‹ Une république patricienne, VeniseChapitre 3 sur 37 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

d'hui encore, dans toutes les mers orientales, de la Dalmatie aux Dardanelles, de Gorfou à Chypre, on retrouve l'empreinte dont la République marqua ses conquêtes, et le lion de saint Marc semble encore poser sa griffe sur ces terres que jadis il domina.

En un temps où on étudie volontiers les causes géographiques, politiques, économiques, qui ont fait la grandeur d'un Etat, Venise, où, plus nettement que partout ailleurs, apparaît le jeu de ces facteurs divers, mérite donc une attention particulière. Elle ne la mérite pas moins, pour ceux qu'intéresse la psychologie des peuples, par les qualités que ses citoyens mirent au service de sa politique. L'âme vénitienne offre un complexe mélange d'égoïsme et de dévouement à la patrie, d'absence de scrupules et d'abnégation, de volonté tenace et de subordination des intérêts privés aux intérêts et à la gloire de l'Etat. A cela aussi la cité de saint Marc a dû une partie de sa grandeur et de sa prospérit.é, et dans ce souci constant d'exalter la richesse et la splendeur de Venise,' de servir tout ensemble ses intérêts et son honneur, dans cette alliance imprévue du sens pratique le plus réaliste et des aspirations idéales les plus hautes, il y aune incontestable beauté.

Et en ces jours enfin où l'Orient méditerranéen attire une fois de plus l'attention de l'Europe, peut-être vaut-il la peine d'étudier la politique d'une ville qui, durant presque toute son existence historique, eut les regards tournés vers l'Orient, et qui fonda sa grandeur sur la mise en valeur raisonnée et savante des richesses du Levant.

Assurément les causes mêmes qui amenèrent la

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décadence de Venise montreront ce qu'il y avait dartificiel et de voulu dans l'édifice de sa grandeur. Mais elles attestent en même temps tout ce qu'il y eut de volonté forte, d'énergie fière, de souple habileté dans la construction de cet édifice millénaire. Que l'humble ville, née dans la boue des lagunes, ait pu devenir le centre du commerce de la Méditerranée, la capitale du plus grand empire colonial — du seul plutôt — que le Moyen Age ait connu, une cité merveilleusement riche et prospère, parée de tous les luxes et de tous les prestiges de la civilisation, il y a là une œuvre humaine qui fait honneur à l'homme, une preuve magnifique de ce qu'un gouvernement ferme et fort peut pour assurer la grandeur d'un pays.

Et par tout cela cette histoire morte n'est point indifférente peut-être, et à tous ceux qu'émeut si profondément le charme de Venise, elle apportera, je l'espère, quelques raisons nouvelles de leur admiration et de leur émotion.

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