I. — Les fêtes de Venise. — La vie privée et les mœurs
IL — L'âme vénitienne. — Le souci du commerce. — Le. souci des choses religieuses. — Venise et l'Église. — Le patriotisme vénitien. — Les qualités du Vénitien. — Le doge André Dandolo. — La culture intellectuelle.
Une ville telle qu'était Venise au xv* siècle, riche, élégante, éprise de luxe, de splendeur, de couleur, offrait, pour des fêtes magnifiques, un cadre merveilleux. Aussi n'étaient-ce, dans la cité desaint Marc, que solennités de toute espèce, civiles et religieuses, politiques et militaires, où les Vénitiens se complaisaient d'autant plus que c'était une • manière encore d'exalter la gloire de la ville et d'attester tout ensemble sa puissance orgueilleuse et l'amour profond que les citoyens avaient pour la-, patrie.
Les fêtes de Venise. — De très bonne heure, le&- Vénitiens avaient pratiqué le tir de l'arc, « exercice très utile, dit un document, et avantageux pour notre pays », en ce qu'il entretenait la vigueur cor—
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porelle et formait une race robuste pour la défense de la cité. Ce vieil usage subsistait encore au XIV* siècle. Tous les Vénitiens, de quinze à trentecinq ans, étaient inscrits dans les compagnies d'archers et, trois fois par an, à Saint-Nicolas du Lido, avaient lieu, en grande pompe, des concours de tir solennels. De la même intention procédaient les luttes à coups (le bâtons et à coups de poings, qui subsistèrent jusqu'au xviii^ siècle, et où s'affrontaient, sur des ponts sans parapet, — au grand risque de se laisser choir dans le canal, — les jeunes gens des divers quartiers de la ville. Le même culte de la force physique se manifestait dans ces exercices d'équilibre et d'agilité qu'on nommait les Forze d'Ercole, oîi d'ingénieux acrobates échafaudaient des pyramides humaines souvent édifiées sur l'appui branlant d'un plancher de bois posé sur deux barques. Et, depuis le commencement du xiV siècle enfm, les régates tenaient une grande place dans la ville des lagunes et, vers la fin du XV' siècle, les femmes même commençaient à y prendre part.
Si les canaux et la lagune offraient ainsi un merveilleux champ d'action à l'activité populaire, la Piazzetla et la place Saint-Marc étaient, pour d'autres fêtes, le plus admirable des théâtres. On y donnait des combats de taureaux, non point à la mode espagnole, mais où la bête, maintenue par une corde attachée à ses cornes, était attaquée par des chiens vigoureux; les Vénitiens prenaient grand plaisir à ces batailles et le doge ne dédaignait pas de les venir admirer du balcon du Palais ducal. D'autres jours, c'étaient des tournois magnifiques, pour lesquels la grand'place était toute décorée de