POUR LÀ VEILLE DE LÀ RETRAITE
Ducam eam in solUudmem et îoquarad cor ejua.
Je la conduirai dans lasolitude :
là je lui parlerai au cœur.
(Osée, II, U.)
Mes chères Sœurs, nous entrons ce soir en Retraite. Cette seule parole a quelque chose de solennel, elle signifie un des moments les plus graves et les plus importants de votre vie religieuse.
Une Retraite au Carme] ! Et pourquoi ? diraient les gens du monde. Votre vie n'est-elle pas une retraite perpétuelle ? Y a-t-il des jours où votre solitude sera plus profonde, votre silence plus parfait, vos habitudes plus austères ?
2 INSTRUCTLON PRÉLIMINAIRE.
Oui, même au Carmel, c'est une sainte et salutaire institution que la Retraite annuelle ; c'est, sinon un besoin absolu pour vos âmes, du moins une grâce de choix, une faveur singulière qui doit être accueillie avec une joie toute spéciale ; et, laissez-moi vous dire tout le fond de ma pensée, telle en est la grandeur et Timportance, qu'à mon avis le premier acte de votre Retraite doit être l'action de grâces.
Oui, avant tout, remerciez Notre-Seigneur de ce qu'il daigne vous permettre ces jours d'intimité plus étroite et plus profonde, cette vie à deux avec Lui seul dans le désert, cette vie destinée à reproduire, ou plutôt à imiter, selon la mesure de vos forces, ces quarante jours et quarante nuits pendant lesquels, séparé detout ce qui est humain et servi parles anges, Notre-Seigneur s'entretenait avec son Père céleste et se préparait à la grande œuvre de la Rédemption.
Unissez-vous en esprit à ces grands et saints solitaires qui ont trouvé,^ dans la retraite, la lumière et la force attestées par leurs héroïques vertus : un saint Antoine au désert de la Thébaïde, un saint François d'Assise au mont Alverne, un saint Ignace à Manrèse, sainte Thérèse partout.
Pensez que c'est à ces jours bénis qu'est particulièrement attachée l'abondance des commuai-
cations divines ; que c'est de la retraite, d'une retraite bien faite, que sortent régulièrement toutes les grandes choses pour l'Eglise, pour les ordres religieux et pour les âmes.
Et maintenant que cette action de grâces a élevé vos esprits en Dieu, et qu'à sa lumière vous avez éveillé en vous un vif sentiment de reconnaissance pour le grand bienfait qui s'offre à vous, redescendez sur vous-mêmes et posez-vous les deux questions qui seront l'objet de cet entretien préliminaire :
1. Quel est le besoin principal que j'ai à satisfaire dans cette Retraite et quel est le fruit particulier que j'en dois retirer?
2. Dans queUes dispositions dois-je me mettre dès aujourd'hui, pour assurer la fécondité de ces jours de salut?
On a dit quelquefois que les âmes qui profitent le moins des retraites, ce sont les âmes vouées par état à la vie religieuse, et l'on en donne cette raison que, tandis que les gens du monde, à qui une grâce spéciale a ménagé des jours de recueillement et de prière, en sortentfrappés et échauffés par des vérités qui leur sont ou leur paraissent nouvelles , il n'en saurait être de même pour le
4 INSTRUCTION PRÉUMINAIRE.
prêtre ou la religieuse. Que de fois, en effet, n'ontils pas parcouru le chemin de ces saints exercices, de ces considérations sur le salut, sur lepéché, sur les vertus chrétiennes, qui forment le fond invariable des entretiens de retraite? Ah ! mes Sœurs, qu'il serait douloureux qu'on pût nous appliquer une réflexion de cette nature! Mais, je le sais, elle ne saurait vous atteindre, et bien loin de là, chaque année, semblable à ces soldats généreux qui voient avec transport s'ouvrir chaque nouvelle campagne, dans l'espoir d'en sortir plus vaillants et plus aguerris, votre âme aspire aux jours de la Retraite avec une nouvelle ardeur, afin de s'y retremper pour la lutte sans fin de la perfection chrétienne, pour s'y nourrir et s'y enivrer avec délices de ces vérités de la foi toujours anciennes, mais toujours nouvelles, comme l'éternité d'où elles descendent.
Comme le plus humble chrétien, ou plutôt à la suite des saints qui, à cause de leur sainteté même, sentent toujours davantage le besoin de rentrer en eux-mêmes, vous commencez chaque retraite avecle désir de mieux connaître votre néant, votre misère origineUe, en connaissant de plus près la Bonté infinie, la Miséricorde sans mesure qui vous a rachetées et vous a, de plus, donné la grâce unique de la vocation.
0 mon Dieu, que je vous connaisse et qu'à vo-
tre lumière je me connaisse moi-même ! s'écriait saint Augustin. C'est cette même prière qui jaillit de vos cœurs, comme l'expression la plus générale et la plus complète du premier de ces besoins que la Retraite est appelée à satisfaire en vous : vous connaître vous-mêmes.
Et, en effet, quelle âme se connaîtra jamais assez? Quelle âme mesurera jamais Fabîme qu'a dû combler labonté créatrice pour arriver jusqu'à notre néant, pour l'élever jusqu'à elle? « Dieu seul, disentles saintes Lettres, apu sonder Tabîme de l'Océan et l'abîme non moins profond du cœur de l'homme : Deus abyssum el cor hominis investigavit (1). » C'est dans cette abîme de notre propre cœur que la Retraite nous fait descendre à la lumière de Dieu. Emprunter à Dieu son regard pour se mieux connaître soi-même, c'est l'œuvre propre de la Retraite.
Et dans quel but immédiat faut-il se mieux connaître ? D'abord pour s'humilier. S'humilier, n'est-ce pas la première disposition pour aller à la lumière? Car Tâme qui s'humilie à la vue de ce qui lui manque brûle de réparer ses fautes, d'effacer ses taches, de combler les lacunes innombrables qu'elle voit en elle. Qui peut se flatter, en revenant sur les jours écoulés, de n'avoir rien
(1) Eccli. XLII, 18.
à réparer dans le passé? Avant le jour béni de la vocation, dans les illusions ou les égarements du monde, cette âme, aujourd'hui vouée à jamais au culte de la vie parfaite, n'avait-elle pas contracté quelque souillure et n'en conserve-t-elle pas encore quelque trace ? Saint Augustin, expirant après quarante ans de merveilleuses vertus, redisait sans cesse les Psaumes de la Pénitence qu'il avait fait tracer, en gros caractères, sur les murailles de l'humble cellule où il mourait: par là il attestait que ni la sublimité de son génie, ni l'héroïsme de ses longues vertus ne paraissaient à son humilité une compensation suffisante aux désordres de sa jeunesse.
Qui donc, après de tels exemples, ne se trouvera heureux, dans ces jours de solitude, de consacrer quelques heures, en souvenir de sa vie passée dans le monde, à cette prière que tant de saints ont empruntée à David : « Seigneur, lavezmoi encore plus de mon iniquité... Seigneur, ne vous souvenez plus des fautes de ma jeunesse et de mes jours d'ignorance (1)! »
Et dans le cours déjà plus ou moins long de notre vie religieuse, que d'imperfections, que de misères, que de faiblesses nous fait apercevoir la lumière divine humblement invoquée !
Cl) Ps. L et xxrv.
Laquelle d'entre vous pourrait ne pas se sentir heureuse d'avoir des jours propices à consacrer uniquement, sans distractions et sans intervalles, àFétude de son âme, pour en réparer les manquements, en efTacer les taches, pour y remettre Tordre, pour lui rendre les forces dont elle est dépourvue par sa faute ? Si vous étiez déjà entièrement justifiées, si vous étiez toutes saintes, je vous dirais, avec TApôtrebien-aimé: « Quijustus est jitstificetur adhuc, qui sanctus est sanctificetur adhuc:Qiie celle d'entre vous qui est juste se justifie encore, que celle qui est sainte se sanctifie encore (l).»Aplus forte raison, vousdirai-je à vous qui sentez si bien qu'appelées à la sainteté vous en êtes encore si éloignées : Réjouissez-vous, mes Sœurs, voici des jours où vous verrez plus clairement ce qui vous manque et où, sous Faction de cette lumière, vous allez concevoir une ardeur toute nouvelle pour marcher, pour courir, dans les voies de la perfection religieuse.
Une âme religieuse est essentiellement une âme de progrès : à ce titre encore, vous bénissez la grâce de la Retraite ; car, vous le sentez, alors même que le passé ne vous offrirait rien à réparer, vous vous estimeriez encore heureuses d'avoir à consacrera votre avancement spirituel ces jours de particulière ferveur où les heures comptent
(1) Apoc xxn, 11.
double, et où la sainte ardeur de progrès qui vous dévore trouvera un aliment plus abondatitet plus substantiel que dans tout le reste de Tannée. A toute âme chrétienne, désireuse de son salut, saint Augustin adresse cette courte et éloquente parole : « Si diœeris sufficit^ periistiy si vous dites : J'aifait assez pour Dieu, àrinstantmêrae,c'enest fait de votre vertu. » Mais que dirait le grand docteur à une iille du Carmel qui, s'estimant assez riche, croirait pouvoir cesser un seul instant de travailler à sa perfection et de thésauriser pour le ciel? Avancer, grandir en humilité, en charité, pousser toujours plus haut Fédifice des vertus religieuse : pauvreté, chasteté, obéissance, édifice qui peut toujours s'élever tant que nous sommes sur la terre, puisque son sommet, jamais atteint^ se perd dans le sein de Dieu même, qui seul a pu en poser les fondements, tel est bien Tesprit de votre sainte vocation : on ne peut être enfant du Carmel qu'à ce prix. C'est là, en effet, qu'on se pénètre chaque jour des exemples du divin Maître dont il est écrit, quoiqu'il fût la perfection par essence, que, dès les jours de son enfance, il avançait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. C'est là qu'on s'enflamme d'une généreuse émulation, en méditant les paroles du grand apôlre : « Quand même ma conscience ne me reprocherait rien, je ne me tiens
pas pour justifié. Je poursuismacoursepourtâcher d'atteindre au but que Jésus-Christ m'a destiné en me prenant à son service ; oubliant ce qui est derrière moi, je m'avance vers ce qui est devant moi, je cours incessamment vers le terme de la carrière afin de remporter le prix, d S^int Paul ajoute, — et à qui adresse-t-il ces paroles, si ce n'est à vous, mes chères Sœurs : — Nous qui sommes des parfaits, c'est-à-dire des aspirants à la perfection, soyons dans ce sentiment. (1). rie n'en doute pas, mes Sœurs, ce sentiment est bien le vôtre, c'est pour cela que vous remerciez Dieu de ces jours de salut qui répondent si bien au vœu le plus intime de vos cœurs.
Mais ce n'est pas seulement aux besoins généraux de vos âmes, à ce désir de perfection qui vous est commun à toutes que répond la grâce de la Retraite : elle renferme de plus, pour chacune de vos âmes, la satisfaction de ses plus particulières exigences et de ses besoins les plus intimes.
L'auteur sacré, parlant de cette manne qui tombe du ciel pour nourrir le peuple hébreu dans le désert, en écrit ces paroles si dignes d'être méditées : « 0 Seigneur, vous avez donné à votre peuple la nourriture des Anges ; vous lui avez fait pleuvoir du ciel un pain préparé sans aucun
(4) Philipp. m, 12, 15.
travail, qui renfermait en lui tout ce qu'il y a de délicieux et tout ce qui peut être agréable au goût. Car la substance de la manne faisait voir combien est grande votre douceur envers vos enfants, en ce que, se conformant au goût de chacun, elle se transformait en l'aliment qu'il préférait (1). »
Ce texte, commenté presque littéralement, nous présente l'image exacte de la grâce de la Retraite.
Elle est vraiment un pain du ciel préparé pour vous, sans travail de votre part. Ce pain céleste, chacune peut s'en nourrir avecabondancejusqu'à être rassasiée, et chacune y trouve le goût qui lui convient. Les goûts spirituels, les besoins spirituels, quoique dans une seule et même vocation, se diversifient à l'infini, vous le savez, mes chères Sœurs. Mais quel est ce goût qui ne puisse être satisfait, quel est ce besoin qui ne trouve à se contenter, sous l'influence des grâces de la Retraite?
L'esprit de Dieu souffle où il veut, et son action se fait sentir de mille manières différentes : parmi ces âmes qui m'écoutent, telle se plaît aux austérités corporelles, mais se trouve aride et délaissée dans l'oraison. Une autre, à qui Fonction céleste verse ses flots en abondance, se range avec peine aux minuties de la règle. Celle-là est appesantie par la maladie ; une autre souffre des tentations les plus pénibles, dans son esprit ou dans
(1) Sap. XVI, 20-21.
sachair.Qui pourrait, en un mot,énumérertoute8 les nuancesde ces épreuves dontDieu se sert pour purifier ses victimes volontaires, et les rendre plus dignes de lui et de leur sublime vocation?
Eh bien ! venez toutes ; approchez avec confiance de cette nourriture spirituelle , de cette manne céleste que la Retraite va vous offrir : à chacune est offert le remède qui lui convient ; pour chacune, Taliment divin aura la saveur qu'elle préfère. Ames affiigées, vous y trouverez la consolation ; âmes troublées, la lumière ; âmes -faibles et pusillanimes, la force ; âmes fatiguées par le scrupule , resserrées par la crainte, la confiance, la dilatation et Tamour ; âmes dissipées, âmes relâchées, s'il y en avait parmi vous, le recueillement et la ferveur.
C'est dans la Retraite enfin que vous seront communiquées peut-être des grâces toutes nouvelles, dei^ grâces de choix que jusqu'ici vous n'avez point connues. L'Esprit Saint souffle où il veut, sans aucun doute; et cependant, l'expérience nous l'apprend : c'est surtout dans la Retraite que cet Esprit céleste se fait sentir. N'est-ce pas d'ailleurs la promesse formelle des Saints Livres : « Ducam eam in solitudinem et loquar ad cor ejus: Je conduirai l'âme dans la solitude, et là je lui parlerai au cœur. » Oui, nous pouvons l'affirmer, c'est la Retraite qui est la mère des grandes
inspirations, des généreuses pensées, des résolutions viriles : toute grande chose pour chaque âme, comme pourFËglise elle-même, commence ou mûrit dans une Retraite.
Et maintenant, quelles dispositions vous sont nécessaires pour profiter entièrement de ces jours de grâce et de salut ?
D'abord, un esprit de confiance entière et de filiale espérance. Pourrait-il en être autrement ? Pourquoi Dieu nous appello-t-il à la Retraite ? Un seul mot est la réponse: parce qu'il nous aime! parce qu'il aime notre âme, parce que son salut lui est cher, parc^ que sa perfection lui est précieuse, parce que ses progrès sont voulus de lui et ne demandent, pour être accomplis, que la coopération libre et persévérante de notre volonté.
Ainsi donc, abandon complet entre les mains du bon Maître qui nous appelle. Nous sommes l'argile qui doit être pétrie et façonnée, suivant le bon plaisir du divin ouvrier; plus Targile sera souple, facile à manier, plus le vase sera beau et plutôt il sera achevé. 0 mon Dieu ! je vous l'offre, avec une confiance qui ne saurait être trompée, cette argile de mon pauvre cœur, que vous voulez rendre semblable au vôtre ; et c'est
sans réserve et sans autre crainte que celle de ne point me livrer assez, que je vous crie, avec le Psalmiste : « Me voici, Seigneur ; mon cœur est prêt, mon cœur est prêt : Paratum cor meum^ Deus^ paratum cor meum. »
Mais cet esprit de confiance dans la bonté de Dieu qui nous appelle ne suffirait pas , s'il n'était accompagné, soutenu en nous d'un esprit généreux et résolu. Dieu veut nous donner et nous donner beaucoup; mais il veut aussi recevoir ; il veut une correspondance fidèle et courageuse. iiSivocemDei audieritiSynolite obdurare corda vestra : vous entendrez la voix de Dieu, dit le Psalmiste ; n'endurcissez doncpas vos cœurs », ou plu tôt, que vos cœurs, dociles et tendres comme la cire pour recevoir l'impression divine , soient fermes et vigoureux pour repousser toute action contraire, décidés à embrasser, coûte que coûte, tous les sacrifices que la grâce pourra leur demander. Que ces sacrifices, durs peut-être à la nature, soient d'avance adoucis par la générosité qui les accepte et qui va jusqu'à une sainte joie! N'avez- vous pas dit, Seigneur, que « vous aimez ceux qui donnent avec joie : Hilarem enim datorem diligit Deus » ?
Mais quoi! ce don de nous-même, cette volonté généreuse, cette résolution ferme, est-ce en nous que nous en trouverons le principe? Non, assuré-
ment. C'est à Dieu qu'il les faut demander, et c'est pourquoi Fesprit de prière doit présider à toutes les dispositions saintes que nous avons à offrir à Dieu, au début de cette Retraite. L'œuvre que nous voulons faire n'est point humaine, elle est toute surnaturelle, toute divine. C'est donc à Dieu qu'il faut adresser cette prière instante qui attire infailliblement le secours d'en haut. « Os meum aperui et attraxi Spiritum^ disait le Roi- Prophète : J'ai ouvert la bouche et attiré à moil'Esprit. » Et nous aussi , Seigneur , nous nous tournons vers vous ; nous vous demandons votre esprit ; nous aspirons à votre lumière ; c'est de vous seul que nous attendons les dispositions saintes qui doivent nous mener à vous. « Os meum aperui et attraxi Spiritum. »
Voulez-vous enfin vous présenter, dans un tableau aussi touchant qu'instructif, l'image de ce que doit être, de ce que sera pour vous ce temps précieux de recueillement et de solitude? Rappelons-nous la première Retraite qui ait jamais été donnée, et celle-là, par Celui même qui est le principe, le moyen et la fin dernière de toute retraite, je veux dire Notre-Seigneur Jésus-Christ.
C'était aux jours de sa vie mortelle. Il appelle à lui, dans une solitude, ses disciples fatigués des premières épreuves de leur apostolat naissant. (( Venite seorsum in desertum locum et requiescite pusillum :
venez, leur dit-il, à part, dans ce lieu désert, et prenez quelques instants de repos (1). » Un repos accordé par Notre-Seigneur , présidé par Notre- Seigneur lui-même et pendant lequel Notre- Seigneur parle lui-même à ses disciples bienaimés et écoute leurs réponses I Et le texte sacré ajoute : « Se réunissant donc aux pieds de Jésus, ils lui rendirent compte de tout ce qu'ils avaient fait et de la doctrine qu'ils avaient enseignée : Convenientes ad Jesum , denuntiaverunt et omtiia quœcumque egerant et docuerant. » Qui croira que Notre-Seigneur , entendant ainsi les disciples lui ouvrir filialement leur cœur, soit luimême resté muet? Qui ne comprend, au contraire, qui ne se persuade entendre les paroles d'encouragement , de consolation , de tendres reproches aussi par lesquelles Notre-Seigneur accueille les récits, les aveux de ses disciples bienaimés groupés à ses pieds? Votre sainte mère, parlant quelque part de l'oraison , dit que « l'oraison n'est autre chose qu'un intime commerce d'amitié où l'âme s'entretient seule à seule avec Dieu, et ne se lasse pas d'exprimer son amour à Celui dont elle sait qu'elle est aimée d : cette conversation intime avec Notre-Seigneur , c'est là ce que sera, avant tout, votre Retraite.
(1) Marc, VI, 31 .
Soyez comme les disciples groupés autour du bon Maître qui vous a bien réellement appelées, vous aussi, autour de lui, dans le repos de la solitude; avec les disciples, rendez-lui compte de tout ce que vous avez fait; puis écoutez sa parole, puis adorez,puis écoutez, adorez encore; et, n'en doutez point, la voix du Bien-Aimé se fera entendre, et vous sortirez de ce silence reposées, renouvelées, pleines de joie et d'ardeur pour de nouveaux combats.
Et puisque en un sens, quoique indigne, je tiens ici la place de Notre-Seigneur et que je vous apporte sa parole, demandez-lui pour moi de m'inspirer un langage simple, cordial, chaleureux en même temps, capable d'émouvoir, d'attendrir, d'enflammer vos cœurs ! Et c'est ainsi que l'œuvre de la Retraite sera accomplie; c'est ainsi que Dieu vous parlera réellement dans la solitude, et que les paroles qu'il vous aura adressées par ma bouche se graveront dans vos cœurs et porteront des fruits pour la vie éternelle.
Ainsi soit-iL