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LE GLAS

Lôwen avait rejoint Maurice, par des corridors perdus, dans une salle blanche et triste, oii deux dieux de marbre se regardaient de

leurs yeux vides. Il la vit venir comme une ombre élégante; son cœur s'émut de tendresse pour cette belle jeune femme qui avait tant aimé la reine. Dans le silence, on entendait la cloche de Rupert le Forgeron sonner le glas. Les yeux de Lôwen s'élevaient, ardents et las, sur le jeune homme :

— L'enquête est finie — tous les soupçons s'éteignent. Le roi et la cour croient à un accident. Quoique personne n'ait songé à vous, il faut toujours craindre l'imprévu. Vous ne devez pas quitter maintenant le Weissberg.

Ils échangèrent un long regard douloureux; puis elle se détourna devant les traits convulsés de Maurice; elle sentit l'agonie de ce jeune cœur :

— Il faut encore vivre quelque temps, lui dit-elle.

Elle n'eût pas fait un geste pour l'empêcher de mourir, car elle trouvait ce dénouement seul naturel et seul juste. Elle ne lui pardonnait la catastrophe que parce qu'elle le croyait déjà, en vérité, banni de la vie. Et, en lui de-

mandant d'attendre, elle était sûre de lui demander un très grand sacrifice.

Il inclina la tête et, d'une voix suppliante :

— Ne puis-je pas la revoir, maintenant?...

— Non; vous êtes trop agité, j'ai peur... Il faut vous enfermer... et partir au bout d'une quinzaine. C'est là votre devoir envers elle...

Il poussa un soupir rauque et se résigna. Lôwen lui prit spontanément la main, avec une douceur désespérée :

Adieu... Je partirai aussi après les funérailles. Je ne vous reverrai pas... Adieu...

— Pardonnez-moi, balbutia-t-il avec un sanglot... pardonnez-moi...

Elle se dégagea, très émue, et s'enfuit. Il demeura seul dans la salle pâle. Le soir approchait déjà. On apercevait, au couchant, ce vaste feu qui a créé les êtres et la beauté. Il jaunissait les cimes de la montagne de Fer, il jetait une robe éblouissante sur les forêts pleines de sa force. Il disparut parmi de petits nuages en lames; les carillons du crépuscule s'élevèrent, vifs et frétillants, puis le pays des

flammes s'épanouit au fond du ciel, les cuivres, les lacs d'émeraude, les cratères de soufre et de bitume.

Et il semblait à Maurice qu'il assistait à la fin du monde. Il ne souffrait même plus. Un grand froid descendait sur son cœur — il ne cessait d'apercevoir la figure d'Hélène-Marie parmi les nuées. Quand l'astre eut disparu, il se sentit aussi sûrement retranché de la vie que s'il avait été cloué entre les planches du cercueil et que le glas du Forgeron eût annoncé ses funérailles.

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