I. LES DOCTRINES
haussé, parce que les ouvriers mangent du pain de fro- . |
ment, au lieu de pain de seigle; ils mangent du pain de =,
froment, parce que leurs salaires le leur permettent. Si ' ;
les salaires, en Irlande, étaient si bas, ce n’était pas parce . J
qu’on y mangeait des pommes de terre; les misérables paysans étaient réduits à se nourrir de pommes de terre, p
parce que leurs salaires étaient bas, parce qu’il y avait r
beaucoup de bras et peu d’ouvrage. C’est ainsi que les ou- ■
vriers d’Écosse se sont nourris de soupe et de gâteaux d’avoine, parce que leurs salaires ne suffisaient pas pour leur i
permettre de manger du pain blanc. Par la même raison, dans les districts du nord, les habitants portaient des jupons , parce qu’ils étaient trop pauvres pour porter de meilleurs vêtements. Mais depuis que leur situation s’est améliorée, ils s’habillent comme leurs frères du sud, et ils mangent beaucoup plus de pain de froment qu’autre- ï
fois. Il en est de même sur le continent européen. La po- I
pulation, dans un grand nombre de pays, vit mal, parce que ses salaires sont bas. Les bras y sont nombreux, !
et l’ouvrage comparativement restreint. Rien ne met plus *
en relief l’erretir de l’opinion que le prix des aliments règle les salaires, que le cas des États-Unis de l’Amérique et celui du Canada, où les aliments sont au plus bas prix, et les salaires extrêmement hauts. Quelle en est la raison? !
C’est que les aliments y abondent et que les bras y sont ’
rares. Tout se réduit à l’offre et à la demande des deux '
articles. ,
La loi de l’offre et de la demande est la loi universelle des salaires. Une excessive augmentation des bras fait baisser les salaires par une loi inévitable de la nature; et si le nombre des ouvriers s’accroît plus vite que l’ouvrage, leurs salaires vont en décroissant, et leur bien-être, leur régime de vie se détériore rapidement. Rien ne peut empêcher le genre de vie des ouvriers les plus pauvres d’.\ngleterre de
s’abaisser au niveau de la condition des Irlandais ou des Chinois, si leur nombre s’accroît sans que l’ouvrage s’accroisse également. Il n’est pas rare d’entendre des âmes bienveillantes, scandalisées de la misère à laquelle tant d’individus sont en proie, même en Angleterre, s’écrier que les entrepreneurs devraient payer de plus forts salaires. Ce ne sont là que des chimères. 11 n’existe qu’un seul soulagement efficace; c’est de diminuer le nombre des ouvriers, en ouvrant des débouchés pour les bras surabondants, jusqu’à ce que la diminution de leur nombre relève leurs salaires, de manière qu’ils trouvent constamment de l’ouvrage à un taux qui leur permette de vivre dans l’aisance.
Le chapitre d’Adam Smith, sur les salaires et les j)rofîts dans différents emplois, offre de curieux exemples de la même confusion entre la cause et l’effet. 11 signale cinq principales circonstances :
1® Ce que les emplois en eux-mêmes offrent d’agréable ou de désagréable;
2® La facilité et le bon marché, ou la difficulté et le prix élevé, au moyen desquels on s’y prépare;
3° Le plus ou moins de suite dans les occupations qu’on y trouve;
4" Le plus ou moins de confiance qui s’accorde à ceux qui les exercent;
5“ Le plus ou moins de probabilité du succès.
Ces observations d’Adam SmJth ont été approuvées trèsgénéralement, et ont acquis une certaine célébrité. Or, il est facile d’établir que toutes peuvent être ramenées à la loi générale des prix, et que, dans quelques-unes, Adam Smith a visiblement pris l’effet pour la cause.
11 allègue que les salaires des professions les plus agréables sont plus bas que ceux des professions désagréables; la raison en est fort simple. On préfère en général les