CONTRAT DE MARIAGE DE LA PRINCESSE MARIK-LOUISE-GABRIELLE DE SAVOIE
Dépêche en chiffre de l'Auditeur de rote à la Secrétairerie d'État (i Rome.
Turin, le 28 juillet 1701.
Samedi matin fut stipulé le contrat de mariage de cette princesse, entre, d'une part, Son Altesse le duc do Savoie et de l'autre, M, le marquis de Castel Rodrigue comme fondé de pouvoir du roi d'Espagne. Outre la princesse elle-même, intervinrent à l'acte mesdames les duchesses, M. le prince et madame la princesse de Carignan, les marquis de Pianezza et de Drovero. Monseigneur l'archevêque ne fut cependant pas appelé à y prendre part, contrairement à la règle ordinaire.
Le contrat fut rédigé par M. le marquis de Saint- Thomas, secrétaire dKtat. L'assignation de la dot de trois cent mille écus d'argent fut constituée sur le cré-
b8i APPENDICES.
dit qu'a cette maison envers la couronne d'Espagne pour le remboursement dû de la dot de l'infante Catherine, laquelle s'élevant à une somme plus considérable que la susdite, il a été établi que d'ici un an on se mettrait d'accord pour déléguer des commissaires qui auraient mandat de liquider et calculer les intérêts dus, et payer en conséquence le surplus dont la couronne d'Espagne se reconnaîtrait débitrice.
Outre l'établissement de la dot ci-dessus et de la renonciation de la princesse, il y a dans le contrat un chapitre à part dans lequel on déclare que la susdite princesse, à dater du jour où les fiançailles auront été célébrées ici. devra être en un total et perpétuel incognito jusqu'à son arrivée à Barcelone, et que, quel que traitement qu'on lui fasse ou qu'elle reçoive, cela ne pourra jamais créer un précédent.
Le mariage devra être contracté ici la veille du départ de la princesse, par le mandataire du roi d'Espagne qui sera, dit-on, M. le prince de Carignan; mais jusqu'à celte heure, il n'a pas été désigné par Son Altesse à laquelle Sa Majesté a laissé la faculté de choisir la personne, ayant rédigé le contrat avec le nom du procurateur en l)lanc, et quoique le mariage doive se faire en présence de monseigneur l'archevêque, il reste toutefois douteux si cette fonction ne sera point faite par le cardinal Le Camus, comme le bruit en court. Le cardinal viendrait pour cet effet.
Après les tiançailles, la princesse, avec mesdames les duchesses, ira entendre la sainte messe dans la chapelle du Saint-Suaire et sera sur un coussin égal en hauteur
à ceux des duchesses, au milieu d'elles et cependant à une distance assez considérable de l'une et de l'autre. Et au dîner qui se fera dans l'intimité, elle sera au haut de la table ; et du même côté, mais avec une distance semblable, se trouveront mesdames les duchesses, sans qu'on tienne compte d'aucune prérogative du sang.
Les dépenses du voyage seront portées au compte de Son Altesse le duc de Savoie, d'ici à ]\ice, et après l'embarquement elles devront se faire aux frais du roi catholique, quoique les officiers de la maison de Son Altesse Royale doivent continuer à servir la reine jusqu'à Barcelone...
EXPULSION DU NOiNCE DE MADRID
Le pape Clément XI, pressé de tous côtés par les Impériaux pour reconnaître le titre de roi à l'archiduc, céda à la force et employa les sophismes les plus ridicules pour colorer cette démarche. Son nonce à Madrid, monseigneur Zondondari, s'efforça de persuader aux ministres espagnols « que le titre de roi catholique pouvait se donner à l'archiduc sans tirer à conséquence puisque ce prince était catholique ». 11 appliqua môme ce raisonnement au titre de roi très chrétien par rapport au roi de France. Amelol réfuta avec chaleur ces finesses absurdes et Philippe fut indigné de l'injure que lui faisait le pape. On nomma une junte pour examiner ce qu'il convenait de faire en pareille circonstance. L'avis unanime de cette junte fut de faire sortir du royaume le nonce du pape, de fermer le tribunal de la
nonciature, et de ne plus envoyer d'argent à Rome pour l'expédition des bénéfices. Mais Louis XIV ne voulait pas rompre ouvertement avec le Saint-Siège. Il redoutait en effet l'impression fâcheuse que pourrait en ressentir la dévotion espagnole. Il conseilla donc d'exécuter la résolution de la junte, sans donner l'exemple d'une rupture éclatante, et en conservant avec le pape assez de relations pour pouvoir servir de médiateur si l'intérêt demandait plus tard une réconciliation.
Cette réponse surprit les ministres espagnols, mais Philippe décida que l'avis de la junte ayant été approuvé par son grand-père, il ne restait plus qu'à fixer la forme de son exécution.
« On convint de faire des prières publiques, pour demander à Dieu que le Saint-Siège et la personne du pape sortissent de l'oppression où ils étaient tenus par les Impériaux ; car il était important de persuader au peuple que le pape ne cédait qu'à la violence. On convint aussi de renvoyer le nonce, ce s'exécuta et Philippe rappela de Rome son ambassadeur. »