II. CRÉDIT
l’argent peut être du capital, et personne-ne soutient qu il multiplie le capital. L’argent est employé à augmenter la circulation, le crédit l’est précisément de la meme ma-
“tr Garnier admet que le crédit multiplie le mouvement • c’esttoutceque fait l’argent. En outre, en protestant contre la doctrine que le crédit multiplie le qapita ,
M. Garnier lui-même le soutient presque. Voici comment il s’exprime sur les banques de circulation . « Les banques de dépôt ne pouvaient opérer que sur une masse de certificats ou de billets égale au montant des valeurs déposées, tandis que les banques de circulation peuvent émettre des billets pour une valeur double, triple et qua druple du montant des espèces qui composent leur encaisL. Ainsi une banque de circulation ^
escomptes sur les billets et les lettres de change du commerce comme si elle avait un capital triple et ”
Ainsi M. Garnier soutient donc que le pouvoir d omettre L billets, qui sont du crédit, est pour le banquier comme si son capital était triple ou quadruple C«s e réalité soutenir que le crédit multiplie le capital ; eu tout cas c’est déclarer que le crédit est du capital.
M. Garnier, mentionnant les warrants transférables par endossement, ajoute ; « Par ce procédé simple et fécond, les marchandises sont échangées avec la meme facilité que les effets de commerce ; un capital immense est immobilisé, en même temps que les frais ‘ ^
d’administration et de commerce sont réduits pou plus grande commodité des négociants et au grau livaiitage du consommateur. On voit que le warrant est aux marchandises déposées dans les docks ce que les cei i cats de dépôt furent, dans l’origine, aux monnaies confiées
aux banques de dépôt. »
Ici nous touchons au principe d une spécieuse erreur.
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Les certificats de dépôt émis par les anciennes banques de dépôt étaient analogues aux warrants, en ce sens qu’ils n’étaient pas multipliés au delà de la quantité des métaux qui y étaient déposés. Mais ils en difTéraient en ce sens qu’ils n’étaient pas affectés à une quantité particulière de ces métaux. Cette distinction, qui n’aurait pas eu beaucoup ^ : d’importance lorsque les affaires se traitaient par la méthode des banques de dépôt, en a acquis une considérable depuis que les banques ont commencé à escompter les effets de commerce avec leurs propres billets. La différence fondamentale entre les docks et les banques, c’est que, dans les premiers, les marchandises déposées n’appartiennent pas à l’entreposeur, qui ne peut nullement retirer un profit de leur usage. L’argent déposé chez le banquier lui appartient ; il peut en trafiquer et en tirer parti. Par suite, la promesse de paiement, ou la dette, est indépendante d’une certaine somme d’argent; et comme tout ce qui circule séparément est une propriété séparée, une entité économique, l’argent déposé chez le banquier et sa4)romesse de le verser circulent d’une manière indépendante, comme des propriétés séparées. La distinction essentielle entre les deux espèces d’effets consiste en ce que les warrants sont toujours attachés à certaines marchandises dont elles sont de simples titres, et que les instruments de crédit sont toujours distincts de l’argent.
Les auteurs qui ne sont pas familiers avec la législation et le commerce, éprouvent de l’embarras à concevoir et à saisir l’idée qu’une dette est un article de propriété. Lorsque M. Garnier prétend qu’on est disposé à croire que, quand on crée des engagements ou des promesses de paiement, on pense créer les valeurs réelles correspondantes, il y a lieu de répondre que ceux qui ont cette pensée sont de tristes penseurs. On ne peut pas supposer qu’en donnant une promesse de paiement, les gens se fi-
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gurent créer ainsi l’argent qui de t l’acquitter. La doctrine entière du crédit capital est fondée sur ce principe, que toute quantité indépendante, échangeable, peut être employée comme capital. Or,lecrédit est une 'propriété échangeable, et de fait, sous les diverses formes de billets de banque, de billets à ordre, de dettes inscrites sur les livres, est échangé contre d’autres choses dans le commerce tout comme l’argent ; il constitue un substitut de l’argent, et peut également servir décapitai.
7® Opinions de certains mathématiciens.
Après avoir retracé les contradictions des économistes sur le crédit, M. Macleod aborde les opinions de quelques mathématiciens sur le même sujet. Ils considèrent les dettes, ou le crédit, comme des quantités négatives. Mais il s’agit de savoir s’ils donnent au signe négatif la signification convenable. Euler et Peacock y voient un signe de soustraction. S’ils avaient tenu compte de la loi d’analogie, ils auraient reconnu que, dans la philosophie naturelle, les quantités négatives ne sont pas à retrancher des positives, mais qu’elles sont des quantités indépendantes à y ajouter.
On a dit, il y a longtemps, que l’espèce de propriété qui constitue le crédit ne le cédait en importance qu’à la terre et aux fonds publics. Depuis que ce mot a été prononcé, le crédit a pris d’énormes développements, et l’on peut affirmer qu’actuellement il dépasse de beaucoup les fonds publics. Supposons que nous fixions dans la Grande-Bretagne, avec une grande modération, le montant actuel du crédit à 1 milliard de liv. st.; dé quoi, on le demande, cette somme est-elle à retrancher? 11 est évident qu’elle ne peut être retranchée de quoi que ce soit, mais qu’elle est une quantité indépendante à ajouter aux autres propriétés.
Le docteur Peacock ne s’accorde pas avec lui-même dans sa notion des dettes. Il fait des dettes une propriété due, et de leur acquittement le changement de l’état de propriété due à celui de propriété possédée. C’est là évidemment une conception tout autre que celle de soustraction de la propriété; mais elle est également incorrecte. Une dette n’est pas une modification de la propriété du débiteur, mais un droit résidant dans la personne du créancier. L’acquittement de la dette est la destruction de ce droit par le consentement des parties. Ainsi le docteur I Peacock se trompe.
Voici donc ce qui résulte de tant de débats ;
Le crédit n’est pas le transfert d’une chose; il n’est pas une opération.
Le crédit ne constitue pas une soustraction de la propriété.
Le crédit n’est pas un titre à certaines marchandises. Le crédit n’est pas de l’argent ou des marchandises dues.
Il ne reste donc d’autre conception que celle du crédit comme masse de propriété qui s’ajoute aux autres, ainsi que tout économiste l’a reconnu en traitant des instruments de crédit. La masse du crédit ou des dettes, bien que propriété additionnelle, est, de l’aveu des mathématiciens, une propriété négative. Il s’agit de savoir si une propriété peut être additionnelle et négative, ou inverse de l’argent. L’argent représente le produit de l’industrie passée d’un homme; et par conséquent la seule chose qui puisse y être additionnelle et inverse ou négative, c’est le produit de son industrie future. Le pouvoir d’un homme de réaliser des profits futurs, s’ajoute aux profits qu’il a déjà réalisés. Il s’ensuit que le sens du signe négatif comme symbole de l’avenir est le seul satisfaisant. Du moment que cette signification est adoptée, toute la matière est bien
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I ordonnée, toutes les difficultés disparaissent comme les
I brouillards devant le soleil levant, et l’économie politique
I est placée sous les lois de la philosophie naturelle.
CONCLUSION
Ce mémorable article est terminé par des considérations dont sera donnée ici la traduction littérale :
« Nous avons exposé, dit M. Macleod, la théorie du signe négatif et des quantités négatives en économie politique. L’interprétation du signe négatif, non comme soustraction, mais comme avenir, a doublé le domaine de la science et a révélé quelles vastes masses de propriétés jusqu’ici omises sont à y classer. Et pourtant la propriété existante, dans la proportion de beaucoup la plus considérable, se trouve sous cette forme.
« Nous avons vu que ce que certains mathématiciens
ont signalé en passant comme des quantités négatives, offre un des plus merveilleux résultats de la sagacité de l’homme. Cette idée, si simple en apparence, de rendre une dette transférable, mérite d’être classée, dans ses effets pratiques, à côté des plus magnifiques découvertes du génie humain, et elle a produit pour le monde des résultats qui ne le cèdent en rien à ceux de la machine à vapeur. La simple doctrine que tout paiement futur a une valeur présente, laquelle est une propriété échangeable indépendante, pouvant être vendue et achetée comme l’argent, a décuplé la puissance de l’argent, sans diminuer sa valeur. M. Webster a dit avec une éloquence non exagérée ces paroles : « Le crédit est l’air vital du com-
merce moderne. Il a mille fois plus contribué à enrichir les nations que toutes les mines du monde. Il a vivifié le travail, stimulé les manufactures, fait franchir au commerce toutes les mers, et rapproché tous les pays, tous les royaumes, les moindres tribus. Il a mis sur pied des armées, équipé des flottes, et, triomphant de la puissance dunombre, fondé la suprématie nationale sur les bases de l’intelligence, de la richesse et d'une judicieuse industrie. C’est l’Écosse qui a le mérite incontestable d’avoir déployé la première toutes les ressources du crédit légitime, et c’est cet agent subtil qui l’a élevée à sa position d’aujourd’hui. C’est le crédit qui a fait naître les puissantes entreprises de l’Angleterre au siècle- dernier. C’est, entre autres causes, le manque de crédit qui a si longtemps maintenu la pauvreté et la barbarie de l’Ir-' lande; c’est dans l’introduction récente d’un bon crédit qu’elle trouvera les plus grands moyens de prospérité. C’est un système solide de crédit qu’il faut à l’Italie pour le développement des ressources de sa seconde jeunesse, et qu’il faut surtout à l’Inde pour l’épanouissement de ses éléments de richesse infinis.
« L’exposé ci-dessus de la théorie du crédit fait ressortir la parfaite insignifiance des écrivains purement littéraires qui traitent de l’économie politique, et l’absurdité de supposer que les définitions sont sans conséquence. Qui, en présence des idées contradictoires sur la nature même du crédit, pourrait s’étouuer de la confusion à laquelle cette matière a été en proie?
« Pour expliquer la théorie du crédit, il faut l’intelligence la plus nette de chacun des termes et de chacune des définitions de l’économie politique, une connaissance approfondie de l’histoire et de la législation du crédit, une étroite familiarité avec le mécanisme du commerce. Tout cela même ne suffit pas pour débrouiller des com-
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