UNE RENCONTRE 101 À
it — De sorté qu’il est condamné à rester ici dans l'incertitude durant he. deux jours ! C’est un-peu dur, cela, Fanny ; qu'est-ce qui vous a engagée à vous mêler si activement de cette affaire !
— Activement ? je ne m’en suis pas mêlée activement.
ee Disons que vous y avez acquiescé avec répugnance ; mais pourquoi 1 f cela \ i le — Ma foi, elle a des goûts littéraires si prononcés, et puis elle est... yn — Et puis elle est... quoi ?
ig- — Vous êtes insultant ! — Et puis elle est si intelligente... et le
reste. Je croyais qu’elle était destinée à vivre dans un endroit où tout le At ais monde est instruit et porté vers les choses intellectuelles. C’est-à-dire que
je m’imaginais cela, si toutefois je m’imaginais quelque chose. — En somme, dit le colonel, vous pouvez avoir été dans le vrai, mais
{i} ux je ne pense pas que Kitty montre en ce moment une force d’esprit qui la | ine rende particulièrement propre à la vie de Boston. Je suis d'avis qu'il est el
ridicule de laisser ainsi ce jeune homme en suspens. Elle pourrait tout nee sez- aussi bien répondre maintenant que plus tard. Ce délai lui impose comme (pu til une espèce d'obligation envers Jui. Je vais lui parler. ie
ou — Vous allez la tuer, si vous lui parlez, Vous ne savez pas jusqu’à i
quel point cela l’affecte, {
nait — Ne craignez rien, je ménagerai sa sensibilité. C’est mon devoir de
lui parler. Et puis, est-ce que je ne connais pas Kitty ? Je l'ai presque avec élevée.
dans — Vous avez peut-être raison. Vous êtes tous si étranges dans cette À famille, que vous pourriez avoir raison. Seulement, soyez prudent, bh s ne Richard. Vous devrez aborder le sujet avec délicatesse... indirecte- | buris “ment, vous savez. Les jeunes filles sont bien différen « des jeunes gens ; i n’y allez pas brusquement. Sachez manmuvrer au moins une fois dans qi bcon, votre vie. ; À ë : $ Hu s les — Trés-bien, Fanny ; soyez tranquille, je ne serai ni maladroit, ni " e ne + brusque. J'irai à sa chambre dans quelques instants, lorsqu’elle sera plus M ment tranquille, et j’aurai avec elle une bonne conversation calme et paternelle, bs, je Le colonel n’eut pas la peine de se déranger, car Kitty avait laissé k me quelque chose sur la table de Fanny, et lle revint avec une lampe à la | main.
Sur sa figure, qu’elle tenait détournée, on pouvait découvrir des traces | » que de pleurs.
Le coin de ses lèvres fermement dessinées était baissé comme si elle
ureu- eût pris une résolution des plus pénibles. it i
, bas Fanny, qui était anxieuse, le remarqua ; elle fit au colonel un signe i
bndre qu’une femme aura certainement pris pour une prière de se taire, ou tout it au moins de parler avec la plus grande prudence et toute la tendresse possible. |
pour Le colonel fit appel à sa stratégie, et s’écria joyeusement :
y en + Eh bien, Kitty, que vous a donc dit maître Boston ? 1h
vons- Mme Ellison retomba sur son canapé comme frappée par une balle, et
bs et cacha sa tête dans ses mains.
Kitty ne parut pas avoir entendu.
Elle ramassa ce qu’elle était venue chercher, pencha une figure impas-
sible sur son cousin qu’elle regarda sans le voir, et sortit de la chambre eal sans prononcer une parole. UE
— Eh bien, sur mon Ame! s’écria le colonel, en voilà d’agréables manières de spectre, de somnambule ou de lady Maceth. Sapristi ! Fanny, voilà ce que vous gagnez à vouloir me faire manœavrer. Si vous m’aviez laissé aller droit à la question... comme un homme...
— Je vous en prie, Richard, ne dites rien de plus, supplia Mme Ellison d’une voix brisée. Ce n’est pas votre faute, je le sais ; et dans les circonstances je dois faire de mon mieux, Voyons, mon cher, sortez pour quelques instants, je vous en conjure.
Quant à Kitty, après avoir quitté la chambre de cette fantastique manière, elle se rappela vaguemert, à travers les brouillards de sa propre anxiété, l'espèce d’effroi manifesté par le colonel lorsqu'elle l'avait regardé d’une façon si hagarde, et se demanda si elle n'avait pas traité ce pauvre Dick un peu plus tragiquement qu’il ne fallait ; et elle se mit à rire silencieusement en elle-même.
Mais, au moment où elle s’arrétait doucement devant la fenêtre du passage en riant au clair de la lune, qui, amoindrissant l’éclat de la lampe lui jetait sa pâle lueur à la figure, Arbuton descendit lescalier des mansardes,
Le pauvre amoureux n’était pas un homme d’imagination ; mais même à quelqu’un d’un esprit moins puétique et plus positif, la jeune fille aurait bien pu sembler à ce moment quelque créature immatérielle, quelque chose de fantastique, d’impalpable, d’insensible, un rêve, une vision céleste, avec un reflet de malice cependant. Il gémit sur sa beauté, comme s'il eût dû la perdre pour toujours dans cette transfiguration féerique.
— Miss Ellison ! murmura-t-il à peine.
— Vous ne devriez pas me parler en ce moment, monsieur, réponditelle avec gravité.
— Je le sais, mais c’est plus fort que moi. Pour l’amour du ciel, que cela ne me fasse point tort dans votre esprit. Je voulais vous demander si je ne pourrais vous voir demain, vous prier de laisser les choses avoir leur cours suivant les projets qui ont été faits, et comme si je ne vous avais rien dit aujourd’hui.
— Ce sera bien étrange, dit Kitty. Mes cousins savent tout maintenant. Comment pouvons-nous nous rencontrer en leur présence ?
— Je ne veux pas partir sans avoir une réponse, et nous ne pouvons rester ici sans nous rencontrer. Il sera moins étrange de laisser les choses se passer comme si de rien n’était.
— Soit.
— Merci!
Il paraissait extraordinairement humble, et encore plus affecté.
Elle l’écouta descendre l'escalier, tirer le verrou de la porte extérieure et la fermer derrière lui.
Puis elle quitta l’espace éclairé par la lune et rentra dans sa chambre, que la lumière de la lampe protégée par d’épais rideaux emplissait tout entière de sa lueur vermeille, laissant voir la jeune fille non plus comme un esprit malicieux, mais comme une pauvre petite bien indécise, bien perplexe et bien anxieuse.
Sur un point au moins, elle était fixée.
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Tout cela était l'effet d’un malentendu ; il l'avait prise pour ce qu’elle m'était pas; car Arbucon était certainement d’un caractère trop mondain pour choisir comme femme — s'il l’eût connue —une jeune fille de l’origine et dans les conditions de Kitty, bien qu’elle-néme en fût fière.
Il avait dû dtre trompé tout d’abord par les toilettes ; et elle décida que son premier pas vers la vérité et la sincérité serait de remettre généreusement tout ce qui appartenait à Fanny, et de s’en tenir strictement à sa propre garde-robe,
— Et puis — ne put-elle s'empêcher de se dire — ma robe de voyage est justement ce qu'il faut pour un pique-nique.
Maintenant, si le sceptique lecteuz 4’an autre sexe était porté à railler cette méthode de se sacrifier, nul doute que les femmes, au moins, admettront qu’il était très naturel et éminemment convenable que, dans cette circonstance solennelle, elle pensât d’abord à la question de toilette, laquelle a toujours eu une si grande influence sur les affaires du rœur.
Qui peut prétendre, — soyez honnêtes pour une fois, 6 hommes vains et remplis de vous-mêmes, —que la coupe, la couleur, l’ensemble élégant de la parure, n’ont pas- joué le rôle le plus important dans son premier rêve d'amour ?
Est-ce que certains petits bouts de dentelle, certains nœuds de ruban, n'y ai pas pris autant de part que n'importe quel sourire ou quel regard tendre ?
Est-ce que la longue expérience des femmes ne leur a pas enseigné qu’une jolie toilette constitue la moitié de leur art de plaire ?
Elles le savent évidemment ; et quand Kitty prit le parti de renoncer aux avantages qu'elle tirait des robes de Fanny, elle gagnait la plus rude bataille qu’elle eût à livrer pour être franche envers Arbuton.
Elle ne s'arrêta pas là, sans doute.
Elle ne dormit pas, méditant les moyens de le désabuser entièrement, en le persuadant qu’elle n'était pas la femme qui pit lui convenir.