et jurée solennellement. Les Cortès, en la ratifiant, demandèrent
1. Ville du Limbourg hollandais, au confluent de la Roër et de la Meuse, à 44 kilomètres nord de Maëstricht,
la même exclusion pour toute la Maison d'Autriche, et Philippe, faisant droit à cette demande, appela après tous, à la succession, la Maison de Savoie pour succéder au trône d'Espagne à défaut de la sienne ^ »
L'Acadie et l'île de Terre-Neuve sont cédés aux Anglais qui, en Europe, restent en possession de Gibraltar et de l'île de Minorque, avec Port-Mahon. Les Impériaux abandonnent entièrement la Catalogne qui est soumise par le roi d'Espagne à T'exception de Barcelone et de Cordoue.
L'empereur Charles VI avait refusé de conclure la paix à Utrecht. Il ne se décida à signer le traité avec la France, que le 6 mars 1714, à Kasladt. L'empereur y gagna le Milanais, la Sardaigne, Xaples et les Pays- Bas espagnols.
1. Étude historique sur Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, reine d'Espagne, par Frédéric Sclopis.
une des dernieres lettres de la reine d'espagne a sa mère
Madrid, 18 septembre 1713.
« Je suis cette semaine, ma très chère mère, grâces à Dieu, plus en état de vousécrire que je ne l'étais il y à huit jours, ma santé ayant été meilleure depuis ; je n'ai eu qu'un accès de fièvre qui me fit beaucoup soufïrir parce qu'il était accompagné de grandes douleurs par tout le corps. La crainte du retour me fit résoudre à prendre du quinquina un jour ; mais la nuit je m'en sentis si échauffée que je n'en voulus pas davantage, et je m'en trouve bien, puisque, grâces à Dieu, je n'ai plus rien eu. Je ne sens ces jours-ci que l'incommodité de mon gros ventre par une chaleur affreuse qui me fait suer continuellement; mais je m'estime bien heureuse de n'avoir que cela. Après vous avoir rendu compte de mon état, ma très chère mère, je m'en vais
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répondre à trois de vos lettres le plus exaclement que je pourrai.
)> La première est du 12 août, qui était celle de la semaine passée, par où je vois que vous étiez en peine de n'avoir point eu de mes nouvelles; c'aura été la faute des courriers, puisque je n'ai point manqué de semaine, et vous l'aurez bien sûr depuis.
» J'y vois aussi, ma chère mère, que mon père a enfin publié votre voyage pour la Sicile ; les sentiments sur cela, de ma grand' mère et de mes frères, sont bien naturels, et je vous assure que je plains bien les personnes exposées à des séparations de celles qu'on aime, quoique ce cas ici ne soit pas si cruel que le nôtre le tut, puisqu'il n'y aura qu'un temps à attendre i)our se revoir, au lieu que la nôtre était sans espérance.
)> Vous ferez fort bien d'épargner à mes frères autant de pleurs qu'il se pourra. Je fais en tout temps des vœux pour leurs santés, mais j'en ferai encore davantage pendant ce temps-là, car, que serait-ce, vous éloignée et les sachant incommodés ?
» Je crois aisément, ma chère mère, que mon frère est peu sensible au gouvernement que mon père lui laisse, et qu'il l'importunera plus d'une fois. J'en sais des nouvelles, puisque je me suis vue en pareil cas, et encore plus jeune fjue lui; j'en étais bien lasso et ne me reposais qu'en jouant à Collin-Maillard en sortant du Conseil.
» Votre seconde lettre que j'ai reçue jeudi au soir par le dernier ordinaire, m'annonce l'arrivée de l'extraordinaire (juc j'étais fort curieuse d'apprendre, mais il ne
faisait que d'arriver, vous ne pouviez pas m'éclaircir davantage sur la résolution que mon père prendrait; ainsi cela me laissait encore dans le doute ; mais le lendemain matin, milord Lexingtonme fit un grand plaisir en m'envoyant une troisième lettre, du 23 août, dont vous aviez chargé le marquis de Saint-Thomas, par où je vois que mon père avait déjà envoyé ses ratifications. Je vous avoue que j'en ai été très contente, puisque c'est une marque qu'il l'a été et qu'il avance par là la conclusion de ce que je souhaite depuis si longtemps.
); Je suis à cette heure dans l'impatience d'un courrier d'Utrecht pour savoir l'échange des ratifications, et puis, grâces à Dieu, ma chère mère, nous n'aurons plus rien à attendre pour nous regarder en paix et dans l'union qui doit être entre nos deux maisons.
» Le roi m'a paru fort content de la lettre que mon I»ère écrit à Milord, et de la manière et des dispositions ([u'il projette pour le transport de nos troupes. Vous avez fort bien fait de ne rien dire des changements faits aux traités jusqu'à être au fait de ce que c'était; la disposition ne manque jamais par tout pays à tenir de mauvais discours, et il est très prudent d'en ôter, autant que l'on peut, les occasions.
» Je crois que mon père aura eu bien chaud dans le petit voyage qu'il est allé faire. Je suis ravie que la fièvre de mon jietit n'ait point eu de suite et que Riques ^ se soit trompé.
1. Probablement le nom du médecin qui soignait le cadet des fils de Victor-Amédée, et que la reine, sa sœur, appelait son petit.
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» Je viens présentement, ma chère mère, aux demandes que vous me faites par rapfiorl aux traitements, que je m'en vais vous expliquer le mieux qu'il me sera possible. Vous désirez savoir premièrement quelle différence il y a entre les trois classes différentes des Grands, et ce qui les dislingue les uns des autres. Je vous dirai que toute la distinction consiste à la première fois, qu'ils se couvrent, ou à quelque autre occasion, où ils ont des audiences seuls, de se couvrir.
» Ceux de première classe mettent leurs chapeaux sur la tête en arrivant auprès du roi et de moi, et nous parlent ainsi ; ceux de la seconde font leurs discours découverts, et se couvrent après avoir parlé et devant que nous leur répondions ; et ceux de la troisième ne mettent leurs chapeaux qu'après leurs discours et notre réponse.
» Voilà toute la différence, et qui ne se voit, comme je dis, que la première fois, ou dans quelque autre occasion qu'ils viennent seuls; car d'ordinaire dans toutes les fonctions, qu'ils sont tous ensemble et n'ont de rang qu'à se placer selon qu'ils arrivent, on n'y voit nulle différence. Voilà par rapport aux hommes, et j'en viens à cette heure aux femmes.
» Pour elles les classes ne font rien, et il n'y a rien de plus pour les unes que pour les autres. Elles s'asseyent devant moi sur ce qu'on appelle une almueda, c'est-à-dire un carreau qui est comme le tabouret en France ; dans toutes les occasions elles l'ont, et deux fois la semaine que je tiens le cercle, je suis assise, et elles aussi sur
leurs carreaux ; eL les autres dames qui ne sont point Grandes sont assises par terre; mais sur ces dernières, elles ont la plupart, selon moi, un beau ridicule que je ne sais si vous le trouverez dans celles de Sicile. Il y en a beaucoup qui ne veulent point souffrir de voir devant elles une distinction qu'elles n'ont pas, quoique souvent ce soit la mère, la sœur ou une parente proche qui ait cet honneur, et souhaitant elles-mêmes passionnément de l'avoir, elles ne veulent pas le souffrir dans les autres. Et, à cause de cela, à peine me font-elles leur cour, parce qu'elles ne font qu'entrer dans ma chambre, me baiser la main et s'enfuir dès qu'elles voient qu'on va s'asseoir; ou bien elles viennent tout à la lin, au moment que je me tiens quelquefois debout. Je vous avoue que cela me paraît d'un parfait ridicule, mais je vous raconte tout pour vous mettre au fait pour tous les cas où vous pouvez vous trouver.
» Voilà, ce me semble, ma chère mère, tout ce que vous souhaitez savoir; s'il y a encore quelque autre chose, mandez-le-moi, j'y répondrai de mon mieux, ravie que me donniez quelque commission.
» J'ai reçu cette semaine une lettre de ma grandmère, qui est touchée au delà de ce que je puis vous dire de la manière dont mon père et vous en usez avec elle: elle sent vivement tout ce qu'elle doit sentir.
» Mais, ma chère mère, ne trouvez-vous pas que voici une lettre assez raisonnable pour moi présentement? Il n'y a que vous assurément pour qui je la puisse faire. Mes enfants se portent à merveille ; mais
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adieu, ma chère mère, je suis (oui en sueur el ne ferai plus que vous dire que toutes les expressions ne sauraient vous dire assez la vivacité des sentiments de mon cœur pour vous ^ »