‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 140 sur 187 · I. CAPITAL · texte numérisé non relu

I. CAPITAL

capital pour le pays, qui a besoin de pareils produits, et qui les paye. Énumérez les revenus de tous les jurisconsultes, de tous les médecins , de tous les ecclésiastiques, de tous les compositeurs, de tous les exécutants; et la valeur de tous ces fonds immatériels sera constatée aussi aisément que la valeur de la terre. Non-seulement elle peut être constatée, mais elle est imposée de même que tout autre capital.

Les développements qui précèdent avaient pour but d’établir un fait qui a échappé à presque tous les économistes, savoir qu’un droit est un élément économique. J. -B. Say, on le répète, a été le premier à reconnaître l’existence des droits dans l’économie politique; mais il n’a pas donné à ce principe le développement nécessaire; il n’en a pas compris l’importance; il n’a pas aperçu la masse des propriétés qui en relèvent. Les jurisconsultes ont immensément, sur ce point, distancé les économistes. Le docteur Whately est le premier économiste qui ait envisagé la question sous son vrai jour. Voici comment il s’exprime dans ses Leçons (T Economie politique :

« Dans beaucoup de cas où un échange s’est réellement effectué, le fait peut être méconnu si l’attention n’est pas appelée sur lui , parce que nous ne voyons pas un objet matériel à transmettre d’une main à une autre. Par exemple, lorsque la propriété littéraire d’un ouvrage est vendue à un éditeur , l’article transmis n’est pas le papier écrit, c’est le privilège d’imprimer et de publier. Il est clair, du reste, à la simple réflexion, que la transaction est un échange aussi réel que celle qui s’effectue entre l’éditeur et les acheteurs des exemplaires de l’ouvrage. Le paiement de la rente de la terre est une transaction analogue; car, bien que la terre soit un objet matériel, ce n’est pas elle proprement qui est cédée au premier, c’est le droit de la cultiver ou de s’en servir de quelque autre manière. Quehjue-

fois, par exemple, la rente est servie pour le droit de passage parle champ d’un autre, ou pour la faculté de construire une baraque durant une foire, ou pour celle de dresser ou d’exercer des chevaux. »

Dans une note sur ce passage , Whately ajoute : « Cet exemple montre combien on a tort de limiter le terme de richesse aux objets matériels. » Il reconnaît donc pleinement le principe qu’on a ici essayé d’établir. Or, non-seulement les droits doivent être reconnus comme éléments économiques, mais c’est une conception fondamentale de la science, que la propriété est, non une chose, mais un droit.

Partout où se crée un nouveau droit échangeable, il y a une nouvelle propriété. Où il n’en a pas été créé, la propriété n’existe pas. Des marchandises peuvent passer en la possession d’un homme, et aucun droit ne peut passer avec elles. La propriété peut rester autre part. Cette distinction entre le transfert de la possession et celui de la propriété d’une chose n’a jamais été suffisamment remarquée parles économistes. C’est pourtant un point des plus importants, et c’est la base de la théorie du crédit.

Ainsi, par exemple, je puis mettre ma montre dans la main d’un ami , et lui mettre trente pièces d’or dans la mienne. Cette opération peut transmettre la possession de ces objets, mais non leur propriété. Il n’y a point de transmission de propriété à moins d’un accord, d’une entente de deux intelligences. Un transfert de la possession est un acte du corps , mais un transfert de la propriété est une opération de l’esprit.

Quand je dépose mon mobilier dans un magasin et que je reçois un certificat ou un warrant constatant le droit que j’ai sur ce dépôt, et m’autorisant à me le faire rendre, il y a transfert de possession de propriété. La propriété des marchandises me reste, et le certificat et les marchan-

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