I. CAPITAL
introduit l’idée de capital comme étant le fruit de l’accumulation d’un travail antérieur.
Adam Smith, dans la Richesse des Nations , s’exprime ainsi : «Si l’avoir d’un homme ne suffit qu’à son entretien pendant quelques jours ou quelques semaines , il ne songe guère à en retirer un revenu. 11 le dépense avec autant d’économie qu’il peut, et essaye, par son travail, d’acquérir quelque chose qui le remplace. Son revenu, dans ce cas, dérive uniquement de son travail , et telle est la situation de la plus grande partie des pauvres travailleurs. Mais si un homme possède de quoi vivre pour des mois ou pour des années, il essaye naturellement de retirer un revenu de la plus grande partie de ce fonds, en ne réservant pour sa consommation que ce qui lui est nécessaire jusqu’à ce qu’il commence à toucher ce revenu. Tout son avoir est donc divisé en deux parties. Celle dont il espère un revenu est son capital. » Adam Smith considère le capital comme un élément économique employé d’une manière particulière, et son exposé implique la nécessité d’une accumulation antérieure. On verra plus loin ce qu’il comprend sous la dénomination de capital.
Voici maintenant ce que dit J. B. Say, Traité d’ Économie politique ; « En continuant à observer les procédés de l’industrie, on ne tarde pas à s’apercevoir que, seule, abandonnée à elle-même, elle ne suffit point pour créer de la valeur aux choses. 11 faut de plus que l’homme industrieux possède des produits déjà existants, sans lesquels son industrie , quelque habile qu’on la suppose , demeurerait dans l’inaction. » Sont ici énumérées ces choses : les outils , les instruments des différents arts, les produits qui doivent fournir à l’entretien de l’homme industrieux ; les matières brutes; la valeur des constructions, des améliorations répandues sur un bien-fonds, la valeur des bestiaux, des usines; les monnaies.
On sait que J. B. Say est l’un des premiers économistes modernes qui aient admis les produits immatériels dans le domaine de l'économie politique. Page 123, il prend leur défense contre Adam Smith; mais page 123, il leur refuse le nom de capital : « De la nature des produits immatéiiels, il résulte qu’on ne saurait les accumuler, et qu’ils ne servent point à augmenter le capital national. Une nation où il se trouverait une foule de musiciens, de prêtres d employés , pourrait être une nation fort bien divertie ’ fort bien endoctrinée et admirablement bien administrée] mais voilà tout. Son capital ne recevrait de tout le travail de ces hommes industrieux aucun accroissement direct
parce que leurs produits seraient consumés à mesure qu’ils seraient créés. »
Dans l’épitomé qui termine son livre, page 569, on lit :
« Capital, somme des valeurs employées à faire des’avances a la production. Ces valeurs, qui sont ordinairement le fruit de 1 industrie aidée de ses instruments, ne se perpétuent et ne forment un fonds productif, qu’autant qu’elles sont consommées reproductivement.... Tout capital transmissible est composé de produits matériels ; car rien ne
. * 1 1 une autre, sinon des matières
visibles. »
Notons que Say soutient que les produits immatériels ne sont pas des capitaux; qu’ils ne sont pas susceptibles d’accumulation , et que tout capital doit être matériel , parce
que rien que de matériel ne peut passer de main en main.
Say, dans son Cours complet d Économie politique vol. 1», page 91, après avoir de nouveau reproché à Smith l’exclusion des produits immatériels , s’exprime ainsi ; « La science et le talent d’un médecin d’un chirurgien, d’un professeur, ne sont-ils pas des capitaux acquis et qui donnent un revenu? Les leçons orales qu’ils