‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 183 sur 187 · II. CRÉDIT · texte numérisé non relu

II. CRÉDIT

traité Du crédit et de la circulation; conception fondée sur l’intelligence de la nature distincte des connaissements et des warrants d’une part, et des billets de banque et des billets à ordre de l’autre. Remarquons que les connaissements et les billets à ordre circulent également dans le commerce par l’endossement; le comte Cieszkowski a tiré de ce fait la fausse conclusion qu’ils sont de même nature, et défini le crédit la transformation du capital fixe en capital circulant.

L’erreur de cette doctrine est si visible pour quiconque a la moindre connaissance de la législation et du commerce, qu’elle mériterait à peine d’être mentionnée, si elle n’avait été adoptée, dans un moment d oubli, par des économistes d’ailleurs distingués; d’où il peut résulter de graves conséquences; car ce n’est rien autre chose que la

renaissance du système de Law.

Ainsi M. Joseph Garnier, dans ses Éléments d’économie politique, après avoir écarté deux définitions du crédit, adopte celle-ci : « Le crédit est la transformation des capitaux fixés et engagés en capitaux circulants ou dégagés. » M. Garnier ajoute : « C’est la définition que propose M. Cieszkowski dans son remarquable livre sur la circulation et le crédit, que l’on comprendra bien en se reportant à la division qu’Adam Smith a faite des capitaux, et qui nous semble heureusement formulée. » Après avoir cité quelques passages de son auteur et de M. Chevalier, en ce qui touche les effets du crédit, il continue en ces termes :

« Il s’en faut qu’en constatant les avantages et les effets du crédit, on se soit toujours tenu en dehors de l’illusion. De ce que le crédit met en circulation des valeurs fixées, engagées ; de ce qu’il fait passer entre les mains des travailleurs, qui les rendent productifs, des capitaux restant oisifs et infructueux entre les mains de leurs possesseurs.

on a été conduit à cette proposition féconde en abus, si on la prend au pied de la lettre, que le crédit multiplie les capitaux. Il y a bien une chose que le crédit multiplie, c est l’action, c’est la force, c’est la fécondité du capital, qui, d’abord engagé ou oisif, prend les caractères et les fonctions du capital circulant; devient, dans ce dernier cas, positif, de neutre qu’il était, et, dans le premier cas, acquiert une action de plus, 1 action du capital roulant qu’il cumule avec celle du capital engagé. Mais cette transformation, en améliorant l’instrument, n en a fait ni deux ou trois instruments; en un mot, elle n’a pas tïiultipliéle capital. Quand un emprunteur jouit de ce qu’il n’avait pas, le prêteur en est privé ; quand un escompte est effectué, il n’y a que les rôles qui sont changés ; celui qui avait l’effet de commerce l’a donné contre des espèces ; celui qui avait des espèces les a données contre l’effet. Il peut se faire que celui-ci tire un meilleur parti de l’effet, et celui-là un meilleur parti des espèces; mais, en définitive, il n’y arien là qui ressemble à la multiplication dans le sens littéral du mot.

« En disant que le crédit multiplie les capitaux, on fait d’abord une figure de rhétorique. Cette figure est ensuite prise au pied de la lettre, et on est conduit à penser qu’en créant des signes de valeurs, des engagements, des papiers de commerce, on crée aussi des valeurs réelles correspondantes, au lieu de voir que ces dernières ne sont détenues en échange que par une véritable tromperie ; on pense qu’en engageant un avenir incertain, on crée un capital futur, au lieu de voir que ce capital n’est encore

qu’une espérance ou une illusion. »

Ce passage ne fait que reproduire la phrase de J . B. Say ; M. Garnier se récrie contre l’erreur, que le crédit multiplie le capital. Mais c’est ce que personne ne dit. Le crédit lui-même est du capital. Tout le monde reconnaît que

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