‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 3 sur 187 · CU · texte numérisé non relu

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préambule.

L’objet du présent exposé n’est ni plus ni moins qu’une révolution dans la science de l’économie politique. Cette révolution a été opérée par un Anglais, dont le nom

est Henry Dunning Macleod.

Peut-être quelques-uns s’écrieront-ils à cette nouvelle .

(( Vous nous tenez un étrange langage. Est-ce que 1 économie politique n’est pas une science faite et parfaite? Cette science est tout entière dans les livres de^ maîtres éminents ; il n’y a pas un iota à y ajouter ; il ne s agit plus aujourd’hui que de la répandre et de la propager; qui

oserait prétendre à la refaire? »

Un homme d’une rare sagacité a eu pourtant une telle

prétention, et il a obtenu dans cette entreprise bar le un entier succès.

Je suis loin, assurément, d’admettre comme justes et fondés tous les reproches qu’on adresse à la science de l’économie politique dans son état actuel. Ils ont pu souvent être dictés par l’ignorance et par la passion. L’éco-

nomie politique, je me plais à le reconnaître, a été cultivée par des esprits supérieurs ; des questions des plus ^ importantes ont été traitées et résolues par ses coryphées ; jeune encore, elle a répandu beaucoup de lumières et exercé une grande et juste influence. Mais a-t-elle terminé sa crue? Est-elle une science achevée, et mérite-t-elle même le nom de science dans le sens de l’astronomie, de la physique, de la chimie et de l’histoire naturelle?

Beaucoup d’hommes éclairés en doutent, ou, pour parler plus exactement, ils sont profondément convaincus du contraire. Pour eux elle n’a qu’une faible autorité, et celui qui a dit : « Ce n’est pas une science, c’est une étude, » a trouvé de nombreux échos.

Il ne faut pas nier l’existence de l’économie politique ; elle existe, elle vit sous nos yeux. Mais il est permis de déclarer qu’elle est fort imparfaite, qu’elle est, à beaucoup d’égards, dans un état fort peu satisfaisant. Elle offre de bons éléments, mais elle manque d’ensemble et de cohésion. A ses matériaux épars a fait défaut jusqu’ici un habile architecte. Les bases sur lesquelles doit reposer l’édifice, n’ont point encore été posées. On ne s’est point encore entendu sur l’objet de la science, sur ses limites, sur sa méthode, sur ses notions fondamentales. Souvent les économistes, emportés par l’attrait des questions spéciales et des applications, ont négligé les principes sans lesquels une science, digne de ce nom, ne saurait se constituer ; et de là leurs tâtonnements, de là leurs erreurs.

Rien de plus affligeant au premier abord qu’un tel spectacle, et cependant, à la réflexion, il ne doit pas causer de découragement. Bacon déplorait jadis le triste état des sciences, qui aujourd’hui, sous les auspices de sa méthode, sont douées d’une vitalité puissante. L'économie politique a dû éprouver la même destinée que ces sciences qui l’ont devancée ; elle aussi a dû être, à son début, hési-

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P RÉAMBULE.

tante et incertaine, elle a dû souvent s’égarer ; mais ses pas, à elle aussi, s’affermiront, sa marche se réglera, et après avoir franchi laborieusement ses premières étapes, elle arrivera au but de toute vraie science, à cet état de préj cision qu’un philosophe de notre siècle a désigné sous la

dénomination d’état positif.

Cet état, M. Macleod l’a conçu, l’a voulu pour l'éco- \ nomie politique, et il a conscience de le lui avoir fait attein- } dre. Déjà dans un premier ouvrage, ayant pour titre la

•i Théorie et la Pratique des banques, sujet vaste et compli-

qué, qu’il possède mieux que personne, il avait émis ses vues nouvelles sur la science en général. 11 les a reproduites avec plus d’étendue dans un autre volume publié en 1858, et intitulé Éléments (T économie q>olitique. Aujourd’hui il rédige un Dictionnaire d’économie politique, destiné à développer et à populariser son système, et dont sept livraisons sur quinze ont paru.

Pour remplir dignement cette mission de réformateur, il ne suffisait pas d’une pénétration et d'une rectitude d’esprit au-dessus de l’ordinaire. 11 ne suffisait pas de I trouver sur le terrain des matériaux, considérables après J tout, bien qu’insuffisants. M. Macleod était initié, nonseulement à la connaissance du passé de la science à réformer, mais à celle des sciences mûres et unanimement reconnues, dont le but est nettement défini, la méthode sûre, et dont les données essentielles ne soulèvent pas de contestations. Il s’est inspiré d’un puissant génie ; Bacon, dans son Nouvel Organe, lui a enseigné la méthode si ( féconde de l’induction, méthode applicable, d’après son ' auteur , quoiqu’on ait dit le contraire, aux sciences mo-

I raies et politiques tout aussi bien qu’aux sciences phy-

) siques. Il a appris de Bacon également que les sciences

les plus diverses ne forment au fond qu’une grandiose unité, et il en a conclu que les procédés qui avaient

réussi dans les unes pouvaient être employés utilement dans les autres ; il a conclu en outre que les procédés contraires employés dans les tâtonnements de l’économie politique étaient antiscientifiques et dès lors dignes de réprobation.

Armé ainsi des instruments les meilleurs, il a déblayé le champ qu'il abordait, et il y a séparé l’ivraie du bon grain. Sans se laisser éblouir par l’éclat des noms, il a partout reconnu les contradictions et les erreurs, en faisant, on doit le dire, beaucoup de ruines. Quelques-uns des blessés restent debout, et, par la grandeur de leurs services, conservent encore des droits à notre reconnaissance et à nos hommages. Mais il en est un, Ricardo, qui est abattu pour ne plus se relever ; il ne subsiste plus aucune pièce de son édifice spécieux, mais fragile. Doué d’une forte intelligence, mais dépourvu du sens scientifique, Ricardo a eu le triste mérite de soulever la question de la distribution des richesses, pour y semer toute sorte d’erreurs, pour la rendre inintelligible et confuse. Il a reçu le don fatal d’égarer sur ses traces un grand nombre d’esprits distingués tant sur le continent qu’en Angleterre, et nul plus que lui n’a mis obstacle aux progrès de l’économie politique.

M. Macleod, du reste, en opérant, comme je l’ai dit plushaut, une révolution économique, n’est pas seulement un judicieux critique; comme il sait détruire, il sait aussi édifier. S’il écarte de la science l’erreur qui la souille, il y introduit la vérité qui l’épure et l’ennoblit. Il limite avec précision le champ de l’économie politique, tel qu’il le conçoit ; il en fait une définition simple et nette ; il en établit avec clarté les notions fondamentales, la grande loi de laquelle dépendent les phénomènes économiques, et les applications qui en découlent.

,Trop souvent ceux qui produisent des idées nouvelles

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